Chute du mur de Berlin : l'histoire et les images, 30 ans après

Chute du mur de Berlin : l'histoire et les images, 30 ans après La chute du Mur de Berlin a eu lieu il y a 30 ans jour pour jour, le 9 novembre 1989. Découvrez point par point l'histoire de ce Mur et de sa chute, mais aussi le déroulé des événements heure par heure...

Le Mur de Berlin est tombé

Jusqu'au petit matin du 10 novembre 1989, des milliers de Berlinois ont fêté l'ouverture du Mur de Berlin. Mais la majorité n'apprendra la nouvelle que dans la journée, soit le lendemain de l'annonce de l'événement dans les médias. Le lever du jour a un effet démultiplicateur sur la population souhaitant traverser. Le pont de Bösebrücke, tout au nord de Berlin, permet aux Trabant, les célèbres voitures d'Allemagne de l'Est, de passer depuis la veille. Ce ne sont plus seulement les piétons, mais d'importantes files voitures qui se ruent à tous les points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Des bouchons gigantesques se forment. Les jours suivants seront du même tonneau. Du jamais vu à Berlin. Après ce mois de novembre 1989, la destruction du Mur de Berlin aura lieu en quelques mois. Les 156 kilomètres de béton armé qui cernaient Berlin-ouest sont alors éliminés hâtivement par les autorités allemande, laissant quelques vestiges ici et là.

Merkel passe à l'Ouest

Pour Angela Merkel aussi, la soirée sera inoubliable. En rentrant chez elle après son sauna, elle raconte avoir "vu les gens qui se rendaient" en direction d'un point passage, tout près de son appartement . "Je n'oublierai jamais ça. Il était peut-être 22h30, ou 23 heures ou peut-être même un peu plus tard. J'étais seule, mais j'ai suivi la foule [...], et tout à coup, nous nous sommes retrouvés du côté Ouest de Berlin", a indiqué l'actuelle Chancelière allemande au sujet de ce moment. Elle dégustera sa première bière ouest-allemande chez des inconnus, ce soir de fête si particulier. L'année suivante, elle renoncera à la physique pour se lancer dans une carrière politique.

Checkpoint Charlie sera ouvert peu avant minuit

Après la Bornholmer Strasse, plusieurs autres points de passage ouvrent leurs portes. Suivront notamment Invalidenstrasse, cette fois sous la pression venant des Berlinois de l’Ouest, puis Checkpoint Charlie. Le lieutenant-colonel Gruss a décidé à son tour d’ouvrir la barrière et de laisser passer la foule. Des milliers de Berlinois passent de l'autre côté de la ville, pour une simple visite dans la majeure partie des cas. Des milliers de Berlinois passent de l'autre côté de la ville, pour une simple visite dans la majeure partie des cas.

9 novembre 1989, 23h - Le poste-frontière de Bornholmerstrasse est ouvert

Peu après 23 heures, le poste-frontière de Bornholmerstrasse est finalement ouvert sous la pression de la foule. La situation était devenue incontrôlable, les Berlinois, massés ici pour se soumettre aux formalités de sortie, ayant commencé à menacer les gardes-frontières. Barricadé, Harald Jäger, lieutenant-colonel de la Stasi, de permanence ce soir là, a tenté de joindre sa hiérarchie. Il n'a pu parler qu'à un officier qui l'a traité de "lâche" s'il ouvrait la frontière. C'est lui qui donnera l'ordre de lever les barrières pour éviter la catastrophe, permettant à 20 000 personnes de passer.

Comment la répression et le sang ont été évités cette nuit là ?

Pendant que le Mur de Berlin était progressivement pris d'assaut, l'ambassadeur d'URSS en RDA dormait, donc et son adjoint, informé quant à lui, a décidé de ne pas bouger, voulant à tout prix éviter le scénario terrible de la place Tian'anmen, quelques mois plus tôt. Quant à Gorbatchev, au Kremlin, personne n'ose le réveiller. De leur côté, la Stasi et la police et l'armée de RDA sont trop cloisonnées pour une réponse coordonnée.

9 novembre 1989, 22h - Ouverture de la frontière à Sonnenallee

A 22 heures ce jeudi 9 novembre 1989, la foule se compte désormais en milliers devant les checkpoints du Mur de Berlin, des centaines de Trabant se joignent à elle. A certains endroits, on crie "ouvrez les portes !". C'est à Sonnenallee, un poste situé plus au sud de la ville, que la première brèche s'ouvre. Des Berlinois de l’Est passent le Mur, mais à cet endroit exentré, aucun Allemand de l’Ouest ne les attend de l’autre côté.

