Cas graves et cas mortels de coronavirus : quels sont les facteurs aggravants ?

Cas graves et cas mortels de coronavirus : quels sont les facteurs aggravants ? Certaines pathologies aggravent les symptômes liés au Coivd-19. Quelles sont les affections concernées ?

[Mis à jour le 22 mai 2020 à 16h40] Depuis le début de l'épidémie de Covid-19, le gouvernement met en garde les personnes à "risque" contre des complications potentielles liées au SARS-CoV-2. Les statistiques de Santé Publique France ( du 16 mas au 17 mai 2020) permettent d'établir un profil : 73% des patients en réanimation sont des hommes et 54% des malades en soins intensifs (USI) ont plus de 65 ans. 77% des patients en USI ont au moins une comorbidité. Parmi les pathologies aggravantes des malades en réanimation se dégagent : l'obésité - le surpoids à 33%, le diabète à 25%, les pathologies cardiaques à 19% et les pathologies pulmonaires à 16%. Par ailleurs, un tiers des patients décédés en USI étaient diabétiques et un autre tiers présentaient des pathologies cardiaques.

L'âge

L'un des publics les plus "à risque" d'après les statistiques établies par Santé publique France sur l'épidémie de coronavirus est la population des plus de 60 ans. En attestent les 10 308 décès recensés dans des Ehpad depuis le début du mois de mars. D'après le point épidémiologique publié le 21 mai 2020 par Santé publique France, 54% des patients en réanimation étaient âgés de plus de 65 ans. De plus, les décès sans co-morbidité, autrement dit sans autre pathologie, concernaient quasiment en totalité des personnes de plus de 70 ans. L'âge médian des victimes est situé à 72 ans et 38% étaient âgés de 75 ans et plus.

Les maladies chroniques 

Les malades chroniques sont considérés comme "à risque" par le gouvernement. Le dernier bilan épidémiologique démontre que 77% des Covid+ en réanimation présentent en effet des comorbidités. Une étude italienne confirme ces chiffres français : sur 1 290 décès conséquents au coronavirus, 61,9% présentaient plus de trois comorbidités. L'affection la plus fréquente est l'hypertension artérielle (73% des sujets). Suivent le diabète de type 2 (31,5%) et la cardiopathie ischémique (28,1%).

L'obésité 

"Toutes les réanimations en France constatent une proportion très importante de patients en surpoids ou obèses", a souligné à l'AFP le Dr Matthieu Schmidt, de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Selon les données de Santé Publique France, 33% des patients en réanimation sont en surpoids ou en obésité. Olivier Ziegler, endocrinologue et nutritionniste au CHRU de Nancy a indiqué sur RMC : "Il y a un effet dose. Plus la corpulence augmente, plus le risque d'être intubé et ventilé augmente". Cette fragilité s'explique par des capacités respiratoires restreintes des personnes souffrant d'obésité. Les personnes obèses s'essoufflent plus rapidement donc leurs poumons sont affaiblis et leur système immunitaire est diminué. De facto, leurs organismes ont plus de difficultés à lutter contre le Covid-19. 

Le sexe 

Selon les statistiques du Covid-19, la maladie aurait tué 25% de femmes contre 75% d'hommes. Le Pr Pialoux a rapporté sur BFMTV que le ratio des personnes hospitalisées en réanimation était de 7 hommes pour 3 femmes. Il a formulé l'hypothèse suivante : "Il y a probablement une enzyme dont le gène présent sur le chromosome X sert à faire entrer le virus dans les cellules." Le Pr Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Toulouse, a évoqué : "L'immunité innée est meilleure chez les femmes, notamment avant la ménopause." 

Le tabac

Une étude publiée dans la revue médicale News England Journal of Medecine, a exposé que le risque pour les fumeurs de développer une forme grave du coronavirus est augmenté de 50% et le risque de décès croît de 130% par rapport aux non-fumeurs.  Or, les soignants s'étonnent de la réalité du terrain. "On a quelque-chose de très particulier avec le tabac. On a constaté que l'immense majorité des cas graves ne sont pas des fumeurs, comme si […] le tabac protégeait contre ce virus, via la nicotine", a affirmé le Pr Delfraissy.

Toutefois, le Comité national contre le tabagisme (CNTC) a alerté : "les fumeurs présentent un risque majoré de contracter [le coronavirus] et de développer une forme grave." L'organisation a rappelé "qu'il est indispensable de fumer à l'extérieur" afin d'éviter le tabagisme passif "facteur de risque d'infections respiratoires aiguës et chroniques chez les enfants."

Le groupe sanguin

Une étude chinoise a rapporté que notre groupe sanguin pouvait être déterminant dans la transmission du virus. L'étude, publiée sur le site MedRxiv, porte sur 2100 personnes touchées par le virus et hospitalisées dans 3 hôpitaux de Wuhan et Shenzhen. Elle indique que les personnes faisant partie du groupe sanguin O ont 33% de risques en moins d'être infectés par le coronavirus. Les groupes A sont à l'inverse plus vulnérables, avec 20% de risques en plus d'être contaminés. Le groupe B serait lui aussi plus touché que la moyenne, mais les auteurs estiment que l'échantillon est trop faible pour l'établir statistiquement. L'étude fait le lien entre les groupes sanguins et les anticorps, assurant que les personnes du groupe O seraient mieux dotées face au coronavirus. Toutefois, les auteurs ont appelé à la prudence et ont encouragé la réalisation d'autres études.

Les maladies psychologiques

Dans une tribune publiée dans Le Parisien, une centaine de psychiatres se sont inquiétés du sort des 12 millions de personnes souffrant de troubles psychiques. En effet, ce public est fragile. "Ils sont exposés à faire un Covid plus grave parce qu'ils sont deux fois plus porteurs des maladies chroniques dont on parle tout le temps, le diabète, les maladies cardiovasculaires, l'obésité", a expliqué sur FranceInfo Marion Leboyer, professeure de psychiatrie à l'université Paris-Est Créteil. 

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