Delphine Jubillar : Cédric Jubillar mis en examen et incarcéré, ce qu'on sait

Delphine Jubillar : Cédric Jubillar mis en examen et incarcéré, ce qu'on sait En décembre dernier, l'infirmière Delphine Jubillar disparaissait. Son mari a été présenté à un juge et mis en examen pour le "meurtre aggravé" de son épouse. Il "conteste son implication dans cette affaire" à l'heure actuelle. 

[Mis à jour le 18 juin 2021 à 17h40] La nouvelle a été confirmée ce vendredi 18 juin : le mari de Delphine Jubillar est désormais mis en examen pour "meurtre aggravé". L'homme avait été déféré dans la matinée pour être présenté à un juge, après avoir passé 48 heures dans les locaux de la police à Gaillac (Tarn), comme le rapporte franceinfo. Cédric Jubillar avait été interpellé à son travail, près d'Albi, mercredi 16 juin, et placé en garde à vue. Sa mère et son beau-père ont également été arrêtés le même jour, avant d'être interrogés sur des incohérences dans le récit donné par le mari. Les gardes à vue de la mère et du beau-père de Cédric Jubillar ont été levées ce vendredi, selon France Bleu Occitanie. Aucune charge n'est retenue contre eux pour le moment. Cédric Jubillar a toujours clamé son innocence, mettant en avant une possible "disparition volontaire" de son épouse, avec qui il était en instance de divorce.

"L'ouverture d'une information [judiciaire] a donné lieu à plus de 2 500 actes et procès-verbaux en six mois et a mobilisé des moyens matériels considérables", a affirmé le procureur du Tarn, ce 18 juin. S'exprimant sur la disparition de Delphine Jubillar, le procureur a ajouté : "C'est une disparition inquiétante, qui ne saurait être considérée comme volontaire. L'hypothèse d'un accident a été évacuée (…) La notion de suicide ou de départ volontaire est en contradiction totale avec tous les éléments du dossier. Delphine Jubillar était une mère de famille, une infirmière qui adorait son métier. Elle avait des amis et des enfants. Elle n'avait strictement aucune raison de disparaître." De plus, "elle avait pour projet, dans les semaines qui suivaient, de quitter le domicile et de s'installer avec un autre homme, rencontré l'été précédent". Concernant Cédric Jubillar, le procureur a ajouté : "Contrairement à ce qui a été dit, le contexte de séparation du couple était très conflictuel (…) Cédric Jubillar avait une très grande difficulté à accepter cette séparation. Il pouvait se montrer brutal et grossier. Il avait organisé une véritable surveillance de son épouse, essayant même de la géolocaliser. Il était très très intrusif."

Jusqu'ici, l'enquête sur la disparition mystérieuse de l'infirmière de 33 ans, survenue à Cagnac-les-Mimes (Tarn), dans la nuit du 15 au 16 décembre, n'était pas parvenue à faire la lumière sur ce mystère. Le mari de Delphine Jubillar a déjà été plusieurs fois convoqué par les juges en charge d'instruire l'affaire. Le trentenaire a déjà été entendu au moins à deux reprises par la justice. S'il n'était pas encore question d'un placement en garde à vue et encore moins d'une mise en examen jusqu'ici, ces convocations plaçaient déjà Cédric Jubillar au cœur de l'enquête. En début d'année, son avocat, maître Alary, disait aussi se préparer à toutes les possibilités et confiait son souhait de s'entretenir, aux côtés de son client, avec les juges. "Nous sommes toujours dans l'attente d'une convocation que j'espère prochaine pour pouvoir savoir quel statut on nous donne. Si on doit être mis en examen, soyons-le. Si on doit être partie civile, soyons le à fond aussi", avait-il confié à la presse.

Pourquoi Cédric Jubillar est-il désormais soupçonné ?

