Haut Dolpo : richesse et misère

L'auteur a guidé pendant 30 jours un groupe au travers de ces hautes montagnes du Tibet Népalais. Poussant jusqu'aux vallées les plus isolées, il a rencontré la richesse (spirituelle) et la misère (réelle) de la condition humaine.

 De retour de ces (très) hautes terres Tibétaines, après 30 jours d’absence.


Comme je m’y attendais (voir ma rubrique précédente), la plupart des hommes étaient déjà partis de l’autre côté de la frontière avec leurs caravanes de chevaux et de yaks, pour échanger leur récolte de yarsagumbas, le viagra Himalayen, contre de l’alcool et d’autres produits « made in China »…


 

Curieux mélange de croyances immuables et de modernité pas encore assumée.

 

A Yangtsé, un hameau du bout du monde, habité par quelques familles et moines bouddhistes, les habitants sont devenus riches. A 1500 roupies (15 €) le champignon miracle et quelques 500 unités par cueilleur, est-il vraiment utile de s’échiner à sarcler son champ d’orge d’où l’on tirera la tsampa, la nourriture de base des Dolpo pa ? Mais a t'on  jamais vu un homme se nourrir de billets, même  de 1000 Roupies !



Ces montagnards de l'extrême ont ainsi décidé de transformer leur richesse en pierres à Mani  qui s’étalent sur des centaines de mètres: d’énormes galets sculptés portant l’inscription « Om Mani Padme Oum », le mantra de Tchenrezi le boddhistava vénéré au Tibet de la compassion…




 

 Alors que nous arrivons à Chharka, un autre bout du monde, une mère nous présente son enfant malade. Choeden (lumière du Dharma) a huit ans. Fiévreux, le ventre gonflé et dur, le pouls faible,  il a le souffle court. Notre médecin diagnostique une péritonite… Voilà quinze jours que Choeden est « soigné » par le lama. Il faudrait l’évacuer, l’opérer, mais sa mère ne sait que faire : le père est parti en Chine, et puis comment payer les soins à l’hôpital de Jomosom ou Pokhara ? Sans nous concerter, nous décidons de nous cotiser pour sauver le gosse. Le soir, sa mère tire les volets de la masure pour éviter d’y faire entrer les mauvais esprits. Trop tard : Choeden expire dans la nuit.

 

Le lendemain, alors que nous reprenons le sentier, le cœur lourd… Deux silhouettes nous précèdent : le lama et son assistant qui grimpent dans la montagne entre les buissons de potentilles. Déjà, des silhouettes de vautours apparaissent, les oiseaux sacrés des funérailles célestes !


Gérard Guerrier, président général d'Allibert Trekking

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