Niveau des élèves en France : ce que dit le dernier classement PISA

Par A. C.

Niveau des élèves en France : ce que dit le dernier classement PISA

Le niveau des élèves de 15 ans en France continue à stagner en 2019. Avec une note globale de 493 points à l'enquête-PISA 2018, comparé à 487 points pour la moyenne des 36 pays de l'OCDE, la France se classe cette année 23e sur 79 pays évalués. Un résultat stable par rapport aux précédents résultats du "Programme international pour le suivi des acquis des élèves", qui mêle évaluations en mathématiques, lecture et sciences.
Les derniers résultats de cette enquête réalisée tous les trois ans par l'OCDE ont été dévoilés mardi 3 décembre. Spécificités à la française et défaillances avérées... au-delà du calcul des points, PISA permet de dessiner un portrait détaillé et sans fards des atouts et des failles du système éducatif français. Découvrez-les dans ce dossier.

La France dans la moyenne de l'OCDE en compréhension de l'écrit

En France, les élèves ont obtenu en moyenne 493 points en compréhension de l'écrit au test du PISA 2018, soit un peu plus que la moyenne de l'OCDE (487 points). La France se classe entre la 20e et la 26e place en compréhension de l'écrit, et entre le 15e et le 20e rang parmi les pays de l'OCDE, avec une performance moyenne comparable à celle de la Belgique, de la République tchèque, de l'Allemagne, du Portugal et de la Slovénie. Les pays de l'OCDE les plus performants en compréhension de l'écrit, le Canada, l'Estonie, la Finlande et l'Irlande, affichent un score moyen d'environ 520 points. La performance moyenne en compréhension de l'écrit en France n'a pas évolué de manière sensible depuis la première édition du test PISA en 2000.

Un creusement des écarts

En compréhension de l'écrit, la stabilité apparente de la performance sur la période 2000-2018 masque des évolutions divergentes selon les élèves. Alors que le niveau des meilleurs élèves a eu tendance à augmenter sur la période, celles des élèves les plus faibles a au contraire baissé. Cependant, l'essentiel de ces évolutions se sont produites de 2000 à 2009. Ce creusement des écarts ne s'observe ni en mathématiques (où la baisse de performance sur la période s'observe à la fois pour les meilleurs élèves et les plus faibles) ni en sciences.

Des résultats en maths un peu au-dessus de la moyenne

Les élèves français ont obtenu 495 points en mathématiques au test du PISA 2018, un résultat légèrement au-dessus de la moyenne de l'OCDE (489 points). La France se classe ainsi entre la 15e et la 24e place en mathématiques parmi les pays de l'OCDE, avec une performance moyenne comparable à celle de l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, l'Irlande, l'Islande, la Lettonie, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, le Royaume-Uni et la République tchèque. Les résultats moyens en mathématiques ont diminué entre 2003 et 2018, mais la plus grande partie de cette baisse a été observée entre 2003 et 2006, les résultats étant pratiquement identiques sur toutes les évaluations entre 2006 et 2018.

Un élève sur dix "très performant"

Environ un élève sur dix (11%) est très performant en mathématiques (au moins niveau 5 au test), un niveau très semblable à la moyenne de l'OCDE (10,9%). Ce score français est identique à celui du dernier classement. Les élèves dits "très performants" en maths peuvent modéliser mathématiquement des situations complexes et peuvent choisir, comparer et évaluer des stratégies appropriées de résolution de problèmes pour y faire face. Six pays et économies d'Asie comptent le plus grand nombre d'élèves qui ont atteint ce niveau : les provinces et communes chinoises réunies de Pékin-Shanghai-Jiangsu-Zhejiang (44 %), Singapour (36 %), Hong Kong (29 %), Macao en Chine(près de 28 %), le Taipei chinois (23 %) et la Corée (21 %).

Des performance scientifiques supérieures à la moyenne

En France, les élèves ont obtenu 493 points en culture scientifique au test du PISA 2018, soit un peu plus que la moyenne de l'OCDE (489 points). La France se classe entre la 16e et la 23e place pour les performances scientifiques parmi les pays de l'OCDE, avec une performance moyenne comparable entre autres à celle de l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Irlande, la Norvège, la Suède, la Suisse et la République tchèque. Lors de la précédente enquête-PISA, la France avait obtenu 495 points en culture scientifique, qui était le domaine majeur d'évaluation. Les performances moyennes en sciences n'ont pas connu d'évolution notable entre 2006 (la première fois que la science a été évaluée dans le domaine principal) et 2018, souligne l'enquête-PISA de cette année.