Au début du mois de janvier notamment, alors que sa femme avait disparu depuis trois semaines, Cédric Jubillar avait été convoqué par les gendarmes. Il aurait simplement répondu à l'époque à "une demande particulière" de la gendarmerie, comme l'indiquait France 3 Occitanie et s'est tenu toute une journée aux côtés des gendarmes, à l'intérieur de la maison familiale, qui abritait encore quelques semaines plus tôt le couple et deux enfants de 6 ans et 18 mois. D'intenses fouilles avaient été réalisées, en sa présence donc. Entendu une nouvelle fois fin avril par les juges, Cédric Jubillar avait par ailleurs obtenu le statut de "partie civile" tant attendu, ce qui semblait écarter tout soupçons le concernant. Le Parisien laisse désormais entendre que ce statut accordé a pu être une "stratégie de la justice pour le mettre en confiance et le pousser à relâcher sa vigilance". Cédric Jubillar se serait en effet mis en couple avec une nouvelle compagne dans les derniers mois et aurait tenté d'orienter les enquêteurs vers d'autres pistes. Il participait encore le 12 juin, à Albi, à une marche blanche réunissant 80 personnes en honneur de son épouse.

Les gendarmes auraient en réalité été intrigués par plusieurs éléments avancés par Cédric Jubillar au sujet de la disparition de son épouse qui n'ont pas été confirmés par l'enquête. L'analyse de son téléphone a fait apparaitre par exemple que ce dernier serait resté éveillé très tardivement dans la nuit de la disparition, contrairement à ce qu'il a pu avancer. Il serait également apparu que Delphine Jubillar s'était mise en tenue de nuit avant de disparaître, ce qui laisse penser qu'elle s'apprêtait à aller se coucher plutôt qu'à sortir ce soir là. Les chiens quant à eux n'auraient jamais quitté le domicile familial, comme l'avançait initialement Cédric Jubillar. Selon Le Parisien, "les gendarmes ont acquis la conviction qu'une dispute a éclaté entre Cédric et Delphine la nuit du drame après une discussion houleuse au sujet de l'avenir de leur couple". Une rupture imminente, à l'initiative de la jeune femme, est évoquée.

Que sait-on de la disparition de Delphine Jubillar ?

La disparition de Delphine Jubillar a eu lieu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Cette infirmière de 33 ans se trouvait alors à son domicile avant de s'évaporer. Toutes les affaires de la jeune femme, hormis une doudoune et son téléphone portable, ont été retrouvées dans la maison. La seule version des faits est venue de son mari, qui prétend que sa femme a disparu alors qu'il était parti se coucher seul, à 23 heures, laissant sa compagne devant la télévision. Le trentenaire a dit aux gendarmes avoir été réveillé en pleine nuit par les pleurs de la petite fille du couple, âgée de seulement quelques mois, et avoir réalisé alors que Delphine avait quitté leur domicile de Cagnac-les-Mimes (Tarn). Aux gendarmes, Cédric Jubillar a aussi déclaré qu'il pensait que sa femme était partie promener les chiens, ayant retrouvé ces derniers à l'extérieur de leur domicile. Une version des faits qui a donc été largement remise en cause depuis.

Cédric Jubillar a décidé de contacter la gendarmerie à 6 heures du matin le 16 décembre pour signaler la disparition de son épouse. Les gendarmes ont tout de suite pris très au sérieux ce signalement et se mobiliseront par centaines pour retrouver la trace de la trentenaire. Le 23 décembre, une information judiciaire a été ouverte pour "arrestation, enlèvement, détention ou séquestration arbitraire".

Qui est Cédric Jubillar, le mari de Delphine ?

Depuis 2013, Delphine Jubillar est mariée avec Cédric, un trentenaire travaillant dans le BTP. Selon des informations rapportées par Le Parisien, c'est lui qui a entrepris la construction de la maison de famille, située à Cagnac-les-Mimes, dans le Tarn. Cet homme de 33 ans rencontre Delphine à seulement 19 ans, à une soirée d'anniversaire d'un ami commun. Ensemble, le couple donne la vie à deux enfants, un fils aujourd'hui âgé de 6 ans et d'une petite fille de dix-huit mois. Cédric Jubillar est décrit comme un écorché vif par Le Parisien, qui "peut s'énerver pour un oui ou pour un non", mais en même temps "très serviable". Il est aussi écrit dans plusieurs titres de presse que c'est le salaire d'infirmière de Delphine Jubillar qui subvenait aux besoins du couple et du foyer.

