Remaniement ministériel : c'est lancé ! Borne à Matignon, et maintenant ?

Remaniement ministériel : c'est lancé ! Borne à Matignon, et maintenant ? REMANIEMENT. Emmanuel Macron devrait annoncer dans la journée de ce lundi le nom de son nouveau Premier ministre, alors qu'un gouvernement resserré serait dans les tuyaux.

Elisabeth Borne est donc la nouvelle Première ministre, elle vient d'être officiellement nommée par Emmanuel Macron, qui a donc fait le choix de la prudence, en installant à Matignon son ancienne ministre du Travail, qu'il connaît bien. Le président de la République sait qu'il s'expose à de nombreuses critiques : alors qu'il avait promis un renouvellement profond de méthode, qu'il avait indiqué qu'il allait impulser une nouvelle séquence politique d'envergure avec un nouveau cap, le choix d'une ancienne ministre, très "techno", n'apparaît pas très inspiré.

Pour autant, le mystère sur l'architecture gouvernementale continue de planer : le remaniement du gouvernement n'a pas encore eu lieu, il faut sans doute patienter encore quelques jours. Il faut dire que les arbitrages ne sont pris qu'en très haut lieu, par un cercle très restreint de personnes : la Constitution ne confère ces prérogatives qu'au président de la République et au Premier ministre.

Avant de choisir ses ministres -proposés uniquement pour la forme et le protocole par le Premier ministre, Emmanuel Macron doit veiller à respecter plusieurs critères pour assurer l'équilibre de son équipe, laquelle doit par ailleurs être soumise à quelques vérifications d'usage pour éviter tout scandale de début de quinquennat. Le président de la République prend son temps. Trois semaines de réflexion, du jamais vu dans l'histoire de la Ve République. "Il ne faut pas de précipitation" a défendu, lundi matin, Olivia Grégoire sur Sudradio, la secrétaire d'État chargée de l'Économie sociale, solidaire et responsable rappelant que le choix "va donner l'impulsion des cinq prochaines années." Lorsqu'il s'avancera sur le perron de l'Elysée pour dévoiler la liste des ministres nommés, Alexis Kohler, le secrétaire général du palais, ne devrait pas s'éterniser, ne devant, selon Olivia Grégoire, prononcer l'identité que "d'une douzaine de ministres importants." Un gouvernement restreint donc, en prévision, avant un élargissement après les législatives ?

Pourquoi le remaniement du gouvernement tarde-t-il à être annoncé ?

Depuis le 24 avril, date de la réélection d'Emmanuel Macron, c'est la grande question : qui composera le futur gouvernement ? Emmanuel Macron prend son temps et n'entend pas se précipiter, d'autant qu'il se retrouve dans une situation singulière, étant réélu à la tête du pays sans avoir eu de période de cohabitation. Ce qui n'était plus arrivé depuis la réélection du Général de Gaulle en 1965. Mais pourquoi le président de la République prend-t-il autant de temps ? A l'aube de son second mandat, le chef de l'Etat veut donner un nouveau souffle à sa politique et veut s'entourer de sang neuf. Alors, il imagine, consulte et rencontre avant de trancher. D'autant que de très nombreux paramètres sont à prendre en compte au-delà des compétences, entre parité, équilibres politiques et géographiques (lire plus bas).

Si Emmanuel Macron tarde, c'est également parce que le président de la République veut s'éviter tout scandale dans la foulée de la nomination du nouveau gouvernement, d'autant plus avant l'échéance des législatives. A commencer par la situation fiscale des ministrables. Les comptes de possibles membres du prochain gouvernement sont en effet épluchés par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Le Parisien a dévoilé, mercredi 11 mai 2022, qu'une dizaine de noms étaient actuellement passés au crible par l'organisme. "C'est juste une première vague. Bien sûr, il va y en avoir d'autres. Il va falloir s'attendre à un grand turn-over, le président a la volonté de remplacer en profondeur le gouvernement pour donner un nouveau souffle", a précisé un proche du chef de l'État au quotidien. Lequel détaille les différents critères à prendre en compte pour établir l'architecture gouvernementale : "Macron doit s'assurer de respecter la parité, la HATVP vérifie de son côté si les personnes approchées ont bien payé leurs impôts et ont un patrimoine en règle. Ça prend forcément un peu de temps…"

Par ailleurs, Emmanuel Macron recule la date d'annonce du nouveau gouvernement afin de réduire le temps qui séparera l'installation des prochains ministres et le premier tour des élections législatives. Une nomination rapide aurait pu entraîner un méfait pouvant rebattre les cartes et faire craindre au président de la République de ne pas obtenir la majorité parlementaire à l'Assemblée nationale.

A quelle date le remaniement ministériel sera-t-il annoncé ?

