Interview de Lénia Major

Auteur jeunesse française installée en Alsace, Lénia Major publie "Zacchary l’ourson précoce". Un livre qu’elle a écrit parce qu’elle est concernée en tant que maman d’une enfant précoce et parce qu’elle ne trouvait rien en littérature jeunesse pour l’aider. Lénia Major a voulu écrire une histoire adaptée aux jeunes enfants en s’appuyant à la fois sur sa propre expérience et sur les informations qu’elle a pu glaner en creusant la question.



N.D.B pour l’Internaute : Bonjour Lénia Major. Comment avez-vous découvert la précocité de votre enfant et quel âge avait elle ?
Lénia Major : La différence de ma fille nous est apparue assez tôt, par la maturité et l’étendue de son langage dès 18 mois. Quand elle a su lire les lettres, puis les syllabes vers 2 ans, nous avons pensé qu’elle avait un peu d’avance. Puis à la maternelle, nous avons décidé de la faire tester devant l’écart que nous constations à nouveau dans le langage et dans ses intérêts, par rapport à ses camarades.

N.D.B pour l’Internaute : Est ce que cela a été difficile à accepter, à comprendre, à admettre ?
Lénia Major : Au contraire ! Mettre un terme sur une différence, l’identifier, permet au contraire d’être soulagé. Elle était précoce, avec toutes les implications sur la vie quotidienne et l’avenir. A nous de nous renseigner, de lire… et de gérer !

N.D.B pour l’Internaute : Quels soucis cela a t-il impliqué pour votre enfant et pour vous, les parents ?
Lénia Major : Les soucis les plus importants sont arrivés avec le collège. La pré-adolescence et l’adolescence sont une étape difficile pour la plupart des enfants. Ils ne sont pas tendres entre eux. Etre «à part» au collège, sortir du lot, de la moyenne, du moule, pour quelque raison que ce soit, peut être une incitation au rejet, voire à la haine ou la violence. Et Dieu sait que les EIP (Enfant Intellectuellement Précoce) ont bien du mal à rentrer dans le rang ! Ma fille a été isolée, a subi beaucoup de moqueries, a même été frappée. Ce fut quatre ans de souffrance pour notre famille, sans, ou avec très peu d’aide du corps enseignant dans le collège de notre ville. Pour le reste, nous passons chaque jour d’excellents moments, car l’échange avec un EIP est étonnant, enrichissant, jamais ennuyeux !

N.D.B pour l’Internaute : Votre mari ou vous étiez-vous des enfants précoces ?
Lénia Major : Nous n’avons pas été testés. Au vu de notre parcours, je dirais que non. J’ai traversé ma scolarité avec deux années d’avance, mais parce que j’ai intégré le CP à la place de la maternelle, mon papa étant instituteur dans un mini-village de campagne. En revanche, j’ai dû compenser mon jeune âge par plus de travail. Ma fille a un an d’avance mais elle comprend et retient tout à la minute, sans effort.

N.D.B pour l’Internaute : Vos conseils pour les parents démunis (à part lire Zacchary l’ourson précoce...) ?
Lénia Major : Trouver un soutien parmi des familles qui ont aussi des enfants intellectuellement précoces, que ce soit au sein d’associations ou de forums spécialisés. Pouvoir parler, savoir que l’on n’est pas seuls confrontés à nos problèmes. Que nous sommes beaucoup à parcourir le même chemin pavé de joies, mais aussi d’embûches et d’obstacles, qui ne sont pas infranchissables. A plusieurs, on réfléchit mieux. En partageant, la montagne devient colline, puis petite butte. Ne pas essayer d’être compris par des personnes qui ne sont pas concernées. Elles jugent souvent que les petits « surdoués » sont des prétentieux poussés par leur famille pour battre tout le monde. La réalité est diamétralement opposée. Nous n’espérons souvent qu’une chose : c’est que notre enfant se fonde dans la masse et trouve des amis. Lire les livres de Sophie Cote, qui permettent de comprendre, de réfléchir et même de rire, les soirs difficiles. C’est une femme formidable, ancienne principale de collège au Vézinet, qui a fait de la prise en charge de la précocité à l’école son combat.  Ses livres sont une bouffée d’espoir et d’oxygène.  Nous avons également dévoré les livres d’Arielle Ada.

N.D.B pour l’Internaute : Un enfant précoce est-il un ado comme les autres?
Lénia Major : Oh que non ! J’en parlais plus haut en évoquant les années collège. Pour nous parents, c’est génial, car on a l’impression de discuter avec d’autres adultes. On peut parler de tout, on se marre comme des baleines ! Pour nos enfants, en revanche, se préoccuper de la constante de Planck, des galaxies, des dinosaures, de la composition de l’œil, quand leurs camarades sont à l’âge du maquillage, des lisseurs ou des T-shirts hard rock peut provoquer des gouffres d’incompréhension. Puis le rejet.  Au lycée, j’ai l’impression que, heureusement,  le gouffre se comble un peu !

