Christiane Taubira : un retrait à la présidentielle et... un soutien à un autre candidat ?

"Christiane Taubira : un retrait à la présidentielle et... un soutien à un autre candidat ?"

Christiane Taubira : un retrait à la présidentielle et... un soutien à un autre candidat ? TAUBIRA. Christiane Taubira a annoncé mercredi 2 mars qu'elle renonçait à sa candidature, faute de parrainages suffisants. Dénonçant "la capacité de nuisance" des "vieux partis", elle n'a pas apporté de soutien à un candidat, mais rendra son vote public dans les prochaines semaines.

L'essentiel 
  • Chrisitiane Taubira a annoncé, mercredi 2 mars, qu'elle retirait sa candidature à l'élection présidentielle. Elle a mis un terme à "l'inutile suspense", malgré la "grande mobilisation des bénévoles de l'équipe Taubira 2022". "Il est évident que nous ne réussirons pas à réunir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle", a expliqué l'ex-garde des Sceaux lors d'une déclaration à la presse.
  • Oscillant autour de 4 % d'intentions de vote dans les sondages, la désormais ex-candidate à l'élection présidentielle n'avait recueilli mardi que 181 signatures d'élus, à trois jours de la date limite des dépôts des parrainages. "Il faut que l'élection présidentielle soit débarrassée de ce filtre obsolète", a-t-elle affirmé à propos du système des parrainages ajoutant que "ce dispositif administratif est à bout de souffle".
  • Christiane Taubira a par ailleurs annoncé qu'elle fera connaître son "vote du premier tour" au cours des "prochaines semaines". 
  • Candidate à l'élection présidentielle depuis sa victoire à la Primaire populaire le 15 janvier dernier, l'ancienne garde des Sceaux a échoué dans sa volonté d'union de la gauche derrière sa personne. Malgré les efforts du collectif de citoyens Taubira pour 2022, Anne Hidalgo et le Parti socialiste auraient "fait pression" pour l'empêcher d'obtenir ses signatures, selon son entourage. Également mis en cause, le Parti radical de gauche (PRG), s'est retiré de la campagne le 14 février, emportant avec lui son réseau de 170 promesses de signatures et son soutien financier. 
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Christiane Taubira retire sa candidature à l'élection présidentielle

Christiane Taubira retire sa candidature à l'élection présidentielle - Christiane Taubira ©François Mori/SIPA

Chronique de campagne du 2 mars. 15h06. Christiane Taubira a annoncé ce mercredi 2 mars son retrait de la campagne pour l’élection présidentielle. Lors d’une conférence de presse, l’ancienne garde des Sceaux a mis un terme à "l'inutile suspense", malgré la "grande mobilisation des bénévoles de l'équipe Taubira 2022". "Il est évident que nous ne réussirons pas à réunir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle", a-t-elle expliqué. Saluant ses militants présents, elle a estimé que son échec à rassembler des parrainages a été provoqué par le système de parrainages devenu un "filtre obsolète" dont il faut se "débarasser". Christiane Taubira a fustigé les "vieux partis qui n'en finissent pas d'agoniser" et qui "n'ont plus que leur capacité de nuisance". L’entourage de Christiane Taubira accuse en particulier Anne Hidalgo et le Parti socialiste d’avoir fait pression sur des élus pour l’empêcher d’obtenir ses signatures. Le Parti radical de gauche (PRG) est également dans le collimateur de la désormais ex-candidate à la présidentielle après son désengagement de la candidature de Christiane Taubira le 14 février dernier, emportant avec lui son réseau de 170 promesses de signatures et son soutien financier. 

Des problèmes de parrainages qui avaient fait dire à Christiane Taubira lors de son dernier meeting, dimanche dernier à Rennes, qu'elle avait "un petit problème de parrainages" avant d'annoncer, lundi 28 février, que son agenda serait entièrement consacré cette semaine "à la collecte des parrainages". Selon la dernière actualisation du Conseil constitutionnel du 1er mars, elle avait recueilli seulement 181 signatures d'élus sur les 500 obligatoires à quelques jours de la fin des collectes. La fin de sa candidature était quasi actée. Déjà candidate en 2002 et créditée de 2,32 % des voix au 1er tour, Christiane Taubira était revenue dans la course de la présidentielle 2022 en arrivant en tête de la Primaire populaire le 30 janvier dernier. Créditée de seulement 5 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, celle qui avait pour ambition de rassembler la gauche autour d’une candidature unique n'a jamais atteint son but. Malgré une réunion début février avec les équipes de campagne de Yannick Jadot (EELV), l’ex-candidate n’a pas apporté de soutien direct à un autre candidat. En revanche, elle a précisé qu’elle communiquerait sur son choix "dans les prochaines semaines".