L'officialisation des nouveaux ministres pourrait intervenir très probablement mardi 17 mai ou mercredi 18 mai. Il est probable qu'Emmanuel Macron se coordonne avec sa nouvelle Première ministre pour établir la liste des nouveaux ministres. Rappelons que les institutions veulent que le président de la République nomme les ministres "sur proposition du Premier ministre".

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• Des nouveaux ministres venus de chez LR ?

Qui dit remaniement, dit nouveaux visages. Lorsque le secrétaire général de l'Elysée s'avancera au micro installé sur le perron du palais présidentiel le jour de l'annonce du gouvernement, des noms nouveaux et inédits seront énumérés. Mais lesquels ? L'heure est aux hypothèses. Parmi les identités avancées, celles de nombreux maires et élus locaux de droite (ex ou toujours LR) ayant soutenu activement Emmanuel Macron.

A commencer par Karl Olive, le maire de Poissy, qui pourrait hériter de la Ville selon Europe 1, Natacha Bouchart, celle de Calais, Caroline Cayeux de Beauvais, Christian Estrosi de Nice (même s'il a déclaré qu'il ne quitterait pas sa mairie), Hubert Falco de Toulon, Arnaud Péricard de Saint-Germain-en-Laye, Delphine Bürkli, du 9e arrondissement de Paris, ou encore Catherine Vautrin, présidente du Grand Reims, tout comme la présidente de la région Pays de Loire, Christelle Morançais (lire plus haut). Les noms de Martine Vassal, présidente de la métropole Aix-Marseille, de Renaud Muselier, président de PACA, Parmi tous ces noms, aucun n'a caché son soutien à Emmanuel Macron et tous se disent Macron-compatibles. Parmi les dirigeants LR, Damien Abad (patron des députés LR) pourrait être démarché, lui qui n'aura pas d'adversaire LREM sur sa circonscription aux législatives. L'ex-ministre Eric Woerth pourrait, lui aussi, se voir proposer un ministère.

• Des nouveaux ministres en provenance du Parti socialiste ?

La gauche, au-delà d'Audrey Azoulay et Marisol Touraine (lire plus haut), lorgnerait également sur des fonctions ministérielles. Ainsi, Le Figaro a avancé, dans son édition du 26 avril, que Mathieu Klein (Nancy), Michaël Delafosse (Montpellier) ou encore Johanna Rolland (Nantes). L'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve ne serait pas non plus à totalement écarter, notamment pour le ministères des Affaires étrangères. Après le fiasco socialiste à l'élection présidentielle, "l'équipe de France des maires" d'Anne Hidalgo, jeune garde du parti, tenterait-elle de s'immiscer dans les arcanes du pouvoir pour prendre du galon, quitte à tourner le dos à leur famille ? Pour sa part, Valérie Rabault, présidente des députés PS à l'Assemblée nationale, a indiqué avoir refusé le poste de Premier ministre.

• Quels élus LREM pourraient devenir ministre ?

Si Emmanuel Macron a, entre 2017 et 2022, enterré les partis traditionnels que sont Les Républicains et le Parti socialiste, dans lesquels il pourrait aller piocher certains de ses futurs ministres, le président de la République doit également regarder parmi ses troupes. Et certaines promotions ne seraient pas incongrues, à l'image de plusieurs députés tels que Stanislas Guérini, également délégué général LREM, Sacha Houlié, présent au lancement d'En Marche, Jean-Noël Barrot, ex-Modem, Aurore BergéRoland Lescure, président de la commission des Affaires économiques, Yaël Braun-Pivet, présidente de la commission des Lois de l'Assemblée nationale. Alexis Kohler, actuel secrétaire général de l'Elysée, est également cité pour hériter d'un portefeuille, au même titre que la députée européenne Valérie Hayer. Le député européen Stéphane Séjourné et le député des Français du Bénélux, Pieyre-Alexandre Anglade, pourraient prétendre aux Affaires européennes.

• Des ministres pour représenter Philippe, Bayrou et les alliés de Macron ?

Alors qu'Emmanuel Macron vise le "dépassement" politique, il devra également composer un gouvernement qui veille à la représentativité des différents partis alliés à La République en Marche. A commencer par celui d'Edouard Philippe, Horizons, qui pourrait être récompensé d'un ministère accordé à Christophe Béchu, maire d'Angers, ou Arnaud Robinet, celui de Reims, ou encore à Naïma Moutchou, députée du Val-d'Oise,  selon Le Figaro. François Bayrou, lui, ne devrait pas être du futur gouvernement. Mais le président du MoDem pourrait cependant voir le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, ainsi que Sarah El Haïry, secrétaire d'Etat, continuer d'incarner le parti centriste au gouvernement, tandis que le député Jean-Noël Barrot pourrait être placé du côté de Bercy, toujours selon Le Figaro

