Variant brésilien du Covid : où est-il présent en France ? Les derniers chiffres

Variant brésilien du Covid : où est-il présent en France ? Les derniers chiffres VARIANT BRÉSILIEN. Le variant brésilien s'installe en France, malgré les mesures restrictives adoptées par le gouvernement pour les voyageurs en provenance du Brésil. Mais où le virus mutant circule-t-il le plus dans le territoire ? On fait le point.

[Mis à jour le 23 avril 2021 à 14h56] L'épidémie de Covid-19 flambe au Brésil avec l'apparition du variant brésilien P1. Et pour les pays européens, ce n'est plus qu'une question de temps avant que le variant brésilien remplace le britannique, aujourd'hui majoritaire en France. "Un risque d'extension du variant brésilien P1 doit être pris en compte durant l'été 2021", avait alerté le Conseil scientifique dans un avis rendu au gouvernement le 16 avril. À partir de ce samedi matin, les voyageurs provenant du Brésil, d'Argentine, du Chili, d'Afrique du Sud et de Guyane devront désormais respecter une quarantaine de dix jours à leur arrivée sur le territoire.

Mais ce dispositif restrictif suffira-t-il ? Contrairement à la Guyane qui connaît une présence de plus de 80% du variant brésilien, la Métropole elle reste pour le moment exemptée. Toutefois, la proportion des variants brésilien et sud-africain augmente nettement dans certains départements de l'Hexagone. C'est le cas de la Creuse par exemple où 50% de tests positifs sont désormais dus aux virus mutants. Suit ensuite la Moselle, où les variants étaient déjà nettement présents, avec 30% des résultats positifs liés à un des deux variants. Mais pour l'heure, le variant britannique reste majoritaire. Pourtant, la course contre la montre semble bien lancée en France. Et pour cause, le variant brésilien a été estimé entre 40 et 120% plus transmissible, selon la dernière analyse de Santé publique France et du Centre national de référence des virus des infections respiratoires. Mais surtout, le variant brésilien inquiète, car il pourrait devenir plus fort que les vaccins, notamment AstraZeneca et Janssen. Et pas question non plus de laisser du répit à ceux déjà immunisés du Covid-19, car le variant B1 pourrait ignorer toute première infection. Enfin, selon les experts scientifiques, il serait plus transmissible… et plus létal.

Le variant brésilien circule-t-il en France ? 

Selon la dernière enquête Flash, seul 1% des cas détectés en France relèvent du variant brésilien. Un taux infime comparé au 75% du variant britannique. Et c'est une bonne nouvelle puisque comme l'explique le médecin Damien Mascret à France Info : "Il y a une sorte de compétition entre les souches virales et à partir du moment où une souche s'impose par rapport aux autres, parfois en raison de sa transmission qui est plus rapide, les autres ne peuvent pas s'installer". Mais le risque zéro n'existe pas et les médecins s'accordent à dire qu'il "faut à tout prix éviter le brassage de populations avec le Brésil", selon les mots de l'infectiologue Benjamin Davido dans L'Obs.

Le seul territoire français véritablement inquiété par la propagation du variant est la Guyane, le département d'outre-mer frontalier du Brésil. Sur l'île, la souche amazonienne concerne 85% des cas de Covid-19 recensés. "L'incidence augmente fortement en Guyane depuis quatre semaines avec une présence très majoritaire du variant BR-P1 ", rappelle le Conseil scientifique, dans sont rapport du 18 avril. Une augmentation qui appelle à de nouvelles mesures sanitaires, autant pour le territoire d'outre-mer que pour la France, souligne l'instance scientifique.

Une quarantaine obligatoire pour certains voyageurs 

La suspension de tous les vols directs entre le Brésil et la France annoncée "jusqu'à nouvel ordre" par Jean Castex mais prévue jusqu'au 19 avril par le décret du Journal Officiel, et prolongée jusqu'au 23 avril. Dès samedi les liaisons aériennes pourront reprendre mais l'ensemble des voyageurs en provenance du Brésil devront se soumettre à une quarantaine obligatoire de dix jours. Le dispositif s'appliquera également aux voyageurs revenant d'Argentine, du Chili, d'Afrique du Sud et de Guyane. D'ici là, le contrôles des tests PCR sera systématique à chaque atterrissage. "Nous pourrions augmenter encore le champ des pays où les territoires couverts. Nous en discutons avec nos partenaires européens ce matin même", a souligné Sur France Info Clément Beaune, le secrétaire d'État chargé des Affaires européennes.

Les jeunes sont-ils plus touchés par le variant brésilien ?