N.D.B pour l’Internaute : Suradaptation ou échec scolaire  .... Vous vous êtes retrouvé avec un enfant dans quel cas de figure?  
Lénia Major : Ma fille est brillante. En toutes les matières ou presque. Elle survole, sans réel travail à la maison. Mon fils de 9 ans passe plus de temps à faire ses devoirs qu’elle en 1ère S ! Elle est en revanche archi nulle en adaptation et en diplomatie. Scolairement, elle est donc un modèle. Socialement, nous avançons à petits pas, avec de nombreux sourires crispés devant l’auditoire médusé par ses sorties...

N.D.B pour l’Internaute : Faut-il absolument faire un test de QI ou voir un psy, selon vous ?
Lénia Major : Quand le mode de fonctionnement de votre enfant vous semble différent, je pense qu’il est obligatoire de savoir pourquoi il vous surprend ou pourquoi on le regarde avec des yeux ronds quand il ouvre la bouche.  Certains psychologues sont spécialisés dans les tests de QI pour enfants, c’est vers eux qu’il faut se tourner.  Lorsque l’on sait si son enfant est précoce ou non, cela permet de s’adapter, de chercher à mieux le comprendre, l’accompagner, l’aider, l’AIMER !

N.D.B pour l’Internaute : Quel a été le regard des autres (enseignants etc) ?
Lénia Major : Les regards et attitudes ont été très variables. Les profs qui avaient des enfants du type zèbre comprenaient tout de suite et adoraient avoir ma fille en classe. Ils la soutenaient envers et contre tout. Pour les autres, elle était une tête à claque, un élément perturbateur. Elle dérangeait. Elle a réussi à provoquer de véritables «engueulades» entre les pour et les contre, dans l’équipe enseignante. Je crois que les EIP ne peuvent laisser indifférent. On les adore ou on les déteste. C’est un peu dommage que certains profs montrent à la classe qu’ils détestent un de ses éléments. Car c’est encourager les autres élèves à faire de même. Ce que l’adulte se permet, les enfants se l’autorisent. Cela peut conduire à des situations dramatiques, par manque de professionnalisme. Quand l’adulte enfonce la tête de l’élève sous l’eau, il ne reste plus aux autres qu’à tenir les chevilles pour finir de le noyer.  Souvent on a entendu : elle est intelligente, elle n’a qu’à faire un effort. Se trouver des amis, être comme tout le monde. Je rétorquais qu’elle en était la plus malheureuse, mais qu’elle ne pouvait pas être comme tout le monde. Demande-t-on à un paraplégique de courir le marathon ?  J’ose le dire aujourd’hui, bien que je sois fille de profs du public et que nous ayons pendant des années persisté à laisser nos enfants dans le public : le soutien et la compréhension de cette différence, nous ne l’avons trouvée au sein de toute l’équipe que dans une école privée.  Aujourd’hui, je me moque également des gens qui ne comprennent pas et jugent. Nous sommes une famille, que l’on prend dans son ensemble. Ou pas du tout. Tout le monde est différent, certains plus que d’autres et souhaitons que jamais la vie ne fasse de croche-pieds ou ne pousse sur le côté ceux qui portent des oeillères.

N.D.B pour l’Internaute : Quelle a été votre stratégie ?   
Lénia Major : En France, contrairement aux pays anglo-saxons ou à d’autres pays européens, la précocité intellectuelle est vécue comme un handicap. C’est le terme même qu’a employé un psychiatre que nous sommes allés consulter une fois. Une seule fois. Ailleurs, il s’agit d’un DON ! Nos enfants ont un don, à nous de les aider à en tirer le meilleur parti. Mais autour de nous, nous n’en parlons pas, car on nous accuserait d’en faire des gorges chaudes. Chaque année, à l’école, nous n’avons pas eu besoin d’expliquer, la différence a sauté aux yeux des professeurs.  Nous n’avons demandé des rendez-vous que lorsque la situation dans la classe se dégradait, sans obtenir beaucoup de résultat.  Nous avons deux enfants, ils sont tous les deux formidables, chacun dans un style personnel. Nous espérons seulement les guider de notre mieux pour en faire des adultes heureux et épanouis et nous ne baisserons jamais les bras. C’est notre seule stratégie, qui évolue chaque jour.

Retour sur la chronique Ici.

 

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Interview de Lénia Major

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