D'autres élus de gauche, ouvertement Macron-compatibles, pourraient pas ailleurs être dans les petits papiers. Si le maire de Dijon et ancien ministre François Rebsamen semble écarté, certains proches de son mouvement sont évoqués :  le premier édile de Clichy-sous-Bois Olivier Klein ou encore de celui de Dunkerque Patrice Vergriete. Nathalie Nieson, maire de Bourg-de-Péage, s'est également investie en faveur d'Emmanuel Macron, elle qui fut députée socialiste. Enfin, le Parti radical lorgnerait sur un maroquin, notamment Laurent Hénart, le président, ou encore Nathalie Delattre, sénatrice.

• Des ministres surprises ?

Dans une longue liste, Le Point évoque également diverses surprises possibles, telles que le trublion Robert Ménard, la directrice générale de la Fédération française de tennis Amélie Oudéa-Castéra, Gaspard Koenig, qui s'était lancé dans la bataille de la présidentielle pour mener la simplification administrative, ou encore Rachel Khan, actrice, juriste et autrice, chargée d'un groupe de travail "sur l'immigration, l'intégration et la laïcité" lors de la campagne 2022 d'Emmanuel Macron. Pour leur part, Les Echos indiquent qu'Eric Lombard, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, est "compatible avec la macronie et apprécié par la gauche." De là à en faire un ministre ? Un autre profil, inconnu du grand public, avait été évoqué : celui de Véronique Bédague. Ex-directrice de cabinet de Manuel Valls lorsqu'il était Premier ministre, actuelle DG du promoteur immobilier Nexity, elle aurait été reçue à l'Elysée par Alexis Kohler, le secrétaire général du palais, mais aurait décliné la proposition selon Le Parisien.

Quels ministres pourraient être conservés ? 

Un profond renouvellement de l'appareil gouvernemental va être opéré. Parmi les 42 ministres, ministres délégués et secrétaires d'État actuellement en poste, seule une poignée sera conservée. Elle se compterait même sur les doigts d'une main. Le Canard enchaîné avait affirmé, mi-avril, que quatre ou cinq ministres en poste devraient, au maximum, hériter à nouveau d'un portefeuille. Si Elisabeth Borne et Julien Denormandie sont en course pour le poste de Premier ministre (lire plus haut), Gérald Darmanin (Intérieur) pourrait être une nouvelle fois nommé à la tête d'un ministère, tout comme Bruno Le Maire (Economie), Gabriel Attal (porte-parole), Sébastien Lecornu (Outre-mer) ou encore Olivier Dussopt (Comptes publics). Une indiscrétion du Figaro en date du 26 avril laisse par ailleurs entendre que Jean Castex pourrait également être intégré dans le nouveau gouvernement.

Quels ministres vont quitter le gouvernement ? 

Peu de ministres conservés, c'est tout le reste de l'équipe gouvernementale qui devra faire ses cartons. Nombreux sont ceux dont le nom ne sera, a priori, pas couché sur l'organigramme du futur gouvernement. Une certitude : Jean Castex va quitter Matignon. Exit également Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Florence Parly (Armées) malgré le contexte international de la guerre en Ukraine, tout comme Frédérique Vidal (Enseignement supérieur), Marlène Schiappa (Citoyenneté) ou encore Jean-Baptiste Djebarri (Transports). Peu probable également de voir Eric Dupond-Moretti (Justice) et Roselyne Bachelot (Culture) reconduits dans leurs fonctions, tout comme Jean-Michel Blanquer, à la longévité historique à l'Education nationale. En revanche, les sorts d'Olivier Véran (Santé) et d'Amélie de Montchalin (Transformation et Fonction publiques) ne semblent pas encore définitivement tranchés.

Comment composer un gouvernement ?

Pour Emmanuel Macron, comme pour tout président, former un gouvernement n'est pas chose aisée. Dans son architecture, le chef de l'Etat doit prendre en compte plusieurs paramètres : la parité, la représentativité des régions ainsi que l'équilibre politique en nommant des personnalités issues des partis qui ont œuvré à sa réélection. Ce dernier point apparaît comme le plus complexe. Car au-delà de LREM, le président de la République doit essayer, au mieux, de piocher dans le MoDem, Horizons, Agir, Territoires de progrès, le Parti radical, En commun ainsi que dans la Fédération progressiste. Pas sûr que tout le monde soit récompensé pour son action militante durant la campagne. Car Emmanuel Macron doit surtout nommer de nouveaux dirigeants ayant des appétences et compétences pour les postes proposés, tout en veillant à ne pas avoir un gouvernement trop large. Un véritable exercice d'équilibriste sur lequel planche le locataire de l'Elysée. 

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