Franco : le corps du dictateur déplacé, des Franquistes lui rendent hommage

Franco : le corps du dictateur déplacé, des Franquistes lui rendent hommage BIOGRAPHIE FRANCO - Francisco Franco reposait jusqu'à ce 24 octobre 2019 au mausolée de "Valle de los Caidos". Son corps a été déplacé pour une tombe située dans la banlieue nord de Madrid.

[Mis à jour à le 24 octobre 2019 à 17h35] Ce mardi 24 octobre, le corps du dictateur Francisco Franco, décédé en 1975, a été transféré de son mausolée monumental, près de Madrid, pour être déposé dans le caveau familial de son ancienne résidence du Pardo, où repose sa veuve, Carmen Polo. Cette exhumation avait été décrétée il y a deux ans par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez. Une décision contestée par les descendants de Francisco Franco,  qui a nécessité la validation de la Cour Suprême.

L'exhumation de la dépouille embaumée du dictateur a eu lieu en fin de matinée. Les huit membres de sa famille qui ont porté le cercueil jusqu'au corbillard l'y ont déposé en criant "Vive l'Espagne !". La dépouille embaumée du dictateur a ensuite été transférée en hélicoptère jusqu'au cimetière de Mingorrubio, dans le nord de Madrid, aux côtés de sa défunte épouse. Une cérémonie religieuse a été prononcée par le fils du lieutenant-colonel Antonio Tejero, auteur d'une tentative de coup d'Etat le 23 février 1981 dans le Parlement espagnol, où il avait pénétré armé d'un revolver.

Conformément à l'objectif du gouvernement d'empêcher que la sépulture de Franco ne soit un lieu de pèlerinage pour ses admirateurs, permettant "l'apologie du franquisme" dans un lieu public, les manifestations avaient été interdites au cimetière de Mingorrubio. Néanmoins, cela n'a pas empêché environ une centaine de personnes, décrites pas Le Monde comme "des nostalgiques du régime franquistes", de se réunir sur place. Ces manifestants ont brandi des banderoles à l'effigie de Franco et ont chanté l'hymne du parti fascisant de la Phalange.

Les Espagnols divisés sur l'exhumation de Franco

En Espagne, le long processus juridique qui a mené à l'exhumation du dictateur, qui a dirigé le pays pendant 35 ans, a généré de nombreux débats, le pays se replongeant dans les chapitres sombres de son histoire récente. "Nous célébrons les 40 ans de l'Espagne démocratique, d'un ordre constitutionnel stable et mûr (…) et ce n'est pas compatible avec une tombe d'Etat où l'on continue à glorifier la figure de Franco", avait justifié Carmen Calvo, vice-présidente du gouvernement, pour justifier cette décision.

Mais s'il n'existe aucun doute historique sur la dureté du régime de Franco, de nombreux Espagnols considéraient que transférer sa dépouille de son mausolée n'était pas une bonne décision. L'institut de sondage Sigma Dos révélait l'année dernière que seulement 40,9% d'entre eux soutenaient l'exhumation, là où 38,5% auraient préféré qu'elle n'ait pas lieu. 20,6% se disaient alors sans avis sur la question.

Franco exhumé du "Valle de los Caidos"

Pour le gouvernement espagnol de gauche, arrivé au pouvoir à l'été 2018, il s'agit de faire en sorte que le "Valle de los Caidos" ne soit plus un lieu d'apologie du franquisme, période encore très délicate et discutée de l'histoire espagnole. Le "Valle de los Caidos", gigantesque basilique construite à flanc de montagne, a en effet été érigé dans les années 1940 par des prisonniers républicains sur ordre de Franco. La famille de Franco avait demandé que leur aïeul soit enterré le cas échéant dans le caveau familial de la cathédrale de l'Almudena, où repose sa fille María del Carmen, mais le gouvernement s'y est opposé également. Une fois encore, il s'agit d'éviter de créer un "nouveau lieu de pèlerinage franquiste, en plein centre de Madrid" écrit l'AFP.

Le "Valle de los Caidos", près de Madrid, où se trouve la tombe de Franco.
Le "Valle de los Caidos", près de Madrid, où se trouvait la tombe de Franco. © Jose L. Cuesta/CORDON/SIPA

Biographie courte de Francisco Franco

Francisco Franco est un général espagnol qui, à la suite de la Guerre civile (1936-1939), instaure un régime dictatorial qui ne prendra fin qu'au moment de sa disparition en 1975.

Francisco Franco y Bahamonde est né à El Ferrol en Galice, dans la péninsule ibérique, en 1892. Il intègre rapidement l'armée, et participe à la guerre du Rif entre 1912 et 1916, ainsi qu'à la répression des violentes grèves aux Asturies pendant l'été 1917. Alors que l'Espagne proclame la République en 1931, Francisco Franco est nommé gouverneur militaire puis commandant général aux Baléares, et intervient à nouveau contre la révolte fomentée aux Asturies. En 1935, il devient chef d'état-major des armées, mais le Front populaire nouvellement élu en 1936 l'envoie sur les îles Canaries. Il contribue alors au soulèvement qui va mener à la guerre civile d'Espagne. S'il est soutenu, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, par l'Allemagne d'Adolf Hitler et l'Italie de Benito Mussolini, Franco bénéficie également des positions non interventionnistes de la France et de l'Angleterre.

