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INTERVIEW
Eric Sèle (DG Ciena Europe du Sud, Centrale, Moyen-Orient et Afrique)
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| Eric Sèle, DG Europe du Sud, Centrale, Moyen-Orient et Afrique de Ciena © Ciena | ||
On s'est énormément focalisé sur l'accès depuis quelques années : amener une connexion rapide à l'utilisateur (ADSL puis fibre optique, 3G puis 4G). Mais pour le transport des données, on reste sur les infrastructures existantes, comme le fil de cuivre de la ligne de téléphone. Il y a quelques années, on n'aurait jamais imaginé faire passer de l'ADSL dessus et même aujourd'hui la TV HD sur ces bouts de cuivre. On en arrive à un point tel que pour les smartphones, on sacrifie la qualité de la voix pour permettre la transmission de la vidéo et d'autres données. Les soirs de matchs retransmis sur mobile, on risque l'effondrement des réseaux d'opérateurs.
Les serveurs qui envoient du contenu français sont à Paris ou en région. Et quand il faut aller à Marseille, on est vraiment sur un problème de transport. Ce qu'on appelle les autoroutes de l'information. C'est derrière le DSLAM (NDLR : pas entre le DSLAM et chez vous) qu'il y a risque d'engorgement. On peut avoir les accès les plus performants (comme le FTTH), si on ne transporte pas les données jusque là, c'est fini.
Pour améliorer la situation, on se concentre aujourd'hui sur l'augmentation des débits sur l'infrastructure en place : on est passé à 2,5 Gbit/s par longueur d'onde et on (Ciena) propose du 100 Gbit/s (pour SFR en ce moment). Il faut aussi améliorer la fiabilité des réseaux, la qualité du service et créer des priorités dans la gestion des flux. Il faut les sécuriser aussi, car avec un réseau à 100 Gbit/s, on déplace l'intégralité du contenu de la banque de France en quelques heures. Et si un câble tombe, on perd tout, y compris le téléphone et des appels d'urgence.
| NDLR : Pour bien comprendre l'engorgement des réseaux : | ||
| Prenons la métaphore de la plomberie. Si la consommation d'eau des particuliers augmente de 50 % chaque année (c'est grosso modo ce qui s'est passé en 2010 avec le débit) : il va vite y avoir un problème. Première mesure : on augmente l'arrivée d'eau à l'entrée des immeubles (les supers forfaits 6, puis 20 mega...). Mais si on ne change pas les tuyaux depuis la source d'eau, la mesure reste limitée. Pour suivre la demande, deux solutions : soit mettre des tuyaux bien plus gros, mais les travaux sont extrêmement chers, soit augmenter la pression de l'eau, pour faire passer plus de débit, c'est ce qui est en train d'être fait. | ||
| Source : L'Internaute Magazine |
| Les constructeurs vendent des terminaux et des milliers applications sans se préoccuper du débit nécessaire. |
Il ne faut pas voir le problème dans ce sens là, car aujourd'hui l'opérateur court derrière l'usage. Si les supermarchés fournissent demain des TV 3D à 150 euros, les ventes vont exploser et ça va déborder les opérateurs. Ce sera très laborieux au début, mais ils devront suivre.
Il faut réaliser qu'on s'est habitué au débit gratuit mais on ne se rend pas compte de ce qu'on consomme. On paye les opérateurs le même prix depuis des années, mais le débit consommé augmente énormément, à tel point que de nombreux opérateurs se demandent s'ils ne vont pas limiter la consommation de données. On a assisté à un développement des usages extrêmement accéléré. Les constructeurs vendent des terminaux et des milliers applications sans se préoccuper du débit nécessaire. Et comme aujourd'hui c'est l'iPhone, la TV HD, la TV 3D (et demain pourquoi pas le réfrigérateur connecté) qui dictent leur loi, il faut soulever une nouvelle question : qui doit payer pour le débit supplémentaire ?
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