Primaire EELV : résultats surprise... Rousseau peut-elle gagner contre Jadot ?

Primaire EELV : résultats surprise... Rousseau peut-elle gagner contre Jadot ? PRIMAIRE ECOLOGISTE. Premier petit événement de cette campagne présidentielle : Sandrine Rousseau émerge comme une rivale sérieuse à Yannick Jadot pour incarner EELV à l'élection de 2022.

[Mis à jour le 20 septembre 2021 à 09h17] Ce sera donc soit Yannick Jadot, soit Sandrine Rousseau. Le 2e tour de la primaire EELV débute ce samedi, les deux finalistes sont engagés dans un dernier sprint avant que les 120 000 votants ne tranchent définitivement sur le candidat qui défendra le mouvement écologiste à l'élection présidentielle 2022. La direction d'Europe Ecologie-Les Verts, il faut bien le dire, s'attendait plutôt à un duel entre l'eurodéputé et ancien candidat à la présidentielle - le médiatique Yannick Jadot - et le maire de Grenoble, Eric Piolle. Raté.

Résultats du 1er tour de la primaire EELV

Au terme du premier tour, ce sont donc les candidats Yannick Jadot et Sandrine Rousseau qui se sont démarqués dans les choix des électeurs, avec respectivement 27,7% et 25,1% des voix. Suivaient Delphine Batho (22,38%), Éric Piolle (22,29%) et Jean-Marc Governatori (2,35%). 218 votes blancs ont été enregistrés, soit 0,2% des suffrages. En tout 106 622 personnes ont participé en ligne à ce vote, sur les 122 780 inscrits (86,91% de taux de participation).

Sandrine Rousseau peut-elle gagner cette primaire écologiste ?

Sandrine Rousseau a recueilli presque autant de voix que Yannick Jadot lors du premier tour de cette primaire (3000 voix d'écarts), une première surprise. Peut-elle s'imposer au second tour ? L'écoféministe a effectué une campagne réussie, ses positions plus radicales ayant recueilli un certain écho chez les sympathisants écologistes. Ses discours lors du congrès EELV cet été ont été salués avec des applaudissements nourris. Elle a également multiplié les interviews politiques, ponctuées de certaines prises de paroles controversées, qui ont participé de sa médiatisation nouvelle. Au second tour, le duel s'annonce bien plus serré qu'attendu, mais Sandrine Rousseau semble incarner une ligne encore minoritaire au sein des sympathisants écologiste. Certes, Delphine Batho, qui a fait campagne sur la décroissance, n'a pas donné de consignes de vote, Eric Piolle, non plus. Mais les cadres les plus influents du parti sont davantage sur la ligne de Yannick Jadot, qui depuis quelques mois s'exprime sur des thématiques plus larges, brossant un programme plus général que celui esquissé par sa rivale.

Surtout, une petite musique se fait entendre au sein de l'appareil et des militants : Jannick Jadot semble bien plus en mesure que sa rivale d'incarner une candidature de rassemblement dans cette élection présidentielle dans laquelle il faudra jouer des coudes à gauche avec les Insoumis et les socialistes. La campagne d'une candidate aux positions plus nichées ou radicales pourrait rapidement s'éteindre dans un match d'une toute autre nature, dans lequel le régalien, l'économie, l'emploi, la laïcité, la sécurité et l'immigration seront des thématiques inévitables. Eva Joly, ancienne candidate EELV à la présidentielle, qui fait figure d'autorité chez les Verts, a fait savoir qu'elle soutenait Eric Jadot.

Reste que le match sera scruté de près : Sandrine Rousseau reste outsider, mais garde ses chances. Les reports de voix entre les deux sont encore imprévisibles. Il semble plutôt probable que les soutiens d'Eric Piolle votent plus majoritairement pour Yannick Jadot ; les électeurs de Delphine Batho, pourraient être ceux qui feront pencher la balance dans un sens ou dans l'autre : la ligne social-libérale de Yannick Jadot pourrait ne pas tous les convaincre. Ce qui est certain, c'est que l'eurodéputé, perçu comme le grand favori, n'est pas parvenu à se détacher lors du premier tour. L'incertitude demeure importante.

