Les nouvelles armes de Daesh qui menacent la France et l'Europe

Par Axelle Choffat

Les nouvelles armes de Daesh qui menacent la France et l'Europe

Mossoul, Alep, Raqa... Le groupe Etat islamique (EI) est en train de perdre un à un ses fiefs dans une guerre sans merci en Irak et en Syrie. En trois ans, Daesh aurait perdu 60% de son territoire et 80% de ses revenus, selon une récente étude du cabinet d'analyse IHS Markit. Mais acculé, le groupe terroriste lance ses dernières forces dans la bataille. Et en France comme en Europe, on craint  de voir émerger chez les jihadistes et les kamikazes de nouvelles techniques de combat, parfois testée en zone de guerre... Voici ces nouveaux outils utilisés par Daesh pour semer la terreur.

Des drones piégés

Dans une dépêche AFP du 14 novembre 2016, on apprend que la semaine précédente, un petit drone télécommandé lâchait une grenade à fragmentation sur les forces irakiennes à Mossoul. Résultat : l'explosion du toit de la bâtisse où les soldats s'étaient réfugiés. Un drone explosif faisant office de nouvelle arme chez les jihadistes, pour défendre leurs derniers bastions. L'attaque n'avait pas fait de blessés mais révélé l'utilisation croissante par Daesh de drones armés. Trois incidents du même type ont alors été recensés, selon le lieutenant-colonel Hussein Moayyad à l'AFP.

Des engins pour certains faits maison

Mais ce n'est pas tout : un reportage de la BBC daté du 17 novembre 2016 montre également l'existence d'un atelier de fabrication de drones de Daesh dans la ville de Mossoul. Les drones du groupe Etat islamique y sont confectionnés de manière artisanale, à partir d'éléments trouvés sur Internet ou dans le commerce. Ils parviennent dorénavant à attacher la charge explosive au drone "fait maison" : en octobre 2016, à Erbil (nord de l'Irak), un drone de polystyrène (image ci-contre) a explosé, blessant deux soldats français et tuant deux combattants kurdes. Dans la batterie se cachait un explosif déclenché par minuteur.

Le drone a ses limites

Si l'EI utilise des drones depuis début 2014 pour filmer sa propagande, puis développe cet engin comme arme depuis fin 2015, faut-il craindre qu'il se mette à l'utiliser pour des attentats en Europe et en France ? "Actuellement, l'utilisation d'un drone armé par des terroristes [présente] une probabilité modérée et une menace faible à modérée en termes de létalité", selon le rapport détaillé du Combatting Terrorism Center de l'académie militaire de West Point (Etats-Unis) en terme de menace pour les pays de la coalition luttant contre Daesh.

"Une mise à feu compliquée"

Pour Vincent Desportes, général de division et professeur à Sciences-Po, expert consulté par l'Obs, "Il est plus que possible qu'un attentat soit commis à l'aide d'un drone en France", mais sans l'envergure des attentats de Paris ou Nice. Un drone ne peut transporter qu'une faible quantité d'explosifs, et une attaque massive nécessiterait l'emploi coordonné de plusieurs drones armés. Le militaire est formel : "Cela demanderait une coordination dont n'est pas capable Daesh en France [et] une logistique (...) qui pointerait les auteurs aux yeux des services de renseignement. Enfin, la mise à feu est compliquée et ces capacités d'artificiers sont bien plus rares à Paris qu'à Mossoul."

...Mais aussi des drones modifiés

Daesh ne fait pas que concevoir ses propres drones : le groupe "détourne [aussi] des drones commerciaux en mini-bombardiers" rapportait le Journal du Geek en janvier 2017. Ces petits appareils, des drones quadricoptères, sont remaniés pour transporter de petits explosifs chargés de larguer des grenades. De quoi faire de ces drones modifiés des sortes de "bombardiers" improvisés. L'agence de journalisme kurde Rudaw a immortalisé ces drones. L'armée irakienne utilise notamment contre eux des "fusils anti-drone" brouilleurs de fréquences (image ci-contre).

