Patricia Cahuzac : l'ex femme de Jérôme Cahuzac, personnage clé de l'affaire

Patricia Cahuzac, ex-femme de Jérôme Cahuzac, redevenue Patricia Ménard depuis son divorce, a été condamnée à deux ans de prison dans l'affaire de fraude fiscale retentissante qui a frappé l'ancien ministre. Son rôle est important dans ce dossier qui a fait tomber le ministre du Budget en 2013.

[Mis à jour le 8 décembre 2016 à 14h46] Le procès en correctionnelle de Jérôme Cahuzac au tribunal de grande instance de Paris s'est achevé ce jeudi, avec un verdict choc : l'ancien ministre du Budget a été condamné à trois ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment. Une sanction sévère (même s'il risquait jusqu'à 7 ans), la plus sévère jamais prononcée pour un homme politique. Plusieurs comptes et versements dissimulés ont été mis au jour : un compte d'environ 600 000 euros caché par Jérôme Cahuzac en Suisse puis à Singapour, des versements d'un montant de 240 000 euros sur les comptes de sa mère, censés cacher sa fortune, mais aussi et surtout un compte de 2,7 millions d'euros domicilié sur l'Ile de Man et ouvert au nom de son épouse, Patricia Cahuzac.

Jérôme Cahuzac n'est d'ailleurs pas le seul à avoir payé pour cette fraude fiscale qui avait mis le pays en émoi et la présidence Hollande dans la tempête il y a quatre ans. Outre la banque Reyl, chargée de la gestion du premier compte et condamnée à 1 875 000 euros d'amende, l'ex-épouse de Jérôme Cahuzac, Patricia, a elle aussi été condamnée à deux ans de prison ferme. La fraude a en effet été considérée comme "familiale" par les magistrats, dans leurs conclusions.

EN VIDEO - Jérôme Cahuzac condamné à 3 ans de prison ferme.

Patricia Cahuzac intimement liée à l'affaire

Par ce verdict, les juges ont donc confirmé au grand jour que Patricia Cahuzac, l'ex-femme du ministre du Budget, a bien joué un rôle dans l'invraisemblable affaire des comptes dissimulés. Le scandale qui a valu à Jérôme Cahuzac son éviction du gouvernement n'aurait peut-être jamais eu lieu si l'ancien ministre n'avait pas divorcé. La révélation par Médiapart de l'affaire du compte caché s'est rapidement entrecroisée avec des éléments relatifs à des différents financiers entre l'ex-ministre et son ex-épouse. Ce qui est certain, c'est que Patricia Cahuzac, qui devait elle aussi répondre des accusations de fraude fiscale à son endroit, a la rancune tenace et qu'elle en a beaucoup voulu à son ancien mari.

A la barre, Patricia Cahuzac, sobre mais peu habituée à la prise de parole en public, a néanmoins livré moult détails sur la fraude pratiquée par son couple depuis plusieurs années. Tout a commencé en 1997. Les époux, travaillant à l'époque comme chirurgien et dermatologue, changent l'organisation de leur business. Happé par la politique, Jérôme Cahuzac se met en retrait. Patricia Cahuzac, qui travaillait alors de chez elle, prend le relais à la clinique, notamment pour la patientelle anglaise, en pleine explosion. Les Cahuzac travaillent alors avec le Docteur Pierre Pouteaux. C'est lui qui, selon Patricia Cahuzac, va suggérer de déposer les chèques de la clientèle anglaise à l'île de Man. En janvier 2007, les transferts commencent via une société créée à Londres, Ellendale. Quand le besoin s'en fait sentir, Patricia Cahuzac se déplace en personne outre-Manche, pour retirer du liquide : des sommes allant de 8000 à 9000 euros, le week-end, environ trois fois par an, avouera-telle à la barre. "Nous étions conscients de l'illégalité de tout cela. Et nous n'avions aucune nécessité de le faire", ajoutera notamment Patricia Cahuzac au tribunal.