En 1939, celui qui se fait désormais appeler "le Caudillo" marche sur Barcelone puis Madrid, et renverse le régime en place. Il instaure une dictature totalitaire, l'État franquiste, jusqu'en 1975. Dès 1969, Francisco Franco choisit Juan Carlos, héritier du trône d'Espagne, pour lui succéder et restaure ainsi la monarchie. Atteint de la maladie de Parkinson, ses dernières années au pouvoir sont particulièrement difficiles. A son décès, le 20 novembre 1975, le roi Juan Carlos Ier accède au trône d'Espagne, et rétablit un régime démocratique ouvert sur l'extérieur avec une monarchie constitutionnelle.

Francisco Franco : dates clés

4 décembre 1892 : naissance et jeunesse de Francisco Franco
Francisco Franco est né le 4 décembre 1892 à Ferrol, en Galice. Issu d'une famille de 5 enfants, il va grandir dans ce port entre un père infidèle et alcoolique, Don Nicolás Franco Salgado-Araújo, et une mère, Pilar Bahamonde y Pardo de Andrade, très croyante. Se préparant à entrer dans la marine militaire, comme le veulent les traditions familiales mais aussi locales - El Ferrol étant marquée par sa culture militaire -, cet élève moyen se tourne vers l'infanterie après la fermeture de l'école navale en 1907. Son père se sépare de sa famille quelques mois plus tard et part vivre à Madrid.
Février 1912 - février 1926 : Franco au Maroc
Franco débute sa carrière militaire en 1912, au Ferrol, mais part très vite pour le Maroc, où il gravit les échelons et multiplie les coups d'éclat face aux tribus maghrébines qui veulent stopper l'avancée espagnole dans le Nord du pays. Gravement blessé au ventre en mars 1915, il est nommé commandant avec le soutien du roi Alphonse XIII, mais contre l'avis de la direction militaire. Franco hérite d'un bataillon dans les Asturies, puis participe à la création d'une milice inspirée de la Légion étrangère française. C'est avec un bataillon de cette milice qu'il retourne dans le Rif marocain réprimer férocement les insurgés entre 1920 et 1926.
22 octobre 1923 : mariage de Franco, une fille
Pendant sa guerre impitoyable contre Abd el-Krim et les résistants du Rif, Franco revient provisoirement stationner à Oviedo, dans les Asturies. C'est là qu'il va se marier avec Carmen Polo Martínez-Valdés. Ils donneront naissance à une fille, María del Carmen, surnommée "Nenuca", le 14 septembre 1926.
Février 1926 : Franco général
Alors que l'Espagne se tourne dès 1923 vers un régime dictatorial, avec le coup d'Etat de Miguel Primo de Rivera, et que Madrid s'allie à Paris pour vaincre les insurgés au Maroc, Franco participe à la victoire des colons lors du débarquement d'Al Hoceïm, premier du genre de l'histoire militaire. Il signe la fin de la guerre du Rif. Fort de cette victoire, Francisco Franco est nommé général de brigade. A 34 ans, il devient alors le plus jeune général d'Europe.
Janvier 1928 - juillet 1936 : l'ascension et le double jeu de Franco
Le 4 janvier 1928, Franco est nommé à la tête de la nouvelle Académie générale de Saragosse, chargée de former les officiers. Francisco Franco marquera l'académie de son empreinte, avec un bilan contesté. Cette année là, il devient officier de la Légion d'honneur française, notamment sur recommandation du Maréchal Pétain. Mais en 1931, l'école est fermée avec le retour des républicains au pouvoir. Franco est écarté et entretient des rapports houleux avec Manuel Azaña Díaz, le chef du gouvernement de gauche. Il restera savamment à l'écart du nouveau coup d'Etat du général Sanjurjo, en août 1932, tout en ayant des relations étroites avec ce dernier. Le putsch échoue et, restant loyal au gouvernement républicain, Franco est même en charge de réprimer l'insurrection des socialistes des Asturies en 1934. Mais la situation continue de se tendre en Espagne entre le Front populaire qui compte des organisations révolutionnaires et la phalange espagnole nationaliste.
17 et 18 juillet 1936 : Franco dans le soulèvement nationaliste
Le soulèvement nationaliste a finalement lieu les 17 et 18 juillet 1936, après une série d'assassinats et de règlements de comptes entre monarchistes et révolutionnaires. Après hésitation, Franco participe activement au soulèvement. Les historiens débattent encore de la raison de ce ralliement. Pour les uns, il s'agissait pour le général de sauver l'Espagne du chaos, pour les autres d'une haine viscérale vis-à-vis des organisations de gauche. Quoi qu'il en soit, le général Franco, qui est d'abord nommé à la tête de l'armée d'Afrique par les nationalistes, traverse le détroit de Gibraltar le 5 août avec ses troupes, qui sont de loin les mieux préparées.