Les officiels se saisissent progressivement de l'événement

Alors que la soirée est déjà bien avancée, les officiels saisissent progressivement la portée de l'événement. Egon Krenz, chef de la RDA, est informé de la situation mais ne donne aucune instruction, l'ambassadeur d'URSS en Allemagne de l'Est, lui, est couché, épuisé après un cocktail... L'état-major de l'armée est-allemande, commence a examiner la situation. A l'Ouest, la séance de l’assemblée de RFA au Bundestag, à Bonn, est interrompue, le chancelier de la République Fédérale d'Allemagne Helmut Kohl, qui se trouve en visite officielle en Pologne, est lui aussi informé. Georges Bush et le secrétaire d’Etat James Baker tiennent une conférence de presse dans le bureau ovale de la Maison-Blanche.

9 novembre 1989, 21h30 - La situation se tend devant le Mur de Berlin

Malgré les interdictions, des centaines d'Allemands vont converger entre 20h30 et 21h30 des deux côtés du Mur de Berlin et réclamer l'ouverture des barrières. C'est le cas aussi à Checkpoint Charlie, l'un des poste-frontières les plus emblématiques. Dans la soirée, la foule exige l'ouverture des sept points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Des scènes de liesse se forment. Face à des gardes stupéfaits par la tournure des événements, la foule commence à s'installer sur le Mur comme pour mieux le dominer.

9 novembre 1989, 21h - Le Mur de Berlin toujours infranchissable

Vers 21 heures, les gardes-frontières des postes de Bornholmerstrasse, Invalidenstrasse et Heinrich-Heine-Strasse laissent les barrières fermées et invitent les Berlinois à regagner leur domicile et de revenir le lendemain. Ils ont contacté leurs supérieurs et on reçu l'ordre de ne laisser quiconque franchir le Mur de Berlin.

9 novembre 1989, 20h30 - Premiers rassemblements devant le Mur de Berlin

Le premier attroupement devant le Mur de Berlin se fera vers 20h30, devant le poste-frontière de Bornholmer Strasse. On ne trouve alors que quelques centaines de Berlinois de l'Est qui viennent  demander aux gardes frontières quand la barrière sera ouverte. Pour l'instant, ces "Vopos", qui n'ont reçu aucune consigne, ne donnent pas de réponse. D'autres scènes similaires se déroulent à Invalidenstrasse et Heinrich-Heine-Strasse.

Angela Merkel : "Je n'ai pas vraiment compris ce qui se disait"

Ce 9 novembre 2019, Angela Merkel a entendu avant de se rendre au sauna que les Allemands de l'Est étaient à présent libres de voyager. "Je n'ai pas vraiment compris ce qui se disait", reconnaît la dirigeante conservatrice. La situation est encore confuse, une "blague" circule même dans la famille d'Angela Merkel : si le Mur tombe, elle emmènera sa mère "manger des huîtres au Kempinski", un hôtel chic de Berlin-Ouest. 

9 novembre 1989, 20h - L'ouverture des frontières de la RDA en ouverture des JT

Communiqués officiels et communiqués d'agence vont se multiplier entre 19 heures et 20 heures. A 20 heures justement, la première chaîne de télévision publique de RFA diffusée par l’ARD, ouvre son bulletin d’information parce titre : "La RDA ouvre ses frontières". La déclaration de Günter Schwabowski est retransmise. En France, Christine Ockrent ouvre également le journal télévisé par l’annonce. Günter Schabowski, lui, a regagné sa villa à 30 km de Berlin, il n’a pas réalisé la portée de ses déclarations.

Un cafouillage téléguidé ?

Pour certains journalistes et historiens, on a eu affaire ce 9 novembre 1989 à un cafouillage téléguidé. Le journaliste Riccardo Ehrmann, auteur d'une des dernières questions à Schabowski, reconnaîtra avoir agi sur commande. Le texte, lui, était bel et bien prêt, mais la sortie de RDA restait conditionnée à la détention d'un visa et ne devait effectivement entrer en vigueur que le lendemain, le temps de prévenir les postes-frontières et permettre aux services de police délivrant les visas de se préparer à l’affluence. 