Trois moyens de dissimuler de l'argent

En marge de la comptabilité officielle du cabinet médical des Cahuzac, une comptabilité officieuse s'ouvre donc. Et elle est double. Car en plus du compte caché sur l'île de Man, du "rab" est aussi régulièrement versé sur les comptes de Thérèse Cahuzac, la mère de Jérôme Cahuzac, en France cette fois, à La Poste et la BNP. Cette "belle-mère", Patricia en a beaucoup parlé à la barre, décrivant notamment les dîners organisés chaque dimanche soir au domicile du couple à partir de 2005. Il faut dire que les Cahuzac peuvent être redevables : en réalité, les comptes de Thérèse Cahuzac vont eux aussi servir à dissimuler leur fortune. Ils vont financer des "dépenses familiales" et, notamment, les vacances des Cahuzac en période de vaches maigres, quand par exemple Jérôme Cahuzac perdra son siège de député en 2002.

Mais il existe un troisième moyen d'échapper au fisc : Jérôme Cahuzac a ouvert, dès 1991, un compte en Suisse, à l'Union des banques suisses (UBS). Ce compte atteint la somme de 600 000 euros à la fin des années 2000. C'est cette somme que Jérôme Cahuzac évoquera lors de ses tous premiers aveux, sur son blog, en avril 2013. Ce premier pas vers la fraude massive, Jérôme Cahuzac tentera de l'expliquer par le biais du financement politique. Il laissera notamment entendre au tribunal que ce compte avait été ouvert pour financer le courant de feu Michel Rocard... Autrement-dit : ce qui l'a conduit à l'illégalité, c'est d'abord et avant tout une "caisse noire", destinée à financer des activités politique.

Une revanche du bouc émissaire ? Rien n'est pour l'instant prouvé sur ce volet très sulfureux. Jérôme Cahuzac affirme quoi qu'il en soit que cet argent ne lui à jamais profité, ni à sa famille. En 1993, après la déroute de la gauche aux législatives, il affirme qu'on lui demande d'arrêter de l'alimenter. Mais il doit continuer de dissimuler ce "trésor caché". La banque genevoise Reyl est appelée à la rescousse et gère l'argent dans le plus grand secret à partir de 1998. Les 600 000 euros seront finalement transférés en 2009 vers la Julius Baer de Singapour. Sans être directement associée à ce compte, Patricia Cahuzac a affirmé avoir été au courant de son existence lors du procès.

La femme de Jérôme Cahuzac lui a caché de l'argent

A partir de 2005, le couple Cahuzac, qui continue de mener grand train malgré les activités peu rémunératrices de Jérôme Cahuzac, commence néanmoins à battre de l'aile. "Cela fait plusieurs années que je m'étais aperçu que mon mari me mentait. Pour moi, il n'y avait plus rien de solide dans le couple, donc j'ai éprouvé le besoin d'ouvrir un compte", a expliqué Patricia Cahuzac, qui espérait ainsi assurer ses arrières en cas de séparation. Un nouveau compte est donc ouvert en 2007 en Suisse, à l'insu de son mari, mais aussi du fisc. "Ce n'était pas mon but de transgresser. Si j'avais pu l'ouvrir en France sans qu'il le sache, je l'aurais fait", assure-t-elle. Des révélations difficiles à avaler pour l'ancien ministre. "On peut ne pas s'entendre, ne plus s'aimer mais se spolier ou se voler... Il y a un chemin que je n'ai jamais imaginé et que j'ai découvert, à mon immense stupéfaction, en procédure", a-t-il déclaré.

L'ex-épouse de l'ancien ministre s'est dès lors livrée à une véritable "entreprise de dissimulation". C'est une filiale suisse de la BNP qui gère ce nouveau pactole caché, dont on peine aujourd'hui à connaitre la somme exacte (le chiffre de 1 million d'euros a circulé, notamment par le biais d'un journal helvète). Selon Jean-Luc Barré, qui a signé en janvier 2016 un livre sur l'affaire Cahuzac ("Dissimulations" - Fayard), Patricia Cahuzac s'est alors "lancée vis-à-vis de lui dans une sorte de surenchère passionnelle, elle ne s'était pas contentée d'une fraude fiscale de plus grande ampleur. Bien qu'ils fussent mariés sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, elle l'avait exclu dans le même temps du patrimoine qu'elle s'était constitué".

Mais même involontairement, Jérôme Cahuzac va mettre des bâtons dans les roues de son épouse dans cette entreprise. En 2010, la filiale de la BNP en Suisse signale en effet à Mme Cahuzac qu'elle doit fermer ce compte. Jérôme Cahuzac est devenu président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale et il devient trop risqué de garder ce pactole dans l'établissement. Les avoirs de Patricia Cahuzac sont alors transférés à la banque genevoise Gonet. Ironie du sort : c'est cette même banque Gonet qui héritera, l'année suivante, de la gestion du premier compte domicilié sur l'île de Man, qui monte désormais à 2,5 millions d'euros.