Dernier sondage : Christiane Taubira affichée à 1,5% d'intentions de vote

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Chronique de campagne du 1er mars. 13h05. Le dernier sondage sur les intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle, réalisé par Harris Interactive pour Challenges et publié lundi 28 février, crédite Christiane Taubira de 1,5% des suffrages. L'ancienne garde des Sceaux arriverait très loin d'Emmanuel Macron et des candidats de droite, ne bousculant pas davantage les équilibres à gauche. 

Vantée comme celle qui aurait pu permettre à la gauche de s'unir, la candidature de Christiane Taubira à l'élection présidentielle est finalement venue s'ajouter à une toutes celles déjà annoncées. Si l'ambition de l'ancienne ministre de la Justice était de parvenir à organiser un projet commun, elle a fait face au refus catégorique de Yannick Jadot ou encore Jean-Luc Mélenchon. Malgré cet échec, elle ambitionne d'aller au bout après des mois où son immixtion dans la campagne apparaissait comme une Arlésienne. Mais loin de rebattre les cartes à gauche, elle semble simplement faire varier les résultats possibles des autres prétendants, à la marge.

La course contre la montre impossible de Christiane Taubira

Chronique de campagne du 24 février. 17h16. La présidentielle de 2022 s'éloigne de plus en plus, jour après jour, pour Christiane Taubira. A huit jours de la clôture des parrainages, elle n'en comptabilise que 128 sur les 500 nécessaires. Ce tableau tranche avec la victoire incontestable de l'ancienne garde des Sceaux de François Hollande à la Primaire populaire il y a un peu plus de trois semaines. Auprès du journal Ouest France, Christian Paul, chargé de projet de Christiane Taubira, reconnaît : "Nous sommes très lucides sur la difficulté, personne ne pratique la position de l’autruche." Pour autant, il affirme qu'une centaine de personnes se dépassent jour et nuit pour appeler les élus ou les rencontrer afin de recevoir les précieuses signatures. Et les militants sont plutôt optimistes, comme Léanie Buaillon, porte-parole du comité Taubira pour 2022, qui affirme : "On est mobilisés à 200 % sur les parrainages et les retours sont plutôt bons", et ce malgré "la pression de malade" que font subir certains sur les élus. Christian Paul parle même "d'intimidation" et pointe du doigt le "blocage des parrainages opéré par l’équipe d’Anne Hidalgo et une partie du Parti socialiste". Même si, pour le chargé de projet, le principal problème, c'est la mise en retrait du Parti radical de gauche : "On ne pouvait pas l’anticiper, c’est une difficulté supplémentaire." Il essaie toutefois de voir le bon côté des choses : "Si ça peut éviter qu’on raconte qu’elle est la candidate du PRG, ça nous arrange. Ça nous rend encore plus libres et encore plus citoyens." Soutenue par la Primaire populaire, Christiane Taubira pourrait bien, donc, ne pas pouvoir participer à la présidentielle. Un véritable "problème démocratique" selon Victor Grezes, nouveau directeur politique de la primaire populaire : "Il y a un problème démocratique à ce qu’une candidate qui a été choisie par 400 000 citoyens ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle."

Christiane Taubira parle orientation et santé devant la jeunesse

Christiane Taubira parle orientation et santé devant la jeunesse - Christiane Taubira ©Jacques Witt/SIPA