Des versions divergentes sur ce moment précis

Des versions divergentes ont été livrées sur la conférence de presse de Günter Schabowski, entretenant le flou sur la volonté réelle du pouvoir d'annoncer aussi précipitamment l'ouverture des frontières ne RDA. On taxe Schabowski d'amateurisme, d'avoir oublié un embargo sur l'information, ou d'avoir oublié de mentionner que la mesure n'entrait en vigueur que le lendemain, comme cela était écrit sur le document qu'il lisait. Une version qu'il a démenti. Ce qui est sûr c'est que cet ancien journaliste est peu à l'aise dans l'exercice de la conférence de presse, mal préparé et connaît mal la nouvelle réglementation. Par ailleurs, l'annonce n’aurait jamais dû être annoncée par le parti, mais Egon Krenz en tant que représentant du gouvernement...

L'annonce de Schabowski fait l'effet d'une bombe

La déclaration de Günter Schabowski fait l'effet d'une bombe. Plusieurs journalistes quittent immédiatement la conférence de presse pour contacter leurs rédactions et annoncer la nouvelle. De plus la conférence de presse était filmée et diffusée en direct à la télévision. C'est la stupéfaction, y compris chez les dirigeants de la RDA, dont certains sont consternés. Peu après 19 heures, les premiers télex des agences de presse occidentales annoncent que "la RDA ouvre ses frontières".

9 novembre 1989, 18h57 - "Pour autant que je sache, cela entre en vigueur immédiatement"

Quand les discussions arrivent enfin sur la nouvelle législation sur les déplacements, la conférence de presse s'anime. Après la question d'un journaliste italien, Günter Schabowski confirme que les règles vont bel et bien changer et va jusqu'à indiquer que le nouveau dispositif a été adopté le jour même. A une autre question sur l'entrée en vigueur du nouveau dispositif, il répond : "Pour autant que je sache, cela entre en vigueur immédiatement, sans délai...".

Un document sur les déplacements et le Mur de Berlin

La préparation d'une nouvelle loi sur les déplacements est donc en cours au moment où Schabowski prend la parole, mais on ne sait pas encore ce que contiendra le texte. Les journalistes ne s'attendent d'ailleurs pas vraiment à une annonce et la conférence de presse devient vite soporifique sous le discours bien terne de Schabowski. Soudain, le porte-parole se saisit d'une note manuscrite qu'il semble découvrir en même temps que son auditoire et commence à bredouiller autour de la nouvelle réglementation de sortie permanente du territoire. La conférence s'emballe.

9 novembre 1989, 18h - La conférence de presse qui va tout chambouler

A 18 heures, une conférence de presse du porte-parole du Politburo débute. Il s'appelle Günter Schabowski et va bientôt entrer dans l'histoire. Il doit rendre compte des délibérations du SED. Des assouplissements sur les déplacements doivent être annoncés le lendemain à 16 heures. En réalité, c'est un décret facilitant les voyages vers l’étranger qui est en préparation, pour enrayer la contestation et stopper les évasions vers l'Ouest via la Hongrie, mais aussi la Tchécoslovaquie et la Pologne.

Egon Krenz chargé de mener le réforme en RDA

Pour l'instant, pour la majorité des Berlinois vivant à l'Est, ce 9 novembre 1989 se déroule comme n'importe quel autre jour. Mais en coulisse, Egon Krenz, dont l'arrivée au pouvoir a été téléguide par Mikhaïl Gorbatchev, est chargé de mettre en place une politique réformiste. Pourtant l'arrivée de cet apparatchik est pour l'instant très mal vue par les contestataires, et on peine à voir dans sa nomination un signe de détente.

9 novembre 1989, 17h - Le Comité Central du parti socialiste unifié (SED) se réunit

Retour à ce 9 novembre 1989. Car c'est à partir de 17 heures ce jour là que les événements vont s'accélérer. En pleine crise, le Comité Central du parti socialiste unifié (SED) se réunit. Egon Krenz a remplacé Erich Honecker il y a peu, le 17 octobre, et est le nouveau maître du parti et dans le même temps de la RDA. Il doit trouver une solution à l'ouverture des frontières en Hongrie et à la contestation qui gonfle dans le pays.

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L'histoire du Mur de Berlin, qui fête précisément les 30 ans de sa chute ce samedi 9 novembre 2019, est à la fois longue et complexe. La ville de Berlin mais aussi le pays tout entier, ont été divisés par ce mur pendant 28 ans. Sa construction sera la résultante de plusieurs années d'escalade entre Occidentaux et Soviétiques. Alliés pour mettre un terme au régime nazi et à sa domination sur l'Europe, la Russie et les Etats-Unis vont se livrer, dès 1945, à une course effrénée pour être les premiers à libérer Berlin. C'est dans ce contexte que, dès la victoire de 1945 et la capitulation allemande, Berlin est passée d'ex-capitale allemande à zone d'occupation quadripartite. D'un côté les Soviétiques qui occupent une large moitié est de la ville, de l'autre la zone Ouest, elle même divisée en trois partie : une américaine au sud-ouest, une anglaise à l'ouest et une française au nord-ouest. A l'époque, le Mur de Berlin n'est pas encore d'actualité, mais la ville est déjà clairement scindée en deux.