Le divorce des Cahuzac au centre de l'affaire

La question posée : l'ancien ministre du Budget a-t-il victime de révélations voire de dénonciations de son ex-femme ? Une procédure de divorce entre Patricia et Jérôme Cahuzac a été révélée par le JDD dès le 9 décembre 2012 et depuis, la presse a plusieurs fois tenté d'en savoir plus sur l'éventuel conflit que pouvait provoquer la séparation des époux. Le Canard Enchaîné a notamment révélé en 2013 que la femme de l'ancien ministre aurait engagé des détectives privés pour enquêter sur son mari avant ce divorce. Dans un autre article, le Canard affirmait que Patricia Cahuzac avait reçu, en mai 2012, la visite à son cabinet médical, spécialisé dans la greffe capillaire, d'un patient qui n'avait aucun problème de cheveux. La raison de cette visite : des informations sur le compte suisse de son époux...

Dans les prémices de l'affaire Cahuzac, Paris-Match indiquait également que des détectives, chargés d'enquêter sur le patrimoine de Jérôme Cahuzac, auraient eu accès à certains éléments leur permettant de suivre la piste du compte ouvert à l'UBS de Genève. De son côté, Mediapart, qui a révélé l'affaire au grand jour, a mis en avant dès 2013 dans son enquête le travail clandestin d'un fonctionnaire du fisc. Un inspecteur des Impôts à la retraite, auteur d'une lettre de dénonciation de l'ex ministre du Budget, sera en effet mentionné plusieurs autres médias... Le 5 décembre, Mediapart met en ligne un enregistrement, présenté comme un échange daté de 2000 entre Jérôme Cahuzac et son gestionnaire de fortune. L'homme politique y évoque son compte à l'UBS et le risque qu'il constitue pour sa carrière politique. Or cet enregistrement, véritable clé accablant Cahuzac, a été découvert lui aussi alors que la procédure de divorce antre l'ancien ministre et son épouse s'ouvrait... Coïncidence ?

Tous ces éléments laissent en tout cas penser que des informations voire des preuves ont été fournies aux médias et à la justice par des proches ou des détectives qui en savaient beaucoup car liés à la procédure de divorce. Jérôme Cahuzac n'a jamais explicitement accusé sa femme de l'avoir dénoncé. Mais plusieurs fois lors du procès, on a senti que l'animosité entre les deux ex-époux a pu aboutir à la catastrophe.

La fortune de Jérôme et Patricia Cahuzac, un enjeu majeur

Il faut dire que le divorce des Cahuzac présentait dès le départ des enjeux considérables pour les ex-époux. Au moment où son couple aurait commencé à battre de l'aile, l'ex-socialiste était un président de la commission des finances de l'Assemblée nationale très en vue, favori pour assurer des hautes fonctions après un éventuel remaniement. L'homme politique, décrit comme talentueux et ambitieux par ses proches, avait en outre fait fortune rapidement grâce à ses activités de chirurgien. Avec son épouse, dermatologue de métier, ils ont accumulé ensemble un patrimoine important avant d'ouvrir une clinique à leur nom, près des Champs-Elysées. L'affaire, spécialisée dans la greffe des cheveux, marche très bien. Les stars du show-biz et de la politique sont nombreuses à venir s'offrir ses services. En 1994, avant que le cabinet n'ouvre, les époux Cahuzac avaient aussi acheté un appartement de 210 mètres carrés dans le VIIe arrondissement de Paris.

PHOTO : Patricia Cahuzac avait lancé un site internet (www.cahuzac.com) pour présenter son cabinet médical :

patricia cahuzac
Patricia Cahuzac - www.cahuzac.com © Capture d'écran - www.cahuzac.com

Par ailleurs, l'ancien ministre exerçait dans les années 1990 de très lucratives activités de conseil auprès de laboratoires pharmaceutiques. Une activité évoquée lors de l'interview de Jérôme Cahuzac sur BFM TV le 16 avril. Jérôme Cahuzac affirmait avoir travaillé avec les laboratoires "en toute légalité", après avoir quitté le cabinet de Claude Evin, ministre de la Santé jusqu'en 1991. Il assurait également avoir arrêté ces activités en 1997, au moment où il entrait à l'Assemblée nationale. Tout en écartant le soupçon de conflit d'intérêt, il n'a cependant pas nié que sa fortune puisse venir de ces quelques années de conseil.

