Pénurie d'antibiotiques : un risque pour les patients ? Quelles solutions ?

Pénurie d'antibiotiques : un risque pour les patients ? Quelles solutions ? Annoncée depuis décembre, la pénurie d'antibiotiques pourrait encore durer quelques semaines. Les pharmacies et le gouvernement s'emploient à trouver des solutions et l'exécutif espère une amélioration durant le mois de janvier 2023.

Les craintes des médecins étaient fondées. L'amoxicilline, l'antibiotique le plus utilisé et le plus vendu en France, manque dans 70% des pharmacies de l'hexagone en ces premiers jours de l'année 2023. Un début de pénurie qui était pourtant annoncé par les professionnels de santé depuis plus d'un mois. Fin novembre, plusieurs organisations dont la Société française de pédiatrie et la Société de pathologie infectieuse de langue française prévenaient dans un communiqué que "toutes les conditions sont réunies pour une crise majeure de santé publique en pédiatrie [d'ici à] quelques jours." En cause ? L'épidémie de bronchiolite d'une force inédite qui s'est déclarée très tôt et a duré plusieurs semaines poussant à une surconsommation d'antibiotiques – en particulier d'amoxicilline utilisée contre les infections bactériennes – par rapport aux prévisions. 

Mais une fois le constat établi, impossible de renverser la tendance ou de remédier à la pénurie d'antibiotiques du moins dans l'immédiat. Le gouvernement après un mois d'alertes a espéré le 29 décembre voir la pénurie se résorber dans le courant de janvier 2023 grâce aux livraisons de cerfpodoxime, un médicament alternatif à l'amoxicilline, mais les pharmacies restent sur leur garde. De leur côté, les patients ont toujours un accès restreint au produit antibiotique, lorsque ce dernier est encore disponible en pharmacie, compliquant parfois la prise en charge et le rétablissement des malades.

La pénurie d'antibiotiques fait-elle courir des risques aux patients ?

En hiver, l'amoxicilline est un des médicaments les plus vendus dans les officines pour faire face aux différentes infections que sont les grippes, les bronchiolites ou encore les pneumonies. Et leur absence au moment où le pays est en proie à une triple épidémie n'est pas sans risque. Alors que pour l'heure se sont essentiellement les médicaments à base d'amoxicilline destinés aux enfants qui manquent, les professionnels de santé redoutent que la pénurie s'étende aux formes "adultes" du produit puis aux antibiotiques de substitution. Mais quelle que soit son étendue, la pénurie peut avoir des conséquences mortelles sur certains patients gravement malades ou plus vulnérables, enfants comme adultes.

Quelles sont les solutions face à la pénurie d'antibiotiques ?

En première ligne face à la pénurie d'antibiotiques, les pharmacies ont été mobilisées. 40 préparatoires d'officines et 7 préparatoires hospitaliers se sont mis à produire de gélule d'antibiotique pour pallier la rupture de sirop d'amoxicilline. Une action coordonnée par un protocole impliquant le ministère de la Santé et l'Agence nationale de la sécurité du médicament. Cette initiative permet de couvrir "30% des 400 000 traitements d'amoxicilline vendus par mois en France", écrit France 3 Pays de la Loire.

Le gouvernement a aussi misé sur une autre solution de recours en commandant de la cerfpodoxime comme il l'a indiqué le 29 décembre lors d'une réunion avec les syndicats de pharmaciens, la direction générale de la santé et l'agence du médicament ANSM. Mais du côté des professionnels, la stratégie ne convainc pas encore totalement et le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), Philippe Besset, a lancé le 30 décembre sur Ouest-France : "Le ministère nous a assurés que les labos avaient livré de la cerfpodoxime mais on ne peut pas encore en commander dans nos officines. Il y a une distorsion entre le discours des labos et la disponibilité réelle pour le patient." Un autre levier d'action pour limiter que la pénurie s'amplifie consiste à "élever le prix de vente des médicaments matures pour redonner un signal prix positif", expliquait sur RTL fin décembre Frédéric Bizard, économiste spécialiste des questions de protection sociale et de santé. Selon lui, à cause des faibles prix auxquels les médicaments sont vendus, il est de "moins en moins attractif pour les laboratoires de produire en France et de distribuer en France". Ainsi le pays est approvisionné après ses voisins et est privé de stocks.

Peut-on anticiper les pénuries de médicaments et d'antibiotiques ?

Outre ces solutions qui cherchent à éviter que la pénurie d'antibiotiques s'aggrave, Frédéric Bizard avance aussi des idées, une en particulier, pour que le risque de pénurie d'amoxicilline ou d'autres médicaments ne se représente plus à l'avenir : mieux anticiper et avoir une meilleure visibilité sur les besoins en matière de santé. Il appelle notamment à la création d'un "observatoire des besoins de produits de santé" car pour l'heure "on a une faible visibilité des besoins et de l'offre existante. Il faut remettre ça à niveau et qu'il y ait une coopération, une fluidité plus importante entre les parties prenantes", déroulait-il au micro de RTL. Le problème vient en partie du fait que "les producteurs font leurs propres prévisions selon leur propre marché en s'appuyant sur les deux années précédentes" d'après l'économiste, mais avec la crise sanitaire les besoins ont considérablement changé ces deux dernières années et les prévisions n'ont pas suffit pour tenir l'hiver avec suffisamment d'antibiotiques.

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