Cellules souillées, repas jugés insuffisants : les conditions de vie des mineurs à la prison de Marseille dénoncées
Des conditions d'incarcération "gravissimes", entrainant des "atteintes graves aux droits des adolescents détenus". C'est le constat dressé par la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, et cinq inspecteurs après une visite inopinée à l'établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille-La Valentine, du 7 au 11 juillet.
Dans une note adressée au ministère le 31 juillet et rendue public le vendredi 29 août, elle demande "la fermeture, au moins partielle" de l'EPM. Une recommandation "très rare", mais elle estime à l'AFP qu'il faut "fermer pour rouvrir dans de meilleures conditions". Dominique Simonnot appelle à prendre "des mesures urgentes" face "à l'indignité des conditions matérielles de prise en charge des mineurs détenus", et "aux conséquences catastrophiques de la démobilisation et de l'absence du personnel pénitentiaire et éducatif". En réponse, le garde des Sceaux Gérald Darmin a affirmé jeudi 28 août avoir "diligenté une inspection de l'établissement confiée à l'inspection générale de la justice".
Des enfants "laissés à l'abandon"
L'établissement, qui compte 59 places pour des garçons de 13 à 18 ans, offre des conditions de détention jugées "gravissimes". Le rapport montre, photo à l'appui, des murs de cellule "couverts de graffiti, dont la couleur et la texture évoquent parfois de la matière fécale ou du sang". Les salles d'eau, normalement privatives, sont dépourvues de portes. "Tous les matelas sont en mauvais état", parfois réduit à un simple morceau de mousse, sans housse ni draps.
Les adolescents ne reçoivent pas de produits d'hygiènes et doivent tout acheter à distance. Les appels sur téléphones fixes sont soumis à "des tarifs prohibitifs", selon Dominique Simonnot, qui recommande la gratuité des appels. Lors des étés parfois caniculaires à Marseille, les rideaux sont "interdits" sur les fenêtres des cellules et seuls les jeunes reconnus sans ressource peuvent obtenir un ventilateur gratuitement. Quand aux repas, ils sont décrits comme insuffisants, plusieurs mineurs disant "avoir constamment faim".
La contrôleure a aussi constaté une pratique "dégradante" dite de "mise en grille" : enfermer un adolescent pendant "une demi-heures à cinq heures" dans des "locaux barreaudés, dépourvus d'assise, de point d'eau potable et de W-C, où aucune surveillance continue n'est assurée". Dominique Simonnot exige que cette méthode soit "immédiatement et définitivement proscrite".
Ces "enfants sont laissés à l'abandon, enfermés 23 sur 24" alerte le rapport. "Il n'y a plus de profs", alors que l'enseignement reste obligatoire pour les mineurs incarcérés et doit être assuré au sein de la prison. "Il n'y a plus de surveillants, il n'y a plus rien", déplore la contrôleure, appelant l'administration pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse à donner "au personnel les moyens de répondre aux besoins des mineurs détenus ".
La réponse du ministère
Dans sa réponse, le ministre de la Justice assure que des travaux ont été effectués entre 2024 et 2025, mais que "les fortes dégradations" sont commises par les mineurs eux-mêmes. "Une à deux unités" de la prison fermeront en septembre pour "la réfection progressive des cellules", poursuit Gérald Darmanin. Le ministère estime que les rations alimentaires sont conformes et que "l'unité sanitaire n'a jamais alerté la direction de la structure d'un amaigrissement inquiétant d'aucun mineur lié à son alimentation".
Concernant "la mise en grille", le ministre précise qu'elle "venait répondre exceptionnellement à l'absence, au sein des unités, de salle d'attente permettant de séparer des mineurs lors d'incidents". Il assure que "l'arrêt immédiat" de cette "pratique locale" a été "acté" le 20 août.
Les EPM sont des "structures pénitentiaires", combinant "mesures de sécurité et actions éducatives". Les équipes intervenantes se composent de surveillants pénitentiaires, d'éducateurs de la PJJ, d'enseignants de l'Éducation nationale et de personnels de santé. Mais cette EPM fait face à un manque criant de personnel. Selon l'Observatoire internationale des prisons (OIP), "pour l'année 2024, la direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille évoque un taux d'absentéisme de 42,6 %", chaque agent cumulant "en moyenne 112 jours d'absence par an, pour congé maladie ou arrêt de travail, en 2023, et 81 l'année précédente". Ce fort taux d'absentéisme entraine aussi bien le "surenfermement" que la privation de scolarité, selon la CGLPL et l'OIP.