Chronique de campagne du 22 février. 16h48. C'est devant la jeunesse que Christiane Taubira a déroulé une partie de son programme présidentielle ce mardi 22 février. Une centaine de jeunes âgés de 15 à 25 ans réunis à l'occasion de la journée "des candidats & des jeunes" organisée par France Inter ont interrogé la candidate de la gauche sur les sujets qui les préoccupent le plus, l'orientation et la santé sont largement revenus dans la discussion. L'orientation des jeunes est un enjeu clé puisqu'elle permet de faire la passerelle vers la professionnalisation des étudiants français et Christiane Taubira s'est montrée très critique par rapport à la plateforme Parcoursup dont elle pense "beaucoup de mal". Elle envisage de créer un nouveau dispositif pour la remplacer et insiste sur deux points : le rétablissement de la hiérarchie des choix des étudiants pour permettre d'apporter "des réponses plus adaptées" à leur envie et leur souhait de formation, et surtout l'anonymisation des lycées d'origine car ce facteur est souvent utilisé comme filtre pour "évacuer systématiquement" certaines catégories d'élèves selon l'ancienne garde des Sceaux. "Il y a des circuits qui sont réservés à certaines catégories d'élèves", regrette Christiane qui précise que cette stigmatisation des élèves est effective dès l'école maternelle. Enfin l'autre point faible de Parcoursup est le délai de réponse souvent trop long pour les étudiants, la candidate estime que le dispositif d'orientation postbac doit être en mesure de donner une réponse à l'étudiant "au moins un mois avant la rentrée".

Sur la santé, la candidate indique d'emblée son objectif : "Je propose l'assurance que le service public de santé soit à moins de 30mn de trajet". Elle reconnait que cette réorganisation "suppose des recrutements mais aussi des décisions pour la lutte contre les déserts médicaux". L'essentiel de son projet repose sur l'adoption et le développement de la "formule intermédiaire" que sont les centres de santé. Christiane Taubira dit en avoir visité plusieurs et semble convaincue par leur fonctionnement avec des médecins salariés. En outre, la candidate de la gauche précise aussi que des centres médicaux doivent être installés à proximité des villes et en collaboration avec les collectivités territoriales, qu'il est nécessaire d'ouvrir 100 000 postes dans la santé publique sur les cinq prochaines années et que de nouveaux hôpitaux doivent être créés.

En savoir plus

Quand Christiane Taubira s'est elle déclarée candidate à l'élection présidentielle ?

Dimanche 30 janvier 2022, Christiane Taubira a été déclarée gagnante de la Primaire populaire, initiative citoyenne qui visait à investir le candidat capable de "faire gagner l'écologie et la justice sociale" à la présidentielle. Elle a devancé Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Le scrutin voulait aussi permettre l'union de la gauche, en vain. Et bien qu'elle ait déclaré dans une vidéo sur Twitter le 17 décembre 2021 qu'elle ne "serai[t] pas une candidate de plus", Christiane Taubira s'est bel et bien présentée à l'élection présidentielle. Si l'ex-garde des Sceaux avait l'espoir de rassembler toute la gauche derrière elle, les fins de non-recevoir opposées par tous les autres prétendants ne l'ont pas poussé à se retirer mais, au contraire, à aller au bout.

Quels sont les résultats de Christiane Taubira dans les sondages ?

Testée dans les sondages depuis début décembre et plus régulièrement depuis début 2022, Christiane Taubira n'a jamais décollé selon les résultats des intentions de vote dévoilés par les divers instituts. L'ancienne garde des Sceaux ne recueillait qu'autour de 4 à 5% des voix, soit un peu plus que le score qu'elle avait réalisé en 2002 (2,32%). Elle apparaissait donc loin d'être la candidate capable de sortir la gauche du marasme, se positionnant derrière Jean-Luc Mélenchon et au coude-à-coude avec Yannick Jadot.

Quel est le programme de Christiane Taubira pour la présidentielle ?

Les grandes lignes du projet présidentiel de Christiane Taubira ont été dévoilées au fil des semaines, mais celle-ci n'a jamais publié de programme complet. Parmi les principaux axes de ce programme ont figuré la jeunesse, la justice sociale, l’écologie et la République :