21 septembre 1936 : Franco s'auto-proclame "caudillo"
Très vite, le soulèvement nationaliste donne lieu à une guerre civile qui va finalement durer des années. Après leur progression fulgurante vers le Nord, les troupes marocaines de Franco deviennent essentielles dans la réussite du projet.  La général, qui marche droit en direction de Madrid, devient l'acteur majeur des putschistes après l'échec des autres chefs du soulèvement, à Madrid et Barcelone. Le 21 septembre 1936, le général Franco est proclamé "generalissimo" et chef d'état à Burgos. Il prend alors la tête du gouvernement nationaliste contre les républicains. Il devient la "Caudillo", un surnom qui lui colle à la peau depuis ses victoires au Maroc et qui s'inspire des chevaliers espagnols ayant repoussé les Arabes hors d'Espagne au Moyen Âge. Alors que le camp républicain est soutenu par l'URSS et par les brigades internationales, Franco reçoit dès lors un soutien logistique et parfois militaire de l'Italie de Mussolini et de l'Allemagne nazie.
19 avril 1937 : Franco unifie les partis politiques nationalistes
En octobre 1931, Franco épargne Madrid pour aller sauver les putschistes de Tolède, plus au sud. La défense de la capitale peut se renforcer. En mars 1937, les nationalistes échouent finalement à prendre Madrid, aux mains des républicains. Le général Francisco Franco fonde la "Phalange espagnole traditionaliste et les Juntes d’offensive nationale-syndicaliste" le mois suivant. Il souhaite ainsi unifier la totalité des partis qui le soutiennent dans la guerre civile espagnole (Phalange espagnole, carlistes, fascistes, traditionalistes) et former un parti unique national en Espagne.
1er avril 1939 : Franco remporte la guerre civile
Après l'échec de la prise de Madrid, Franco et ses troupes concentrent leurs efforts au Nord du pays, où les combats font aussi rage depuis des mois au Pays Basque. Les nationalistes prennent Bilbao puis Santander pendant l'été 1937. Les Asturies, dernière province républicaine de la zone, tombent en octobre. La bataille va ensuite se jouer sur la route de la Méditerranée début 1938. Les victoires nationalistes à Teruel et Aragon sont suivies par une offensive républicaine, la bataille de l'Erbre, qui comme beaucoup d'autres est mal préparée. La victoire des nationalistes, le 16 novembre 1938, précipite la fin de la guerre civile. La Catalogne tombe au début de l'année 1939. Madrid et le reste de l'Espagne vont suivre. Franco proclame la fin des combats le 1er avril 1939. Entre batailles et massacres, la guerre civile aura fait entre 380 000 et 450 000 morts.
1939-1945 : Franco pendant la Seconde guerre mondiale
En 1939, proche des dictatures européennes, l'Espagne n'entre pas en guerre trop affaiblie par le conflit qu'elle vient de subir. Mais elle soutien Hitler avec l'envoi d'hommes sur le front de l'Est. Franco installe en Espagne des camps de concentration et fait travailler environ 400 000 prisonniers politiques pour la reconstruction C'est dans cette période, en 1941, que débute la construction du "Valle de los Caidos", avec le travail forcé de prisonniers politiques républicains. Franco rompt tout soutien aux Nazis en 1943. Le revers des Allemands à Stalingrad est passé par là et les pressions des Américains, qui fournissent des denrées alimentaires à l'Espagne, en pleine dépression, feront pencher la balance.
1945-1975 : la dictature sous Franco
Pendant la Guerre froide, Franco est soutenu par certaines forces occidentales (USA, Angleterre) qui y voient un rempart contre le communisme, quand d'autres (comme la France) prônent l'isolement du régime franquiste très autoritaire. Le soutien américain, le développement de l'agriculture et l'explosion du tourisme, finissent par moderniser le pays et à le faire revenir dans le concert des nations. L'Espagne entre aux Nations unies dès 1955. Franco continuera néanmoins de diriger le pays sans partage jusqu'en 1969, année lors de laquelle, malade, il désigne le prince Juan Carlos comme son successeur et organise de ce fait le retour de la monarchie.
20 novembre 1975 : mort de Franco
Au début des années 1970, Francisco Franco est de plus en plus affaibli par la maladie de Parkinson. A partir du mois d'octobre 1975, son état de santé s’aggrave et il multiplie les attaques. Son agonie durera des semaines, et le Prince Juan Carlos d'Espagne sera chargé le 30 octobre d'assurer provisoirement les pleins pouvoirs. Le "caudillo" mourra le 20 novembre 1975 et Juan Carlos sera proclamé roi d'Espagne.

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