Vos souvenirs d'un événement sont différents de ceux vos proches ? Voici ce que cela cache selon un neuropsychologue
Nous avons tous des souvenirs communs, pourtant la description que nous en faisons par la suite n'est pas forcément similaire. Nous ne restituons pas les faits de la même façon, ce qui peut paraitre surprenant et peut entrainer des débats interminables. C'est pourtant tout à fait normal et lié au fonctionnement de notre mémoire. Tout d'abord, cela dépend de l'attention de chaque individu : "Deux personnes qui sont présentes face à un même événement ne vont pas forcément avoir le même niveau attentionnel", explique Francis Eustache, neuropsychologue et membre de l'Observatoire B2V des Mémoires, interrogé par Linternaute.com.
Cela peut notamment être lié à des aspects physiologiques comme la fatigue ou la consommation d'alcool. Il y a cependant une explications plus complexe : "La personne va porter plus ou moins d'intérêt à la situation en fonction de ses propres préoccupations, ses propres projets, sa propre identité. La personne va ainsi se sentir plus ou moins concernée par la situation présente", précise le scientifique.
La mémoire n'est, en effet, pas un "enregistreur, ni un magnétoscope ou une caméra, qui enregistre de façon relativement fidèle", elle permet plutôt une reconstruction d'un souvenir. Il est, en plus, impossible de tout retenir. Ainsi, ce sont des "choix permanents, conscients ou inconscients" qui guident ce que nous gardons en mémoire.

En principe, deux personnes qui partagent un moment ensemble vont retenir le cœur de l'événement. "Si deux personnes sont au bord de la mer, elles vont mémoriser qu'elles sont au bord de la mer. Par contre, est-ce qu'elles vont mémoriser la personne qui se baigne dans les vagues ou celle qui joue au ballon", a illustré Francis Eustache. Cela ne veut pas dire pour autant qu'une d'entre elles a tort ou que les discours sont contradictoires, ils sont d'ailleurs le plus souvent complémentaires.
Vient ensuite s'ajouter la notion du temps. On se rend bien compte que certains souvenirs peuvent être progressivement oubliés ou avoir relativement changé. L'un des facteurs de cette possible déformation sont les discussions autour de cet événement : "A chaque fois qu'on évoque un souvenir, on le réencode, on le réapprend autrement, en le modifiant potentiellement un petit peu en fonction de nos intérêts, de notre volonté d'argumentation, de notre compréhension de situations similaires...", nous a expliqué Francis Eustache.
Un souvenir peut aussi être transformé car on y a porté un intérêt minime et il n'a ainsi pas été encodé en profondeur. Ce dernier risque donc tout simplement d'être oublié ou placé en arrière-plan par rapport à d'autres souvenirs. Notre mémoire peut même commettre des erreurs et aller jusqu'à créer des faux souvenirs. Elle est en effet obligée de synthétiser et ne peut pas tout garder. "Il faut élaguer des tas de choses, il faut sémantiser. Je vais oublier beaucoup de souvenirs car les événements sont lourds à porter et les synthétiser en une connaissance, c'est plus efficace. Je vais perdre beaucoup d'éléments contextuels et ma mémoire peut aller jusqu'à me tromper", a détaillé le neuropsychologue.
L'efficacité de notre mémoire a donc des revers. Elle est aussi moins apte à mesurer la source des événements. "Je vais savoir des choses, mais je vais avoir tendance à oublier le contexte d'apprentissage de ces choses", a ajouté Francis Eustache. En tout cas, pas de panique si vos souvenirs tendent parfois à diverger de ceux des autres, cela fait partie du jeu de la mémoire.