Des voitures piégées, même en Europe

Le 2 décembre 2016, l'office européen de police Europol avertissait que Daesh était désormais susceptible de mener des attaques à la voiture piégée en Europe. Un changement de mode opératoire puisque "l'utilisation d'engins artisanaux, d'explosifs militaires ou achetés dans le commerce dans des voitures piégées", comme en Irak ou en Syrie, "n'a pas encore été employée par le groupe Daesh en Europe" décryptait alors ce rapport publié à La Haye, qui précisait aussi qu'"étant donné que les modes opératoires utilisés au Moyen-Orient ont tendance à être copiés par les terroristes en Europe... il est tout à fait concevable que le groupe Daesh les utilise à un moment".

L'attentat manqué des Champs-Elysées, précurseur ?

Lors de l'attentat manqué des Champs-Elysées, le 19 juin dernier, un individu, décédé dans l'impact du choc, a percuté un fourgon de gendarmes avec sa voiture, entraînant une déflagration. D'après une source policière citée par l'Express, le conducteur aurait initialement tenté de provoquer une explosion avec un briquet et des bonbonnes de gaz, juste avant la collision, après avoir prêté allégeance à Daesh. La voiture contenait, en plus de munitions plus classiques, des explosifs pour la faire sauter, a confirmé le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Jusqu'ici, aucune voiture piégée ou assimilée n'avait été employée sur le continent européen.

D'autres tentatives de passages à l'acte

Europol a rappelé qu'utiliser une voiture piégée avait été envisagé par le groupe de terroristes affiliés à Daesh chargé des attaques à Bruxelles et Paris, avant qu'ils ne modifient leurs plans suite à l'intervention de la police. Pour autant, une voiture transportant des bonbonnes de gaz avait été découverte près de Notre-Dame de Paris en septembre 2016, témoin de la tentative d'attentat d'un commando de trois femmes âgées de 19, 23 et 39 ans. Interpellées en banlieue parisienne, elles agissaient sous la supervision de Daesh depuis la Syrie. L'Office européen de police s'inquiétait donc dans son rapport début décembre des nouvelles méthodes de Daesh concernant les voitures piégées en Europe.

Utiliser du captagon

Le 30 mai 2017, à l'aéroport de Roissy, les douanes françaises ont intercepté pour la première fois une cargaison de Captagon. La "drogue des jihadistes", ce stimulant désinhibant, étend ses tentacules hors des cercles terroristes habituels. La cargaison saisie en France comportait 750 000 comprimés. Sur cette substance de la famille des amphétamines, Jean-Pol Tassin, directeur de recherche à l'Inserm sur les mécanismes d'addiction, a précisé à Europe 1 : "Le Captagon intervient sur le circuit de la récompense dans le cerveau. La personne a donc l'impression que tout va bien même si ce n'est pas le cas. On n'a plus peur de ce que l'on risque. Ni de sa mort, ni de la mort des autres."

Des auteurs d'attentats drogués ?

D'après l'autopsie du jeune terroriste responsable de la mort de 39 personnes en juin 2015 sur la plage de Sousse, en Tunisie, il avait ingéré du captagon avant la tuerie. Mais si l'usage du captagon n'est désormais plus seulement réservé aux combattants de Syrie pour tuer, se tuer ou résister à la douleur pendant les interrogatoires, tous les terroristes ayant agi en Europe n'en ont pas consommé pour autant : ceux du Bataclan, décrits comme robotiques par des témoins, étaient par exemple finalement dépourvus de traces de captagon dans leur organisme, selon les enquêteurs. "Depuis deux ans", a précisé l'expert Jean-Pol Tassin à Europe 1 fin mai 2017, "l'augmentation de la production, et donc de la diffusion de Captagon, est très probable."

Des recruteurs bien rôdés en prison

Dans le documentaire "Des Français face à la radicalisation", diffusé sur France 3 le 7 novembre 2016, un ex-détenu témoignait sur les techniques utilisées par les recruteurs de Daesh en prison. Prénommé Hassan, il aurait pu être endoctriné comme Mohammed Merah, Abdelhamid Abbaoud, Mehdi Nemmouche ou Amedy Coulibaly, tous en partie radicalisés en prison. "Quand j'ai été incarcéré pour des faits de violence avec arme, au bout d'un mois j'ai acheté un téléphone avec une puce sur lequel des recruteurs m'ont appelé et cherchaient à venir me voir, à m'aider financièrement, à m'embrigader dans le jihad", raconte Hassan.