Cette zone Ouest, de quelques kilomètres carrés seulement, va très vite se transformer en enclave occidentale en territoire communiste. Berlin est en effet à l'est du rideau de fer qui sépare alors l'Europe en deux, du nord de la Finlande au sud de la Bulgarie. Staline essaiera une première fois de mettre fin à cette situation dès 1949, en bloquant les accès à Berlin-Ouest, obligeant les occidentaux à organiser un grand pont aérien pendant 11 mois pour ravitailler les militaires et les civils. Le Blocus de Berlin sera levé le 12 mai 1949 et constitue depuis une première victoire des occidentaux dans la capitale Allemande.

Pourquoi le Mur de Berlin a-t-il été construit ?

En 1958, pendant la Guerre froide, Nikita Khrouchtchev a à nouveau tenté de se débarrasser de la présence "impérialiste" en suggérant de faire de Berlin-Ouest une zone neutre et libre. La République démocratique allemande (RDA) que constitue le bloc de l'Est est en effet confrontée au problème majeur de l'exil de ses habitants en direction de la République fédérale allemande (RFA) via Berlin-Ouest. Le régime, miné par l'échec de la planification, veut arrêter l'hémorragie de main-d'oeuvre après la fuite de 3 millions d'Est-Allemands.

A la suite d'une rencontre avec John Fitzgerald Kennedy se révélant infructueuse en mai 1961, Khrouchtchev prend finalement une décision radicale, poussé notamment par Walter Ubricht, chef de la RDA à l'époque : faire ériger un mur séparant les zones occidentales de la zone soviétique. En interdisant la libre circulation entre les deux parties de la ville, les Soviétiques veulent stopper l'émigration des citoyens est-allemands mais aussi asphyxier économiquement Berlin-Ouest.

La construction du Mur de Berlin

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 40 000 soldats bloquent les points de passage entre les deux Berlin. Les autorités de la République démocratique allemande (RDA) commencent à couler du béton et à tendre des barbelés sur la ligne qui sépare à Berlin la zone sous occupation soviétique de la zone sous occupation américaine, anglaise et française. Des centaines de maçons travailleront bientôt de nuit, en catimini, sous la protection et la surveillance de soldats. Après une construction sommaire, le Mur de Berlin est renforcé par un rempart intérieur et des tranchées. En septembre 1961, la frontière devient presque infranchissable.

Rapidement, les barbelés sont remplacés par des blocs de béton. © HJ. Wolf, Bundesarchiv, 173-1321, CC BY SA 3.0

Le Mur de Berlin symbole de la Guerre froide

Le Mur de Berlin, souvent nommé "Mur de la honte", deviendra vite le symbole de la division de l'Allemagne et du monde. Il matérialise le "rideau de fer", mais à Berlin, au centre de l'Europe, et illustre bien le climat de coexistence semi-pacifique de cette période. Symbole concret de la Guerre froide, il sera aussi le symbole des victimes de cette guerre inédite. En août 1961, pendant la construction du Mur, des centaines de Berlinois réussiront à rejoindre l'Ouest, mais la première victime, Günter Liftin, tombera le 24 août. Il y en aura de nombreuses autres. Le 17 août 1962, touché à la jambe alors qu'il tentait de traverser, un autre fugitif, Peter Flechter, agonise des heures dans ce qu'on appellera bientôt le "No man's land", se vidant de son sang. Il est sans doute à ce jour la victime la plus emblématique du Mur. Difficile encore aujourd'hui de connaitre le nombre exact de ceux qui sont morts directement ou indirectement à cause du Mur de Berlin, confidentiel en RDA pendant près de trente ans. Quand certaines sources parlent de 140 morts, certaines associations vont au-delà des 1000 tués. Pour fuir, tous les stratagèmes seront bons, des missions savamment élaborées aux innombrables tunnels. Sur plus de 70 projets de souterrains, seuls 14 auront finalement vu le jour et permis le passage de 300 Berlinois.