Les élèves très performants en baisse

Environ 6,6 % des élèves sont très performants en sciences, ce qui signifie qu'ils ont atteint le niveau 5 ou 6, quand la moyenne de l'OCDE sur ce point est à 6,8%. A ces niveaux, précise l'étude, les élèves sont capables d' "appliquer de façon créative et autonome leurs connaissances des sciences à une grande variété de situations, y compris celles qui leur sont inconnues". Lors de l'enquête-PISA de 2016, environ 8% de l'ensemble des élèves de 15 ans évalués en France se montraient "très performants", un score supérieur à celui de cette année.

Des résultats globalement dans la moyenne de l'OCDE

Pour récapituler les tendances globales, en France, à l'issue de l'enquête-PISA 2019 (dite "2018", car les évaluations ont eu lieu en 2018), les élèves ont obtenu des résultats supérieurs à la moyenne de l'OCDE en compréhension de l'écrit, en mathématiques et en sciences. En France, la proportion d'élèves très performants (niveau 5 ou 6) dans au moins un des domaines est similaire à la moyenne de l'OCDE (16%). La proportion d'élèves en difficulté (en dessous du niveau 2) dans au moins un des trois domaines est également proche de la moyenne de l'OCDE (13%).

Les inégalités, un fléau toujours d'actualité

Comme déjà observé lors des éditions précédentes du PISA, la France est l'un des pays de l'OCDE où le lien entre le statut socio-économique et la performance dans PISA est le plus fort, avec une différence de 107 points en compréhension de l'écrit entre les élèves issus d'un milieu favorisé et ceux issus d'un milieu défavorisé. Cet écart lié au milieu socio-économique est nettement supérieur à celui observé en moyenne dans les pays de l'OCDE (89 points). Des écarts notablement plus importants que ceux de la France ne sont observés qu'en Israël et au Luxembourg (122 points). Lors du PISA 2009, cet écart de performance en compréhension de l'écrit lié au statut socio-économique était déjà de 110 points en France - et de 87 points en moyenne dans les pays de l'OCDE.  

De forts stéréotypes de genre

Les attentes professionnelles des élèves de 15 ans telles que déclarées dans PISA reflètent de forts stéréotypes de genre. Parmi les élèves les plus performants en mathématiques ou en sciences, un garçon sur trois en France souhaite travailler comme ingénieur ou comme scientifique à l'âge de 30 ans, alors que seulement une fille sur six se projette dans ce type de professions. Seulement 6 % des garçons, mais presque aucune fille en France, souhaitent travailler dans des professions liées aux technologies de l'information et de la communication (TIC).

Des élèves en manque de soutien

La France est l'un des pays où les élèves ressentent le moins de soutien de la part de leurs enseignants pour progresser dans les apprentissages. Ainsi, moins d'un élève sur quatre en France (un sur trois, en moyenne, dans les pays de l'OCDE) déclare que son professeur lui indique ses points forts. De même, moins de deux élèves sur cinq en France, contre près d'un élève sur deux en moyenne dans les pays de l'OCDE, déclarent que leur professeur leur indique souvent ou toujours comment améliorer leurs résultats.    

Des problèmes de discipline perturbants

En France, les élèves sont plus souvent préoccupés que dans la plupart des autres pays de l'OCDE par les problèmes de disciplines qui perturbent l'enseignement. Ainsi, un élève sur deux a déclaré dans PISA qu'il y avait du bruit et du chahut dans la plupart ou la totalité des cours – à comparer avec un élève sur trois en moyenne dans les pays de l'OCDE. Des proportions ayant légèrement augmenté dans l'Hexagone depuis 2009. Globalement, la France est l'un des trois pays où les élèves font état des plus grandes préoccupations liées aux problèmes de discipline en classe. Il n'y a qu'en Argentine et au Brésil que l'indice du climat de discipline est inférieur à la moyenne observée en France.

Une pénurie de matériel

En France, les chefs d'établissements font état d'une pénurie de matériel éducatif plus importante qu'en moyenne parmi les pays de l'OCDE, et il n'y a pas de différence significative entre lycées favorisés et défavorisés à cet égard. Cependant, pour 30 % des élèves inscrits dans les lycées publics en France (35 % en moyenne dans les pays de l'OCDE) et 14 % des élèves inscrits dans des lycées privés sous contrat (25 % en moyenne dans les pays de l'OCDE) le chef d'établissement a déclaré dans PISA que la capacité de l'établissement à dispenser un enseignement est entravée, au moins dans une certaine mesure, par une mauvaise infrastructure.