"Ne t'inquiète pas, frère…"

Voici la suite du témoignage d'Hassan, extrait du documentaire de France 3 "Des Français face à la radicalisation : "Ils essayaient tout simplement qu'une action se passe au sein de la maison d'arrêt ou à l'extérieur lors d'une future sortie. Souvent, les phrases qui revenaient quand ils essayaient de me recruter étaient : 'Ne t'inquiète pas frère, ce qu'on fait c'est ce qui est bon pour notre religion', 'on est oppressé, ce sont des mécréants, ils veulent nous faire manger du porc…' Enfin, ils essayaient de me monter la tête, de m'endoctriner dans une soi-disant guerre sainte qui est totalement fausse. Quand on a vu qu'ils commençaient à être sérieux, de nous envoyer des armes, de donner un numéro d'une personne proche de nous à l'extérieur pour aller la voir, je les ai envoyé balader et leur ai dit d'aller se faire exploser eux."

Un standard d'aide téléphonique disponible 24h/24

En plus d'utiliser chat sécurisé et téléphonie chiffrée, les terroristes de Daesh se sont dotés d'un service de support 24x7, relate NBC News, pour passer entre les mailles de la cybersurveillance. Le média américain tient cette information d'un certain Aaron F. Brantly, un membre du Combating Terrorism Center (CTC), centre de recherche associé à l'armée américaine. Sa révélation : Daesh possède désormais un service dédié au support informatique, avec "cinq ou six experts techniques" déployés dans le territoire du "califat" et une vingtaine d'experts aux quatre coins du globe (pour pouvoir répondre quelle que soit l'heure). Objectif : aider les jihadistes en cas de problème technique mais aussi former en continu les combattants aux technologies de l'information, notamment au choix et à l'utilisation des outils de communication cryptés.

La combinaison des moyens d'attaque

Si l'une des consignes récentes de Daesh est de faire avec les moyens du bord pour s'en prendre aux "mécréants", un des nouveaux modes opératoire qui se dessine est d'appliquer ce mot d'ordre en combinant les fameux moyens du bord, dixit le Directeur de recherche à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) François-Bernard Huygues, invité de Sud Radio en juin 2017. "On a l'impression qu'il y a une accélération et une escalade dans les moyens, puisqu'on en est au stade où il y a un commando qui utilise une voiture (bélier), plus des attaques au poignard, plus des fausses ceintures d'explosifs sur eux pour être bien certains d'être abattus par la police" a analysé l'expert, interrogé sur les attentats de London Bridge et du quartier voisin de Borough Market, le 3 juin 2017.

Des ordinateurs piégés ?

Depuis mars 2017, une interdiction des ordinateurs portables en cabine est en vigueur pour des vols pays arabes / Etats-Unis (mais aussi Royaume-Uni), par crainte, a notamment précisé Washington, que ces appareils soient piégés par des bombes de l'organisation Etat islamique. "Tablettes et autres appareils électroniques d'une taille supérieure à celle d'un téléphone portable" sont également concernés, détaille l'AFP. Les objets bannis de l'avion incluent donc les consoles de jeux, liseuses, appareils photo etc. Mais pas les téléphones portables, car "Ce n'est pas l'appareil électronique qui pose problème, mais le volume de la batterie", souligne Xavier Tytelman, consultant en sécurité aérienne sondé par 20 minutes. "Même si un portable était piégé, les dégâts ne seraient pas assez importants pour faire exploser l'avion."

Les menaces changeantes de l'EI en avion

Y a-t-il un réel risque "terroriste" lié à des explosifs liquides cachés dans des batteries en avion ? "L'examen de renseignements indique que des groupes terroristes (...) cherchent de nouvelles méthodes pour perpétrer leurs attentats, comme dissimuler des explosifs dans des biens de consommation" a souligné un responsable américain repris par 20 Minutes. Si la France réfléchit à interdire elle aussi les appareils à risques en cabine, ce qui n'est pas du tout pour arranger les passagers "business", les mesures de sécurité sont déjà drastiques pour les bagages à main : au moindre doute, "on demande désormais au passager de sortir son appareil et de l'allumer pour vérifier que c'est une vraie batterie." note l'expert en sécurité aérienne Xavier Tytelman. "Mais cela prend énormément de temps ! Et il arrive souvent que l'appareil soit confisqué pour un ordinateur qui n'avait tout simplement plus de batterie…".

