Christiane Taubira : attaques, bourdes, maladresses... Pourquoi elle agace ?

Christiane Taubira : attaques, bourdes, maladresses... Pourquoi elle agace ? La ministre de la Justice a multiplié depuis sa prise de fonction les saillies et les prises de position polémiques qui en ont fait, en quelques semaines, une cible privilégiée de l'opposition.

"Solennel" et "historique". Le discours de Christiane Taubira devant l'Assemblée nationale ce 30 janvier, en ouverture de l'examen de la loi sur le mariage pour tous, a été salué par une grande partie de la majorité. Mais à chaque phrase ou presque, la ministre de la Justice aura été coupée et perturbée par les invectives incessantes de plusieurs députés. Il faut dire qu'au-delà de ce texte extrêmement sensible, la ministre de la Justice focalise les critiques de l'opposition, mais aussi d'une partie de la majorité. Le dernier grief en date concerne la circulaire régularisant une poignée d'enfants nés de mère porteuse à l'étranger. Le mot "bourde" a fait l'unanimité ou presque dans le monde politique et dans les médias, pas nécessairement sur le fond, mais plutôt sur le timing de la mesure : la ministre a en effet signé cette circulaire alors même que le mariage gay soulève de nombreuses questions sur la filiation et le droit des homosexuels à avoir des enfants.

Mais la rancoeur de la droite contre l'ancienne élue d'outre-mer ne date pas d'aujourd'hui. Dès le mois de mai 2012, le gouvernement à peine formé, Jean-François Copé ciblait la ministre de la Justice estimant que "quand on vote FN, on a la gauche qui passe et on a Taubira". Certains élus, notamment de la Droite populaire, se sont également indignés qu'une élue de Guyane soit nommée à une telle fonction... Premier véritable point de friction entre la candidate de 2002 et les élus : sa position sur l'esclavage. Les députés UMP n'ont pas manqué de rappeler que la ministre de la Justice, quand elle était élue de Guyane, n'hésitait pas à faire le procès de la France pour son passé esclavagiste. Députée de Cayenne, Christiane Taubira a été à l'origine d'une loi mémorielle sur la "reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l'humanité". Un texte resté en travers de la gorge des ennemis de la "repentance".

Un style frontal, voire "pète-sec" face à ses opposants et rivaux, une politique taxée "d'angélisme" et des mesures jugées "laxistes", des dossiers menés avec acharnement et plusieurs "maladresses" médiatiques... Chirstiane Taubira va progressivement devenir une cible privilégiée pour l'UMP.

 

Une longue liste de bourdes et de polémiques

Depuis sa prise de fonction, Christiane Taubira a surtout été au cœur, parfois à son corps défendant, d'un certain nombre de bourdes et de maladresses. A la fin mai, un prisonnier s'échappait lors d'un tournoi de basket organisé à Paris-Bercy entre détenus et surveillants de prison. Tournoi auquel assistait la ministre. De quoi faire ricaner ses ennemis, saluant cette "première évasion réussie". La semaine suivante, Christiane Taubira décide de supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs, lancés par Nicolas Sarkozy et visant à juger plus sévèrement les délinquants de 16 à 18 ans. La droite s'indigne. Eric Zemmour fait le portrait d'une "maman" des "voyous" sur RTL.

Pendant l'été, la ministre récidive et torpille la politique de ses prédécesseurs place Vendôme. Dans la presse, Christiane Taubira déclare que "la droite a fait croire à l'opinion publique qu'en enfermant de plus en plus, n'importe comment et pour n'importe quoi, on assurait sa sécurité." Elle pointe notamment les impacts du sarkozysme sur la surpopulation carcérale et sur la lutte contre la récidive. Sa nouvelle ligne (enfermer moins mais enfermer mieux), est loin de faire l'unanimité, notamment à l'Intérieur, où Manuel Valls reste fidèle à sa sévérité de gauche. Fin juin, un mini-remaniement a lieu. Ministre déléguée à la Justice, Delphine Batho passe à l'environnement. Celle-ci n'aurait jamais réussi à s'émanciper du contrôle de Christiane Taubira qui préférerait garder tous les dossiers importants pour elle. L'été sera extrêmement tendu pour la garde des Sceaux. Fin août, Christiane Taubira sera victime d'un "coup de fatigue" à Bordeaux. Un léger malaise qui l'obligera à rester hospitalisée une journée.

En septembre, Christiane Taubira présente en Conseil des ministres les grands axes de sa politique pénitentiaire qui se concrétisera d'abord par une circulaire envoyée aux parquets puis par la loi. Principal virage : sortir du "tout prison" et "favoriser les peines alternatives" pour améliorer la réinsertion et "vider" les établissements surpeuplés. Une stratégie immédiatement taxée de "laxiste" par l'opposition. La ministre décide alors de prendre la droite de front sur de nombreux sujets sensibles, car liés à la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy. En annonçant puis en confirmant la suppression des peines planchers ou encore de la rétention de sureté ("juste pas concevable"), elle va encore faire l'unanimité contre elle à droite.

A l'automne, Christiane Taubira s'attire de nouveau les foudres des députés de droite en brandissant un sondage sur la prison non publié par le précédent gouvernement. Elle affirme avoir découvert avec stupéfaction cette étude de l'Ipsos "commanditée par le ministère de la justice" et selon laquelle 77 % des personnes interrogées "considèrent que la prison ne permet pas de lutter contre la récidive ni de la prévenir". Un coup de canon suivi d'une autre annonce choc : mi-octobre, la ministre dit vouloir "recruter des Imams" dans les prisons pour encadrer le prosélytisme islamiste. Les pourfendeurs de "l'islamisation de la France" se font entendre.

A la fin de cette séquence, l'ancienne élue de Guyane change de terrain et annonce qu'elle veut abroger le décret qui facilite l'accès des parlementaires et des anciens ministres à la profession d'avocat. De quoi braquer encore un peu plus contre elle une partie du monde politique...

A l'approche de l'hiver, alors qu'elle lève le voile sur le projet de loi sur le mariage pour tous et doit démentir la disparition des termes "père" et "mère" dans le code civil, Christiane Taubira va continuer à alimenter la critique. Parmi les polémiques, elle sera par exemple pointée du doigt en décembre pour avoir été membre de l'association anticorruption Anticor, auteure d'une plainte contre Nicolas Sarkozy sur l'affaire des sondages de l'Elysée. Une situation incompatible avec celle de garde des Sceaux qu'elle assure avoir réglée, mais que Patrick Buisson, ancien conseiller de l'Elysée (notamment sur les sondages), continue de pointer du doigt, parlant de "mensonge" à la radio.

EN VIDEO - Le 30 janvier, les députés UMP ont conspué la ministre de la Justice Christiane Taubira, aux cris de "démission, démission", pour protester contre sa circulaire sur l'accès à la nationalité pour les enfants nés de mères porteuses à l'étranger, lors de la séance des questions au gouvernement.