Quoi qu'il en soit, cette primaire écologiste marque une première étape de cette campagne présidentielle. Europe Écologie-Les Verts s'est félicité déjà d'avoir créé une dynamique et répète à l'envi que la formation politique est devenue la colonne vertébrale de la gauche. Mais les lieutenants d'Anne Hidalgo et de Jean-Luc Mélenchon ont rapidement rappelé que la dernière primaire de la gauche avait rassemblé plus de deux millions de votants, celle de la droite quatre millions. De quoi relativiser ce succès écologiste.

À quelle date est organisée la primaire écologiste ? 

Les dates de la primaire écologiste ont été fixées du 16 au 19 septembre pour le premier tour, et du 25 au 28 septembre pour le second tour. Les résultats du 2e tour seront connus le 29 septembre.

Qui peut voter à la primaire ? 

Plus de 120 000 personnes de plus de 16 ans peuvent voter pour choisir le futur candidat écologiste à la présidentielle. Il suffisait de signer une "charte des valeurs écologistes" avant le 12 septembre fondée sur les principes suivants : "la responsabilité de l'humanité dans la sauvegarde de la biodiversité et du vivant ; la reconnaissance de l'état d'urgence climatique ; l'indispensable réduction des inégalités sociales ; la laïcité, la liberté d'opinion et de conscience ; le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ; le féminisme comme valeur émancipatrice". Il fallait par ailleurs payer une participation à prix libre, d'un minimum de 2 euros. Le votant participe en ayant à sa disposition des "codes secrets pour les deux phases de vote".

Les 4 candidats à la primaire EELV

Sandrine Rousseau, première candidate déclarée 

La première écologiste à s'être déclarée candidate est Sandrine Rousseau. L'ancienne numéro 2 d'EELV fait son retour en politique après trois ans de mise en retrait de la vie publique. "Moi qui prétendais aider les femmes, quel message au fond leur envoyais-je en délaissant le terrain politique auquel j'avais pourtant choisi de consacrer une partie considérable de ma vie ?", a écrit Sandrine Rousseau, dans une lettre aux militants. L'économiste, vice-présidente de l'université de Lille, membre d'EELV depuis 2009, était l'une de celles qui ont accusé le député Denis Baupin d'harcèlement et d'agressions sexuelles.

Éric Piolle, maire de Grenoble

"S'ouvre une nouvelle page pour moi, qui va nous lancer collectivement vers la primaire des écologistes en septembre", a déclaré le maire de Grenoble, mardi 29 juin, sur France Bleu Isère. Sans surprise, Éric Piolle est le deuxième candidat de cette primaire écologiste. "Je suis là pour fédérer un arc humaniste, comme à Grenoble en 2014 et en 2020. Je viens apporter cette expérience de la victoire, de l'exercice du pouvoir, validée par ma réélection en 2020", a-t-il expliqué à 20 Minutes.

Yannick Jadot, le candidat médiatique 

Le troisième candidat officiel est le député européen Yannick Jadot. Lors de l'annonce de sa candidature sur TF1, mercredi 30 juin, il a déjà évoqué une alliance avec d'autres membres de la gauche. "Je veux construire une grande équipe de France de l'écologie qui gagnera l'élection présidentielle. Toutes celles et ceux de gauche qui voient bien que la question de l'écologie est centrale y compris avec sa façon de revitaliser la démocratie. Et c'est autour de ce projet que je veux rassembler", a-t-il déclaré. En 2017, Yannick Jadot s'était retiré au profit de Benoît Hamon. 