Les "lionceaux du Califat"

On les appelle "les lionceaux du Califat" et du haut de leurs 13 à 17 ans, ils sont prêts à tuer ou à mourir pour Daesh. 210 d'entre eux sont actuellement détenus par l'armée irakienne dans la prison d'Erbil, dans le Nord de l'Irak, après avoir été démasqués. Ils ont témoigné sur leur parcours dans un document diffusé par Sept à Huit le 25 juin 2017. Youssef, gamin d'une famille pauvre devenu enfant-soldat à 15 ans dans un camp d'entraînement de l'EI, après avoir signé "un contrat" et "prêté serment", raconte ainsi : "J'ai reçu des cours sur les armes, comment utiliser une mitraillette, comment tirer sur quelqu'un. (...) Comment poignarder quelqu'un (...)". Sur le front, l'ado a tué pour protéger une base militaire de Daesh contre les offensives de l'armée irakienne. Et Daesh lui a proposé plusieurs fois de se faire exploser, en lui fournissant des "tutos" sur une clé USB pour la fabrication de ceinture explosive.

L'utilisation de gaz moutarde

Selon un rapport de l'ONU de 95 pages publié le 25 août 2016, Daesh a utilisé du gaz moutarde à Marea (gouvernorat d'Alep, Nord de la Syrie) le 21 août 2015. Il a fallu une année d'enquête à l'équipe de 24 enquêteurs mandatée par l'ONU. En plus d'aborder les attaques chimiques attribuées au régime de Bachar Al-assad, le rapport conclut, concernant le groupe EI, qu'à Marea, le 21 août 2015, "il y a assez d'informations disponibles pour conclure que le groupe Etat islamique était la seule entité capable d'utiliser du gaz moutarde et motivée pour le faire". Gaz de combat utilisé pendant la Première Guerre mondiale, le gaz moutarde provoque cloques, graves irritations des yeux, vomissements, hémorragies et destruction des tissus pulmonaires.

Ils emploient Tails linux

Depuis l'attentat de Paris du 13 novembre, l'application de messages sécurisés Telegram censure les contenus du groupe terroriste, rappelle Atlantico, communication privée comme propagande. Mais l'expertise technique de Daesh impressionne les experts : le groupe dispose aujourd'hui d'une véritable cyberarmée, notamment capable de créer des VPN ou réseaux virtuels fermés, comme le font les grandes entreprises. Depuis peu, le groupe EI associe probablement à des techniques de cryptage perfectionnées des outils d'anonymisation comme Tails, une distribution Linux intégrant Tor. Le lanceur d'alerte Edward Snowden s'en était servi pour échapper au radar de la NSA ("Agence nationale de la sécurité" américaine) pendant sa cavale... Cet outil rend invisibles les métadonnées (qui a contacté qui, à quelle heure, pendant combien de temps et depuis où).

Le "United Cyber Caliphate"

Cinq principaux groupes de hackers assistent a priori l'EI : Cyber Caliphate, Islamic State Hacking Division, Islamic Cyber Army, Rabitat Al-Ansar et Sons Caliphate Army. D'après la société Flash Point, spécialisée dans l'analyse du dark Web et interrogée par le magazine américain Forbes, ces hackers manquent encore de technicité dans la réalisation d'attaques sophistiquées. Mais, plus inquiétant, plusieurs de ces groupes de pirates informatiques ont récemment fusionné, donnant naissance à l'"United Cyber Caliphate" rapporte Gilbert Kallenborn, journaliste de la rubrique High tech de BFMTV. Leur objectif : accroître leur efficacité et leur terrain d'opération. De quoi "craindre une montée en puissance des attaques cyber djihadistes, auxquelles les forces occidentales vont devoir répondre." conclut le journaliste spécialisé.