  • Pour la jeunesse, Christiane Taubira promet un revenu étudiant de 800 euros pendant cinq ans. Un capital de 20 000 euros permettant à "chaque jeune de lancer une activité quel que soit sont parcours scolaire grâce à un adapté et conditionné à la solidité du projet" fait aussi partie de ses propositions. Plus généralement, Christiane Taubira entend  accompagner l’ensemble des jeunes sortis sans qualification du système scolaire afin de leur assurer des conditions de vie dignes et leur permettre de bénéficier d'un appui adapté à leurs besoins.
  • Pour la justice sociale, une revalorisation du SMIC à 1400 euros, un impôt de 1% à partir de 10 millions d'euros de patrimoine et jusqu'à 3% à partir d'un milliard d'euros de patrimoine afin de récolter "20 milliards". Elle veut "toucher" aux droits de succession pour "faire en sorte que les personnes qui ont travaillé toute leur vie puissent léguer sans avoir à payer". Christiane Taubira entend aussi recruter 100 000 soignants.
  • Pour l'écologie, Christiane Taubira a exprimé son intention de mettre en place une TVA à 0% pour les produits issus de l'agriculture biologique au niveau européen. "Pour que les Français puissent passer au véhicule électrique", elle veut aussi augmenter le bonus écologique sous conditions de ressources. Elle se dit par ailleurs opposée au nucléaire et envisage un référendum sur le sujet.
  • Pour la République, l'ancienne ministre de la justice propose d'abord de travailler sur l'éducation. "Pour les écoles hors contrat, nous allons veiller à ce qu’elles respectent les valeurs et les principes de la République et prendre les dispositions nécessaires en cas de constat de non-respect de ces valeurs", a notamment affirmé la candidate qui s'est aussi exprimée sur la sensibilisation des élèves aux inégalités et aux violences sexuelles dès le plus jeune âge.

Dans une tribune publiée dans Le Monde le 29 décembre, Christiane Taubira disait également vouloir "stimuler et accompagner la recherche, dans le temps et dans l’instant", mais aussi "s’atteler pour de bon à rénover les millions de logements thermiquement défaillants", "promouvoir l’économie solidariste et performante, réguler les géants du numérique, protéger activement les données personnelles, contenir la violence ordinaire qui parasite les réseaux sociaux", tout en luttant contre "le choc climatique [qui] est déjà l’affaire de ce siècle et [qui] appelle des choix drastiques".

La campagne de Christiane Taubira sur Twitter

Biographie de Christiane Taubira

Christiane Taubira est née le 2 février 1952. Originaire de Cayenne et issue d'une famille de six enfants, elle a été élevée par sa mère, aide-soignante. Elle étudie l'économie et l'agro-alimentaire à Paris et Bordeaux avant de devenir professeur de sciences économiques en 1978. Elle cofonde la Confédération caraïbe de la coopération agricole, qu'elle dirige de 1982 à 1985. Elle rejoint également l'Office de coopération et de commerce extérieur de la Guyane.

En 1993, elle fonde Walwari, parti politique guyanais basé sur des idées socialistes et se fait élire députée de la 1ère circonscription de la Guyane. Après avoir soutenu le gouvernement Balladur cette même année, elle rejoint le groupe République et liberté, puis Énergie radicale (qui deviendra le Parti radical de gauche) et est élue députée lors des élections européennes de 1994. Elle gardera son siège jusqu'en 1999.

Apparentée au Parti socialiste de 1997 à 2001, Christiane Taubira est choisie pour représenter le Parti radical de gauche à l'élection présidentielle de 2002. Elle en devient alors la première vice-présidente. En 2004, elle se présente aux élections européennes, en tête de la liste 'Europe fraternelle', mais n'obtiendra que 1,54 % des voix. Lors de l'élection présidentielle de 2007, le PRG ne présentera aucun candidat, préférant une alliance avec le Parti socialiste.

Christiane Taubira soutient donc la candidature de Ségolène Royal en tant que 'déléguée à l'expression républicaine'. Réélue députée de Guyane en 2007, elle participe aux élections régionales en 2010, mais échoue face à Rodolphe Alexandre. La même année, elle choisit de soutenir Arnaud Montebourg, candidat aux primaires socialistes pour l'élection présidentielle de 2012. Christiane Taubira est connue pour ses prises de position pour la reconnaissance par les instances européennes de la traite négrière et de l'esclavage comme crime contre l'humanité, mais aussi pour son opposition au projet de loi relatif au port de signes religieux dans les écoles publiques, préférant une réponse pédagogique plutôt que législative.

En 2012, elle devient ministre de la Justice et Garde des sceaux. Elle est notamment à l'origine de la loi sur le mariage pour tous adoptée en 2013. Début 2016, elle claque la porte de son ministère, laissant sa place à Jean-Jacques Urvoas. Christiane Taubira expliquera sa démission par son désaccord avec le gouvernement au sujet de la déchéance de nationalité.

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