Dès le début de l'affaire, des témoignages laissant imaginer une possible responsabilité de son mari dans la disparition de Delphine Jubillar ont été rendus publics, en partie sur les réseaux sociaux et le plus souvent sans aucun fondement. "Plusieurs fois, on l'a entendu dire à sa mère : 'Oui je vais la tuer, je vais l'enterrer, personne va la retrouver. Elle veut me quitter, elle veut demander le divorce'. Déjà il savait qu'il allait tout perdre", a tout de même confié anonymement un proche du père de famille à France Bleu Occitanie. Un autre intime de Delphine et Cédric Jubillar a également témoigné auprès de BFMTV, faisant état d'"un couple qui avait beaucoup de tensions ces derniers temps", précisant que Cédric "avait tendance à dire des choses mal sur Delphine, à la rabaisser". Et d'ajouter : "Je ne peux pas dire qu'il est coupable, mais j'ai mes doutes".

Quelles sont les autres pistes de l'enquête sur Delphine Jubillar ?

Orientés par le mari de Delphine Jubillar, les enquêteurs vont s'attarder sur plusieurs autres pistes pour tenter d'expliquer cette disparition, sans suite sérieuse. Ils vont notamment identifier un homme avec lequel Delphine Jubillar aurait entretenu une relation extraconjugale virtuelle, sur Internet. Mais cet habitant de Montauban, présenté depuis comme un "confident", sera finalement mis hors de cause. Tout comme "un courtisan" résidant à proximité du domicile des Jubillar, dont l'alibi a été vérifié.

Malgré l'absence d'éléments tangibles, l'enquête s'est aussi attardée sur un éventuel lien entre l'affaire Delphine Jubillar et trois autres affaires plus ou moins similaires. Trois femmes, Aurélie Vaquier, Magali Blandin et Anne-Frédéric Obszynski, ont également disparu dans une période proche de la disparition de Delphine Jubillar. Même si chaque enquête est isolée, l'hebdomadaire Marianne révélait début mars 2021 que les gendarmes, et plus précisément les experts du SCRC, le service central de renseignement criminel, avaient "effectivement entrepris de passer au crible les quatre enquêtes en cours".

La disparition de Aurélie Vaquier est celle qui se rapproche le plus de l'affaire Jubillar, de par sa situation géographique et sa chronologie. Cette femme de 38 ans a disparu sans laisser de trace dans l'Hérault - département frontalier du Tarn - le 28 janvier dernier. "Dans ces dossiers de disparitions, nous procédons toujours de la même façon. On met le paquet en termes de moyens de recherche dans les premiers jours, puis, si on ne trouve pas, se mettent en route les investigations scientifiques. Puis nos experts du pôle judiciaire de la gendarmerie tentent en effet de voir s'il y a le moindre lien entre ces quatre dossiers, ou certains d'entre eux", expliquait à Marianne un porte-parole de la gendarmerie. La piste d'un tueur en série ne semblait donc pas exclue. "Il est vrai que nous sommes face à un phénomène sériel", concédait cette même source. Mais cette piste semble néanmoins aujourd'hui assez lointaine...

Delphine Jubillar toujours pas retrouvée

Depuis six mois, Delphine Jubillar n'a en tout cas pas été retrouvée. Les enquêteurs, qui se sont rapidement engagés sur la piste d'une disparition involontaire, se pencheront tout aussi rapidement sur le bornage de son téléphone portable, qu'elle a vraisemblablement emporté avec elle le soir du drame. Ce téléphone, également disparu, a borné une dernière fois à deux kilomètres de chez elle, quelques heures après la disparition de l'infirmière. C'est donc dans cette zone que les espoirs de retrouver l'infirmière se sont concentrés. Les gendarmes de la Section de recherche ont sondé lacs et rivières, mené des battues dans les champs et les bois autour du village de Cagnac-les-Mimes, une ancienne cité minière de 3000 habitants, où la jeune femme habitait, avec son mari et ses deux garçons. Le domicile sera lui aussi plusieurs fois perquisitionné. En vain.