Un réseau social made in Daesh

En mai 2017, le directeur d'Europol Rob Wainwright a indiqué que Daesh avait mis sur pied son propre réseau social pour la diffusion de sa propagande. L'idée : se passer de plus en plus des réseaux traditionnels (Twitter, Facebook…) ou des applications d'échange cryptées (Telegram…) pour échapper à la coopération qu'entretiennent ces plate-formes avec les autorités, contre Daesh. En évoquant la création de ce nouveau réseau social, lors d'une conférence à Londres, le patron d'Europol a précisé : "Cela montre que certains membres de Daech continuent d'innover dans cet espace". Pour Reuters, le fait pour l'EI de disposer d'un réseau social à usage exclusif prouve également la capacité d'adaptation des jihadistes face aux actions communes des services de police, des agences de renseignement et du secteur des technologies.

Les collectes de dons en ligne

Depuis les attentats terroristes de 2015, Tracfin, la cellule rattachée à Bercy qui lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, scrute les plateformes de "crowdfunding" ou collecte de dons en ligne. Elle soupçonne des individus isolés comme des réseaux terroristes d'utiliser ces systèmes de cagnottes collectives pour lever les fonds nécessaires à leurs opérations. "Nous avons repéré des annonces explicites, comme par exemple des demande de soutien pour partir en Syrie ou en revenir. (...) Mais il y a aussi des collectes réalisées sous couvert de simples anniversaires impliquant des individus déjà repérés par les services de renseignement" précisait l'organisme en décembre 2016. Les collectes sont parfois également lancées au nom "d'opérations humanitaires…".

Un nouveau magazine de propagande

Le premier numéro de "Rumiyah" a été mis en ligne en septembre dernier. "Rumiyah" veut dire Rome, par opposition à la ville de Dabiq, place forte de l'EI en Syrie jusqu'à l'automne 2016. Et en tant que nouveau magazine de propagande, "Rumiyah" remplacera peut-être bientôt le magazine de propagande "Dabiq". Traduit en huit langues, dont le français, l'indonésien ou le russe, "Rumiyah" n'a, selon magazine d'information en ligne Slate, qui en a parcouru les pages, "rien à envier aux déferlements de haine et autres recommandations djihadistes de son cousin Dabiq". Le magazine Rumiyah représente "le premier écrit de propagande de l'EI depuis la mort de son porte-parole, Abou Mohamed al-Adnani" précise Slate. Ce bras droit particulièrement influent de l'Etat islamique a été tué en Syrie en août 2016.

La reconstruction de virus en labo ?

Le 7 février 2017, le Conseil national consultatif pour la biodiversité a mis en garde le gouvernement français contre le risque d'un détournement de la génétique par des groupes terroristes, dont Daesh. Louis Gautier, président du Conseil national consultatif pour la biosécurité, a notamment déclaré : "Nous savons que malheureusement, dans toute une série de domaines où la technologie peut être détournée à des fins nuisibles, Daesh a tenté des recherches, a essayé de développer des choses qui pour l'instant n'ont heureusement pas abouti". Selon Antoine Danchin, spécialiste de la génétique microbienne interrogé par l'AFP, avec internet, il est, en outre "devenu très facile d'obtenir des morceaux de génome synthétisés chimiquement et commercialisés". Cette option-là n'est donc plus non plus réservée aux pires scénarios de science-fiction.

Des "coordinateurs virtuels" pour téléguider les attaques

On dirait bien que le groupe Daesh substitue à sa présence sur le terrain, en net recul, une manipulation de plus en plus tentaculaire via internet. Ce sont des experts qui le disent, pointant un téléguidage des auteurs d'attentats de plus en plus fréquent, par ce qu'ils appellent des "cyber-marionnettistes" aux capacités d'incitation impressionnantes. Spécialisés dans cette fonction de maître à "frapper les infidèles", ces manipulateurs de Daesh sont basés en Syrie ou en Irak et officient par le biais d'applications cryptées.

Quid des "loups solitaires" ?

Selon un rapport de l'ONU publié le 6 février 2017, "de nombreuses attaques qui semblent avoir été inspirées et revendiquées par Daesh sont initialement attribuées à des acteurs solitaires, mais les investigations qui les suivent démontrent que leurs auteurs ont souvent reçu le soutien ou l'aide matérielle d'autres extrémistes". Une note récente du cabinet d'expertise Soufan Group basé à New-York et relayé par l'AFP complète : "Le plus souvent, un parent proche ou un ami de l'auteur de l'attaque savait quelque chose à l'avance, ou bien le jihadiste avait reçu via Internet des encouragements, des motivations ou avait communiqué quelque chose à propos de son projet".