Delphine Batho, députée, ancienne ministre

"Tous ensemble, appeler les Français à s'inscrire massivement afin de donner à l'écologie l'élan dont elle a besoin pour gagner l'élection présidentielle ", a lancé Delphine Batho, députée et présidente de Génération Ecologie juste après l'obtention des parrainages. La députée souhaite "que la primaire ne soit pas dans les faits "réservée aux adhérents des partis", consciente que la base militante d'EELV ou encore de Génération.s ne sera pas prioritairement portée sur elle. La raison est simple, Delphine Batho est une ancienne socialiste, Conseillère de Ségolène Royal pendant sa campagne présidentielle en 2007, elle était également porte-parole de l'ancien président de la République François Hollande en 2012 et ministre de l'Environnement sous le quinquennat du socialiste.

Jean Marc-Governatori, l'ovni de la primaire

Le coprésident du parti Cap-Ecologie aura finalement obtenu le feu vert de la justice qui a jugé ses parrainages obtenus recevables. Après avoir été membre de l'UDF, il fonde son propre parti, La France d'en bas, dont il prend la présidence, en 2004. Ce cinquième candidat, qui s'est déjà présenté, sans succès, à plusieurs élections législatives, européennes et a même tenté une candidature à des présidentielles, dénote un peu parmi ses camarades. En effet, ses récents propos sur le Covid-19 les ont quelque peu embarrassés.  

Quels sont les résultats des sondages ?

Les écologistes font face à un obstacle important, celui de la faible notoriété des candidats. Si Yannick Jadot est manifestement un visage plus connu, 43% des sondés affirment n'avoir "jamais entendu parlé d'un des candidats". C'est notamment ce qu'il ressortait du sondage YouGov pour Linternaute, effectué du 26 au 27 juillet 2021.

Jadot plutôt favori de cette primaire

Lorsqu'on leur demandait, fin juillet, quel serait selon eux le meilleur candidat écologiste pour cette élection présidentielle, ils étaient ainsi 70% à répondre ne pas savoir (56% chez les électeurs de gauche). Les 30% qui se prononçaient sur un nom sont nettement plus nombreux à opter pour Yannick Jadot (18%). 6% choisissaient Delphine Batho, 4% Sandrine Rousseau et 3% Eric Piolle.

Si l'on s'intéresse spécifiquement aux sondés se disant sympathisants de gauche, c'est encore Jannick Jadot qui apparaissait comme plutôt favori de ce scrutin. Si 56% d'entre eux ne "savaient pas" qui serait le meilleur candidat EELV, ceux qui se prononçaient étaient nettement en faveur de l'eurodéputé : 29% répondaient Yannick Jadot, 5% Delphine Batho, 5% Sandrine Rousseau et 5% Eric Piolle.

Le 4 septembre, Ipsos-Sopra Steria réalisait un autre sondage pour franceinfo : 69% des sympathisants EELV estimaient dans cette étude que Yannick Jadot serait le "meilleur candidat écologiste", contre 11% pour Sandrine Rousseau,  8% pour Delphine Batho, 7% pour Éric Piolle et 4% pour Jean-Marc Governatori.

Les électeurs de gauche prêts à une union autour du candidat EELV ?

Autre grand enseignement de notre sondage YouGov : à la question "Selon vous, le candidat écologiste pourrait-il incarner l'union des gauches à l'élection présidentielle de 2022 ?", les sondés étaient 21% à répondre "oui", 43% à répondre "non" , 35% ne savaient pas. Si l'on s'intéresse aux réponses des sympathisants de gauche, le résultat était nettement plus favorable aux écologistes : 40% disaient "oui" ; 37% disaient "non" et 23% disaient ne pas savoir.

Méthodologie : l'enquête a été réalisée sur 1018 personnes représentatives de la population nationale française âgées de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne, sur le panel propriétaire YouGov France du 26 au 27 juillet 2021. Pour en savoir savoir plus sur cette étude, contactez YouGov ici