Le Mur de Berlin sera aussi le théâtre de plusieurs pics de tension historiques entre l'Est et l'Ouest, pourtant suffisamment maîtrisés pour ne pas chavirer dans un conflit armé. Dès la construction du Mur, le président américain Kennedy réagit en envoyant 1 500 militaires en renfort à Berlin-Ouest. Le 27 octobre 1961, à la suite d'un contrôle à Checkpoint Charlie, l'un des derniers points de passage entre les deux côtés du Mur, des dizaines de chars américains et soviétiques se postent de part et d'autre de la frontière. On évite heureusement l'explosion de violence. On se rappellera aussi de la visite de John Kennedy à Berlin le 26 juin 1963, venu prononcer un message de soutien à Berlin Ouest sur le parvis de l'Hôtel de ville, à l'invitation du maire Willy Brandt. Ce discours, ponctué par le célèbre "Ich bin ein Berliner", est considéré comme l'un des meilleurs du président américain.

Dans la nuit du 13 août 1961, la RDA ferme les frontières et les chars envahissent la ville. © DALMAS / SIPA

De la chute du Mur à la réunification

Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin finit par tomber (lire -ci-dessus). Ils ne sont que quelques centaines à passer à l'Ouest dans la nuit, mais les événements qui suivront iront à une vitesse incroyable. Dès le lendemain, le 10 novembre, des milliers d'Est-Allemands vont se ruer vers le mur pour le franchir, des bouchons monstres de Trabent, voiture mythique de la RDA, vont se former dans tout Berlin. Le 11 novembre 1989, le violoncelliste Mstislav Rostropovich s'installe devant le Mur de Berlin et joue plusieurs compositions de Bach pour fêter la chute de l'édifice et la période de réconciliation qui s'annonce. Son concert va émouvoir le monde entier. La réunification sera rapide. Des documents seront nécessaires pour passer à l'Ouest pendant encore des mois, mais le le 3 octobre 1990, moins d'un an après la chute du Mur de Berlin, la République démocratique allemande sera en effet intégrée à la République fédérale.

La destruction du Mur, elle, sera un peu plus longue. Si plusieurs pans du "rempart anti-impérialiste" seront retirés à la hâte dès 1989, la démolition du Mur de Berlin se fera en majeure partie entre juin et novembre 1990. Et elle ne s'est pas arrêtée aux 43 km intra-muros entre les deux parties de la ville. La partie Ouest de Berlin était en effet entièrement encerclée au beau milieu de l'Allemagne de l'Est. 155 km de Mur ont ainsi dû être démantelés. Sur les 45 000 blocs retirés, représentant 120 000 tonnes de béton, des dizaines de milliers de tonnes seront immédiatement concassées, puis réaffectées à la rénovation des routes est-allemandes. Il en reste encore des vestiges aujourd'hui à quelques endroits de la ville.

Carte du Mur de Berlin

De nombreux internautes ont tenté de reconstituer le tracé du Mur de Berlin sur le Web. Google Map notamment regorge de ces travaux qui permettent de bien visualiser à quel point la ville était scindée entre 1961 et 1989.

Visiter les vestiges du Mur de Berlin en 2019

Il n'est pas si facile de voir le Mur de Berlin et ses vestiges en 2019, soit 30 ans après sa chute. Dès 1989, l'empressement des Berlinois à se débarrasser de ce "Mur de la honte" va conduire à sa destruction quasi-intégrale. On peut encore observer des morceaux de l'édifice au sein du Mauerpark, grand parc au Nord de la ville, qui était traversé par le Mur et où se tient un marché très populaire aujourd'hui. On trouve aussi quelques vestiges le long de la Bernauer Straße, connue pour les multiples tentatives de fuites des habitants de Berlin-Est du temps du Mur, ou au niveau de l'imposante Potsdamer Platz, où quelques pans sont encore alignés. Mais c'est surtout au niveau de l'East Side Gallery qu'on retrouve la plus longue portion du Mur de Berlin, 1,3 km de béton entièrement peint et qui est devenu une exposition à ciel ouvert. Depuis 2016, les visiteurs peuvent découvrir l'histoire du Mur de Berlin dans une exposition multimédia en allemand et anglais non loin de là.