Des cyber-marionnettistes redoutables

Pour Bridget Moreng, analyste au sein du cabinet Valens Global, basé à Washington et consultée par l'AFP en février 2017, "L'emploi de coordinateurs virtuels est une stratégie à laquelle le groupe peut avoir recours à long terme. Ils peuvent opérer de n'importe où, avec pour seules armes un ordinateur et une connexion Internet (…) L'Occident doit se préparer à subir des attaques longtemps après la chute du Califat". L'un de ces cybermarionnettistes les plus connus et dangereux était Rachid Kassim, un Français d'origine algérienne parti en Syrie et suspecté d'avoir briefé plusieurs auteurs d'attentats commis en France, avant son décès en Irak en février 2017. D'autres ont pris sa relève.

Des appels au meurtre ciblés

Un outil utilisé de façon de plus en plus ciblée aussi par le groupe Etat islamique se révèle être l'appel au meurtre. Cet exemple repris par l'AFP d'un pamphlet haineux lancé par feu le propagandiste en ligne Rachid Kassim (depuis remplacé par d'autres), dans une vidéo postée en juillet 2016, permet de juger de leur contenu des plus incitatifs : "Déchire ton billet pour la Turquie, le firdaws (paradis) est devant toi. (...) Tu manipules deux ou trois voyous, tu trouves une arme dans n'importe quel quartier". Sont visées en premier lieu des personnes jeunes voire mineures. Une quinzaine d'entre elles au moins ont été arrêtées ou inculpées depuis juillet dernier pour menaces ou projets d'attentats, impulsés par ces appels au meurtre.

Des opérations d'espionnage

Selon une enquête du magazine allemand Der Spiegel, la progression de l'organisation Etat islamique en Syrie a été favorisée par une préparation stratégique digne des services secrets. Der Spiegel s'est notamment basé sur des documents émis par la hiérarchie de l'EI avec des consignes pour s'infiltrer dans les rangs ennemis. Des documents retrouvés début 2014 dans un ex-QG de l'EI situé à Alep. Toujours selon Der Spiegel, des opérations d'espionnage XXL menées dans le Nord de la Syrie ont consisté à envoyer dans des villes et villages des espions qui se sont fait passer pour des prédicateurs et ont ainsi pu "cartographier les rapports de force dans chaque zone", précise le site d'info régionale belge Sudinfo.be, qui a traduit l'enquête.

Etape suivante : l'élimination des rivaux

Après s'être enquis de la situation dans les zones convoitées de Syrie, le groupe EI est passé à l'étape suivante, consistant, d'après l'enquête du magazine outre-Rhin Der Spiegel,  à tuer dans l'oeuf toute opposition en faisant enlever ou assassiner par des unités spéciales les meneurs les plus populaires. Ce n'est qu'après les deux étapes qui viennent d'être décrites que l'EI s'est lancée dans la bataille militaire, appuyée par des "cellules dormantes" de militants armés, précise Sudinfo.be. Au total, les protocoles d'espionnage, "de surveillance et de soumission des zones conquises" retrouvés par Der Spiegel lors de son enquête comptaient des centaines de pages.

Les tranchées de pétrole

En septembre 2016, la Défense belge a communiqué sur les opérations de la coalition internationale (dont fait partie la Belgique) en Irak pour lutter contre le terrorisme. Et elle fait état d'une nouvelle technique de Daesh pour brouiller les cibles des avions de guerre que sont les F-16 belges : le stratagème des "écrans de fumée" leur permet de perturber le laser qu'utilisent les aviateurs pour viser au sol. Pour créer des "écrans de fumée", les hommes du groupe Etat islamique créent notamment des "tranchées de pétrole", relate le site d'actu belge Dhnet.be, à partir du communiqué de la Défense belge. En mettant le feu à ce pétrole, ils cherchent à faire diversion. Mais n'y arrivent pas toujours : à l'été 2016, dans le nord de l'Irak, ils ont échoué à cacher sous la fumée un ex-poulailler industriel mué en usine à bombe, finalement détruit par quatre F-16.