Capgemini se sépare de sa filiale liée à l'ICE, la police de l'immigration américaine
Sous le feu des critiques pour ses activités avec la police fédérale américaine de l'immigration (ICE), Capgemini a annoncé dimanche la mise en vente de sa filiale américaine travaillant pour l'organisation migratoire, rapporte Le Figaro.
"Capgemini a estimé que les contraintes légales habituelles imposées aux États-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées ne permettaient pas au Groupe d'exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale", qui représente 0,4 % de son chiffre d'affaires prévisionnel, indique le groupe français.
Quel est le "skip tracing", un service fourni à l'ICE par Capgemini ?
Cette décision intervient après les révélations de l'Observatoire des multinationales et de France Télévisions : depuis décembre, Capgemini Government Solutions LLC fournit un service de "skip tracing" à l'ICE, destiné à identifier, suivre et localiser des migrants en situation irrégulière. Un contrat de 4 800 000 dollars court jusqu'en mars 2026, avec des bonus potentiels pouvant atteindre 365 000 000 dollars selon les résultats obtenus dans la "vérification des adresses des étrangers".
La filiale américaine ne cachait pas son implication, évoquant sur son site - avant la suppression de la mention - son rôle dans la réduction des délais et coûts liés aux expulsions. Mais l'affaire a pris une autre dimension après deux morts liées à des tirs d'agents de l'ICE à Minneapolis en janvier.
Le ministre de l'Économie appelait Capgemini à "faire la lumière" sur ce dossier
Un conseil d'administration extraordinaire de Capgemini s'est réuni ce week-end, au plus fort de la polémique. Dans un message interne adressé aux salariés, le groupe a expliqué que le contrat incriminé - attribué en décembre à sa filiale américaine et lié à l'ICE - "faisait l'objet d'un recours". Depuis plusieurs jours, en France, des responsables syndicaux et plusieurs élus interpellaient Capgemini sur sa responsabilité et sur la nature de ses activités outre-Atlantique.
Le gouvernement français s'est rapidement saisi du dossier. À l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie Roland Lescure a demandé à l'entreprise "de faire la lumière de manière extrêmement transparente" sur ses activités. De son côté, le directeur général Aiman Ezzat assure avoir appris la signature du contrat "par des sources publiques", rappelant que la filiale américaine agit de manière autonome en raison de "réseaux étanches" imposés par la législation fédérale.
Une justification jugée insuffisante par Roland Lescure, pour qui "la moindre des choses, (...) c'est qu'une entreprise qui détient des filiales sache ce qui se passe dans ces entreprises". Outre la pression politique, la chute du titre Capgemini en Bourse - d'abord de 1,7 %, puis de 0,6 % au CAC 40 - a également contribué à accélérer la réponse du groupe.