Péninsules énergétiques : quels départements sont vulnérables à des pénuries d'électricité ?

Péninsules énergétiques : quels départements sont vulnérables à des pénuries d'électricité ? L'inquiétude des Français sur les risques de coupure de courant est prégnante, malgré les discours rassurants du gouvernement. Faut-il s'attendre à des délestage ? Où ? Certains départements sont plus exposés aux pénuries d'énergie que d'autres.

[Mis à jour le 27 septembre 2022 à 10h19] Pour le gestionnaire du Réseau de Transport d'Électricité (RTE), les coupures d'électricité qui pourraient survenir cet hiver sont les conséquences d'une addition de plusieurs éléments. Notamment "l'approvisionnement en gaz, la situation énergétique dans les pays européens voisins, l'évolution de la demande, et le rythme de redémarrage des réacteurs nucléaires français." En effet, trente-deux réacteurs nucléaires sont à l'arrêt pour des opérations de maintenance ou suite à des problèmes de corrosion. Facteur supplémentaire, le conflit en Ukraine mené par la Russie impacte fortement les livraisons de gaz russes en Europe. Ces livraisons sont importantes car certaines centrales européennes utilisent du gaz pour faire fonctionner leurs turbines et ainsi produire de l'électricité.

Une échelle dans les risques de pénurie 

Le RTE a testé et croisé plusieurs hypothèses liées au niveau de production d'énergies et des conditions météorologiques pour évaluer le risque de coupure d'électricité. Le gestionnaire français, qui donne des éclaircissements sur son site Internet, se veut rassurant dans l'ensemble, pour lui "en aucun cas, la France ne court un risque de " black-out ", c'est-à-dire de perte de contrôle totale du système électrique". Par contre, il est précisé que "la très grande majorité des situations à risque se situeraient le matin entre 8h et 13h et le soir entre 18h et 20h". Le RTE précise également qu'en cas de forte tension sur le réseau électrique "le risque de coupure ne peut pas être totalement exclu mais il pourrait être évité en baissant la consommation nationale de 1 à 5% dans la majorité des cas, et jusqu'à 15 % dans les situations météorologiques les plus extrêmes."

Le responsable du réseau public de transport d'électricité a fait preuve de pédagogie en élargissant son dispositif EcoWatt (www.monecowatt.fr) qui est une "véritable météo de l'électricité". Ecowatt qualifie en temps réel le niveau de consommation en France région par région qui permet de savoir si la consommation est normale, tendue ou très tendue. En cas de système électrique très tendu, les coupures seront "inévitables" s'il n'y a pas une "baisse de consommation". 

Quels seraient les départements les plus impactés par une pénurie ? 

Malgré les dispositifs mis en place, certaines zones de l'Hexagone sont considérées comme des "péninsules énergétiques" : "Elles sont moins interconnectées au réseau et n'ont quasiment pas de moyen de production propre", explique Clément Le Roy à Franceinfo, associé en charge de l'énergie chez Wavestone. Parmi ces régions, il cite, la Bretagne et la région PACA. Seraient donc impactés en priorité les départements suivants :

  • Alpes-de-Haute-Provence (04)
  • Hautes-Alpes (05)
  • Alpes-Maritimes (06)
  • Bouches-du-Rhône (13)
  • Côtes-d'Armor (22)
  • Finistère (29)
  • Ille-et-Vilaine (35)
  • Morbihan (56)
  • Var (83)
  • Vaucluse (84)

Certains craignent une disparité de traitement entre les villes et les campagnes. Interrogé par Franceinfo, Bruno Millienne, député MoDem et vice-président de la commission développement durable à l'Assemblée nationale, s'inquiète que les villes soient privilégiées pendant cette crise énergétique. "Ce serait la pire des solutions. On ne peut pas traiter différemment les urbains et les non urbains". Certaines villes comme Paris ont déjà annoncé des mesures pour économiser de l'énergie, la tour Eiffel s'éteindra à 23h. De nombreux autres monuments s'éteindront 1h plus tôt, dès 22h, comme l'Hôtel de Ville, les quatorze musées municipaux (Petit Palais, Carnavalet notamment).

Quelles solutions pour éviter les coupures ?

Il n'y a pas que la capitale qui a annoncé des mesures pour lutter contre la crise énergétique. A Lille, de nombreux bâtiments publics ne sont plus éclairés la nuit. L'Université de Strasbourg fait aussi face à la crise. Le président de l'Université, Michel Deneken, a indiqué sur YouTube, aux étudiants et professeurs, qu'"une troisième semaine de congé de Noël début janvier et une semaine complète de cours en distanciel en février" allaient être mises en place. Face à la crise, l'Université de Rennes 1 (Ille-et-Vilaine) a annoncé un budget déficitaire pour 2023. Dans un communiqué la direction a lancé un appel aux idées "afin que chacun puisse s'exprimer sur les actions individuelles ou collectives à déployer à l'échelle de son bureau, de son laboratoire, de son service, de son bâtiment ou de l'établissement tout entier." Particulièrement énergivores lorsqu'elles sont chauffées, les piscines de certaines villes sont aussi mobilisées. Certaines sont appelées à fermer cet hiver ou faire baisser la température de l'eau de quelques degrés. 

Mercredi 21 septembre, la Fédération nationale des cinémas français a publié sur son site internet, une charte listant des mesures à prendre en compte pour les cinémas adhérents. "Face à la crise de l'énergie qui frappe l'Europe, les cinémas s'engagent à réduire dès à présent leur consommation d'énergie en mettant en place des mesures simples et pratiques permettant de faire des économies immédiates d'électricité et de gaz tout en continuant à accueillir les spectateurs dans les meilleures conditions". Parmi les mesures phares, un chauffage maximal de 19°c ou encore une régulation des horaires d'ouverture en fonction des flux de public, ce qui laisse présager une réduction du nombre de séances.

La peur du blackout, les groupes électrogènes pris d'assaut

Dans la crainte de probables coupures de courant cet hiver, de nombreux Français, particuliers ou professionnels investissent dans des équipements alternatifs. Et les initiatives se multiplient. TF1 a par exemple interrogé un fabricant alsacien de groupes électrogènes, Cap Générateur, qui a vu ses ventes tripler au cours des dernières semaines. Lionel Cadec, directeur général de l'entreprise s'est réjoui qu' "actuellement, ça explose. Ce sont des plus petites industries qui ont ce besoin de continuité, qui ont peur d'être coupé en électricité et qui va engendrer chez eux des pertes exploitations importantes". 

La demande est si forte que certains fabricants peinent à satisfaire les demandes de leurs clients. Interrogé par le Figaro, la société Pramac, qui vend également des groupes électrogènes, indique avoir effectué "des demandes d'approvisionnements mais certains produits de fabrication ne seront pas disponibles avant plusieurs mois".