Un manque de confiance des filles

Les filles expriment plus souvent que les garçons un manque de confiance en elles. En France, près de trois filles sur quatre déclarent ainsi que lorsqu'elles échouent, elles ont peur de ne pas avoir assez de talent, ou elles doutent de leurs plans pour l'avenir. Seulement un garçon sur deux est dans ce cas. Parallèlement, a contrario de ce qui est observé dans de nombreux pays, en France, les filles ont toutefois exprimé plus souvent que les garçons des sentiments positifs (comme le fait de se sentir souvent ou toujours heureux ou joyeux). Mais comme dans presque tous les pays participant au PISA, les filles ont déclaré plus souvent que les garçons qu'elles se sentent parfois tristes : deux filles sur cinq contre seulement un garçon sur trois en France.  

Une forte proportion d'élèves immigrés défavorisés

En France, environ 14 % des élèves étaient issus de l'immigration en 2018, contre 13 % en 2009. La France est l'un des pays où l'on trouve une forte proportion d'élèves immigrés issus d'un milieu socioéconomique défavorisé. Près d'un élève immigré sur deux en France est ainsi issu d'un milieu défavorisé, contre trois sur huit en moyenne dans les pays de l'OCDE. L'écart moyen en compréhension de l'écrit dans le PISA 2018 entre les élèves issus de l'immigration et élèves non-immigrés en France est de 52 points en faveur des élèves autochtones (contre 41 points dans l'OCDE). La différence est plus marquée de 28 points chez les élèves immigrés de première génération, par rapport aux élèves immigrés de deuxième génération.

Le harcèlement en hausse

Seuls 8 % des élèves ont reporté qu'ils étaient fréquemment victimes de harcèlement à l'école, une proportion légèrement inférieure à la moyenne de l'OCDE (9 %). Environ 20 % des élèves ont déclaré être victimes d'acte de harcèlement au moins quelques fois par mois (23 % en moyenne dans les pays de l'OCDE). Ce niveau est supérieur de 2 points de pourcentage au niveau observé en 2015, quand l'augmentation moyenne de l'OCDE est de 4 points de pourcentage. Un élève favorisé sur six, contre un élève défavorisé sur quatre, s'est dit victime d'actes de harcèlement au moins quelques fois par mois. L'acte de harcèlement le plus souvent signalé par les élèves sont les moqueries par les autres élèves : 12% des élèves en France l'ont signalé, contre 13% en moyenne dans les pays de l'OCDE.

Davantage d'absentéisme ou de retard

En France, seuls 16 % des élèves avaient séché une journée entière de cours au cours des deux semaines précédant le test PISA 2018, soit moins que la moyenne de l'OCDE de 21 %. Cependant, 29% des élèves en France ont déclaré avoir manqué quelques cours (moyenne OCDE : 27%), et 57% sont arrivés en retard à l'école pendant la même période (moyenne OCDE : 48%). La part des élèves absentéistes ou en retard à l'école a augmenté de 5 points de pourcentage par rapport aux niveaux observés en France dans le cadre du PISA 2015.

Une peur de l'échec envahissante

Les élèves en France expriment un plus faible sentiment d'auto-efficacité et une plus grande peur de l'échec que la moyenne observée dans les pays de l'OCDE. 62 % des écoliers français déclarent ainsi dans PISA que lorsqu'ils échouent, ils craignent de ne pas avoir suffisamment de talents, versus 55 % pour l'OCDE, et que cela les fait douter de leurs projets pour l'avenir (moyenne OCDE : 54 %). Trois élèves sur quatre en France déclarent être en accord avec l'idée que lorsqu'ils se trouvent dans une situation difficile, ils arrivent presque toujours à s'en sortir, ce qui est inférieur à la moyenne OCDE (84%). Seuls 59% des élèves déclarent que leur confiance en eux-mêmes leur permet de surmonter les moments difficiles (moyenne de l'OCDE : 71 %).

Des élèves heureux, mais moins qu'avant

Sept élèves sur dix en France déclarent être satisfaits de leur vie, une proportion légèrement supérieure à la moyenne de l'OCDE. Entre 2015 et 2018, la part des élèves satisfaits de leur vie en France a diminué de 8 points de pourcentage, soit plus que la moyenne observée dans les pays de l'OCDE (de -5 points de pourcentage).

Près de trente heures par semaine sur internet

En France, les élèves déclarent passer 28 heures par semaine sur Internet en dehors de l'école, soit 6 heures de plus que dans le PISA 2015, et 1 heure de plus que la moyenne de l'OCDE (27 heures). En France, les élèves qui se disent satisfaits de leur vie passent 27 heures par semaine sur Internet en dehors de l'école, versus une moyenne OCDE à 26 heures, soit 4 heures de moins (moyenne OCDE : 3 heures de moins) que ceux qui se disent insatisfaits de leur vie.