La procédure de divorce n'était donc pas aussi "banale" que ça. Le patrimoine en jeu suffisamment important pour que les dossiers de chacun des époux soient bien préparés et que les avocats recrutés soient de fins connaisseurs des séparations conjugales. Le JDD a par ailleurs confirmé que Patricia Cahuzac et Jérôme Cahuzac étaient bel et bien opposés sur le partage de leur clinique capillaire privée ainsi que sur leur appartement, situé rue de Breteuil, à Paris. De quoi s'interroger sur la volonté des deux époux de disposer du maximum d'informations sur leurs situations financières respectives. Selon Paris Match, Jérôme Cahuzac aurait déclaré à son épouse : "Si tu t'en vas, tu n'auras rien ! [...] Je vais te faire vivre l'enfer". L'intéressée se serait quant à elle employée à préserver sa "liberté" et son "autonomie financière".

La haine de Patricia Cahuzac contre son mari

Outre le divorce et l'enjeu financier considérable qu'il représentait, il semble qu'une réelle animosité voire qu'une haine se soit en plus installée entre Patricia et Jérôme Cahuzac. La presse people a déjà prêté plusieurs aventures à Jérôme Cahuzac, parfois sans aucun fondement, se basant simplement sur sa réputation de séducteur, allant même jusqu'à annoncer en janvier 2012 un remariage avec une autre femme... Remariage non avéré. Dans un article de Paris Match, basé sur des propos rapportés de Patricia Cahuzac en mai 2014, l'infidélité est également présentée comme la cause de la procédure de divorce.

Un indiscret du JDD nous apprenait par ailleurs en janvier 2016 que Patricia Cahuzac n'avait pas hésité à imiter la signature de Jérôme Cahuzac sur un chèque destiné aux détectives privés qu'elle avait engagés pour le faire surveiller. Une révélation que l'hebdomadaire reprend du livre "Dissimulations", écrit par Jean-Luc Barré. Selon l'ouvrage, si Patricia Cahuzac a fait payer la note des détectives à son insu, il s'agit tout simplement d'une "petite vengeance". Autre indiscrétion mis au jour par l'ouvrage, cette phrase délicate qu'elle lui aurait adressée : "Tu finiras seul et en prison".

Dans le cadre de la procédure de divorce, Patricia Cahuzac avait averti son mari, lors d'une réunion de conciliation qui s'est tenu en janvier 2013, que des documents, faisant mention du fameux compte suisse, avaient été transmis, à son initiative, à deux notaires différents. C'est en tout cas ce qu'elle aurait confié à des amis, selon L'Express. Lorsqu'elle a été interrogée par la Direction nationale des investigations financières et fiscales, dans le cadre de l'enquête ouverte par le parquet pour blanchiment de fraude fiscale, Patricia Cahuzac n'aurait pourtant fourni aucun élément qui pourrait compromettre son époux. La femme de l'ancien ministre aurait préféré rester silencieuse jusqu'au procès. 

Philippe Péninque, l'ultime indice

Autre révélation qui relie Patricia Cahuzac à l'affaire : le compte de Jérôme Cahuzac en Suisse aurait été ouvert par un certain Philippe Péninque, avocat fiscaliste et ancien de l'organisation d'extrême droite "Groupe union défense" (GUD). Ce dernier travaillait alors dans le cabinet d'un autre ancien "Gudard", Jean-Pierre Eymié. Les deux avocats étaient très proches de la famille Cahuzac, Jean-Pierre Eymié étant marié à Dorothée, la cousine de Patricia Cahuzac. Et Patricia Cahuzac elle-même connaissait très bien Philippe Péninque selon plusieurs articles des presse. 

Lors de ses aveux sur BFM, Jérôme Cahuzac avait confirmé avoir connu Péninque "pour des raisons familiales". Depuis, Philippe Péninque, avec qui Jérôme Cahuzac a pu jouer au golf, faire du vélo ou encore partir en week-end au vert, est présenté comme un proche de Marine Le Pen. Ce qui a amené l'ancien ministre à nier toute affinité avec l'extrême droite : "Tout ce que j'ai pu dire ou faire a toujours été en totale contradiction avec le FN". Comme si un scandale pouvait venir s'ajouter au scandale.

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