En Amérique latine, la moitié des patients admis en soins intensifs ont moins de 40 ans, a indiqué dimanche le docteur Ederlon Rezende, coordinateur d'une étude de l'Association brésilienne des soins intensifs (AMIB), dans des propos rapportés par l'AFP. Selon cette même étude, cette tranche de la population serait devenue majoritaire dans ces services au mois de mars, avec 52,2% de patients de moins de 40 ans, contre 14,6 % au début de la pandémie. "Une telle augmentation pour ce groupe d'âge est très significative. Les malades plus jeunes, sans avoir d'autres maladies, présentent à leur arrivée aux soins intensifs des cas plus graves", a souligné le docteur Rezende. Au Brésil, le variant P1 (ou 20J/501Y.V3) du coronavirus est nettement plus présent qu'en Europe, il est suspecté d'être à l'origine de la propagation de formes sévères chez les plus jeunes.

Le rajeunissement des patients trouve ses explications dans le contexte socio-économique du Brésil. Margaret Dalcolmo, cheffe pneumologue et coordinatrice d'une étude sur le variant indique à France 24 : "Le profil des patients gravement atteints a changé, parce qu'avec l'évolution de la pandémie et l'absence de confinement, on voit de plus en plus de jeunes dans les rues.[...] Avec 20 % de la population en-dessous du seuil de pauvreté, il faut qu'ils sortent pour gagner leur vie". Les jeunes sont également ceux "qui ne supportent plus l'absence de vie sociale, alors ils se rejoignent dans les bars" en l'absence de confinement rappelle la spécialiste.

Le variant brésilien est-il plus dangereux ?  

Pour Miguel Nicolelis, ancien président du comité anti-coronavirus dans la région du Nordeste, au Brésil, la réponse est claire : cette souche, qui s'est déjà largement propagée en Amérique latine est "une menace très sérieuse pour le monde". Interrogé sur Europe 1, le neuroscientifique a d'ailleurs appelé à ne pas "sous-estimer" le variant brésilien, P1 ou 20J/501Y.V3 du coronavirus, dont la "gravité pourrait saper les efforts de l'Europe, des États-Unis et de l'Asie à contenir cette pandémie".  Le danger de ce variant brésilien résiderait notamment dans sa capacité "à muter sans cesse". "On en est à 17 mutations jusqu'à présent, c'est beaucoup et c'est ce qui peut expliquer que c'est si transmissible", a souligné Miguel Nicolelis. 

Le variant brésilien résiste-t-il aux vaccins anti-covid ? 

La capacité du variant brésilien à muter le rendrait "plus résistant à certains vaccins", a averti le professeur Rémi Salomon, président de la Commission médicale d'établissement de l'AP-HP, sur RTL, ce mardi, c'est en partie ce qui explique l'inquiétude autour du virus. Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches rejoint ce point de vue : "Plus le nombre de variants augmente, plus le risque de résistance à la vaccination se multiplie". D'autant plus que le variant brésilien P1 présente deux mutations E484K et N501Y sur la protéine Spyke. La première permettrait aux virus d'échapper aux anticorps lors d'une réinfection ou après une vaccination. Conséquence, selon une étude de l'université de Cambridge, les anticorps des personnes vaccinées seraient 10 fois inférieurs à la quantité nécessaire pour neutraliser le virus porteur de la mutation.

Les vaccins Pfizer et Moderna efficaces conte le variant brésilien ?

Les produits Pfizer/BioNTech et Moderna offrent l'une des meilleure protection contre le coronavirus, mais face au variant brésilien leur efficacité semblent bien amoindrie. Une étude menée par plusieurs chercheurs du Massachussets General Hospital de Boston met en évidence "le potentiel pour le variant d'échapper à la neutralisation de l' immunité humorale", c'est-à-dire celle créée par les anticorps. L'avantage des vaccins à ARN tel que Pfizer ou Moderna est qu'ils peuvent être séquencés pour s'adapter et apporter une réponse immunitaire plus efficace. D'autres recherches avancent toutefois un effet neutralisant des vaccins sur le variant brésilien, comme cette étude parue dans le New England Journal of Medicine.

Le vaccin AstraZeneca efficace contre le variant brésilien ?

La Haute autorité de Santé indique dans un rapport du 9 avril, que la réponse immunitaire apportée par les vaccins contre les variants sud-africains et brésiliens est encore incertaine. Elle considère que le produit anglo-suédois AstraZeneca fait preuve d'une "efficacité réduite" face aux mutations du virus.

Le vaccin Janssen protège-t-il contre le variant brésilien ?

Le vaccin du laboratoire Johnson & Johnson a été déployé dans huit pays lors des essais cliniques dont le Brésil, déjà touché par la nouvelle souche du coronavirus. Avec des résultats compris ente 57% et 72% d'efficacité, le vaccin assure en moyenne une protection de 66% contre le virus sous toutes ses formes. Le 17 mars, le Groupe stratégique consultatif d'experts sur la vaccination de l'OMS a d'ailleurs recommandé d'utiliser le vaccin dans les pays où les variants contagieux, dont le brésilien, circulent.

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