L'East Side Gallery, à Berlin, est une section préservée de l'ex-Mur de Berlin ornée d'oeuvres de street-art. © Stuart Forster / Shutters / SIPA

On peut aussi revivre l'histoire du Mur de Berlin à Checkpoint Charlie, l'un  des points de passage les plus emblématiques entre Berlin-Ouest et Berlin-Est. C'est là où chars d'assaut américains et soviétiques se sont fait face en 1961 et où Peter Flechter s'est vidé de son sang le 17 août 1962, que se trouve un Musée du Mur (Mauermuseum - Museum Haus am Checkpoint Charlie) qui rassemble depuis 1962 les traces des événements qui ont eu lieu de la construction à la chute de l'édifice.

Mur de Berlin : dates clés

2 mai 1945 : Le drapeau rouge flotte sur Berlin
Le photographe ukrainien Yevgeni Khaldei immortalise la prise de Berlin par l'Armée Rouge en photographiant un soldat plantant le drapeau soviétique sur le toit du Reichstag, chambre législative allemande. L'annonce du suicide de Hitler le 30 avril, de son remplacement à la tête du gouvernement par l'amiral Doenitz le 1er mai, puis de la prise de Berlin le 2, accélérèrent le processus de désagrégation de la Wehrmacht, armée allemande, et aboutit à la signature de la capitulation allemande.
24 juin 1948 : Mise en place du blocus de Berlin
Staline décide de mettre en place un blocus autour de Berlin. Il montre ainsi son désaccord face à la fusion des trois zones occidentales de Berlin-Ouest. Il estime en effet que les Américains, les Anglais et les Français violent les accords de Potsdam en réunissant leur territoire et en créant le Deutschemark. Les occidentaux installent rapidement un pont aérien qui permet de ravitailler la ville. Pourtant, cet épisode est un point de rupture entre l'est et l'ouest qui mène tout droit vers la Guerre froide.
12 mai 1949 : Le blocus de Berlin est levé
Après presqu'un an de blocus et de ravitaillement américain par voie aérienne, les soviétiques lèvent le blocus de Berlin ouest. Dans le monde occidental, la ville était devenue le symbole de la résistance à toute tentative de l'URSS de prendre le contrôle de nouveaux territoires en Europe. Les occidentaux prennent ainsi une revanche symbolique sur le coup de Prague, auquel ils n'avaient pu réagir que par de vaines protestations. Berlin restera pendant quarante ans un véritable symbole, notamment après la construction du mur en 1961. Par ailleurs, la fin de ce blocus permet la création de la RFA dix jours plus tard. L'URSS créera un an et demi plus tard la RDA.
12 août 1961 : Construction du Mur de Berlin
Sur décision de Nikita Khrouchtchev, le mur de Berlin commence à être construit dans la nuit du 12 au 13 août 1961 pour empêcher les Allemands de l'enclave de Berlin de fuir la RDA sous contrôle soviétique. Le "mur de la honte" ne tombera que le 9 novembre 1989, annonçant la chute du communisme en Europe et l'effondrement de l'URSS.
27 août 1961 : Face-à-face au checkpoint Charlie
Deux semaines après la construction du mur de Berlin, le checkpoint Charlie est le théâtre d'une épreuve de force entre Américains et Soviétiques. Pendant plusieurs heures, blindés soviétiques et américains, distants de quelques dizaines de mètres, se font face au niveau du point de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Soucieux de ne pas risquer un conflit armé pour de simples provocations, les deux armées reculeront.
9 novembre 1989 : Le mur de Berlin tombe
Acculé par le mécontentement des Allemands, le gouvernement de RDA annonce le 9 novembre 1989 que les habitants de l'est peuvent désormais sortir du pays sans autorisation. Le "mur de la honte" tombe. La Stasi, organisme de la RDA chargé de surveiller le pays pour le compte de l'URSS, est dissoute et les premières élections libres sont organisées l'année suivante en RDA.
3 octobre 1990 : Réunification de l'Allemagne
A minuit, l'Allemagne en liesse fête sa réunification. Un traité d'union, bientôt ratifié par l'ensemble de la communauté internationale, met fin à la division. A Berlin, des centaines de milliers de personnes ont entonné "l'Hymne à la joie" de Beethoven en agitant des drapeaux rouge, or et noir. Après la chute du mur de Berlin en novembre 1989, une nouvelle Allemagne est née.
20 juin 1991 : Berlin, capitale de l'Allemagne réunifiée
Après la chute du mur de Berlin en 1989 et la réunification en 1990, les parlementaires allemands décident de redonner à Berlin son statut de capitale. C'est Bonn qui depuis la partition de l'Allemagne faisait office de capitale fédérale. Le Palais du Reichstag, incendié par les nazis en 1933, sera rénové et accueillera le Bundestag (parlement allemand) en 1999.

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