Luc Besson : que disent les témoignages qui l'accusent d'abus sexuels ?

Luc Besson : que disent les témoignages qui l'accusent d'abus sexuels ? LUC BESSON - Mediapart publie ce mercredi 28 novembre cinq nouveaux témoignages de femmes qui affirment avoir été les victimes de Luc Besson qui aurait eu envers elles des comportements sexuellement inappropriés.

[Mis à jour le 29 novembre 2018 à 17h11] Plus d'un an après le scandale Harvey Weinstein et plusieurs mois après les précédentes accusations pesant sur Luc Besson, le réalisateur du Cinquième Elément et plus récemment de Valérian et la Cité des mille planètes fait de nouveau l'objet d'accusations. Ces accusations, publiées par Mediapart le mercredi 28 novembre 2018, viennent de cinq femmes différentes qui expliquent avoir toutes été victimes de comportements sexuels déplacés de la part du cinéaste à l'origine de la création de la Cité du Cinéma à Saint-Denis. Dans le journal d'investigation en ligne, on peut lire que les témoignages de ces cinq femmes évoquent des faits de gravité différente mais que "leurs récits se recoupent sur plusieurs points. La plupart décrivent, a minima, des comportements déplacés, similaires et répétitifs de Luc Besson envers de très jeunes femmes travaillant, ou susceptibles de travailler avec lui." Parmi ces témoignages, on retrouve celui d'une ancienne assistante de Luc Besson qui décrit avoir subi trois rapports non consentis.

"Un chantage pour me mettre dans son lit"

Une des femmes qui accuse Luc Besson d'abus sexuel est une ex-employée d'EuropaCorp, la société de production créée par le réalisateur. Elle pointe du doigt le cinéaste qui aurait "manipulé la jeune fille qu'[elle] étai[t]" au moment des faits présumés. Elle l'accuse d'avoir "opéré un chantage pour [la] mettre dans son lit." Témoignant sous le plus strict anonymat, elle se fait appeler Ananda pour éviter qu'on la reconnaisse. La rencontre entre Ananda et Luc Besson se fait à une époque où, "très jeune", elle connaît de gros problèmes. Sans job, sans logement, elle est obligée de laisser ses enfants en bas âge à la garde d'un proche. Pour tenter de sortir la tête de l'eau, elle envoie un appel à l'aide à ses contacts. Luc Besson est un des premiers à répondre. Un rendez-vous est pris pour "prendre le thé", puis un déjeuner qui devient un dîner. Lorsqu'Ananda arrive à l'hôtel Meurice, seul un mot l'attend, signé de la main de Luc Besson qui lui propose de se préparer une "soirée de princesse". Il est ponctué d'un petit cœur.

"Naïvement, je me suis dit qu'il avait peut-être pris une chambre pour me la laisser comme il savait que j'étais en galère. Jamais je n'ai pensé que j'allais passer à la casserole." Le réalisateur serait arrivé plus tard dans la chambre, et aurait commandé à dîner via le room service et expliqué à la jeune femme qu'il souhaitait devenir son "protecteur" et lui trouver un boulot rapidement. D'après son témoignage, elle explique qu'elle "étai[t] au fond. Il le savait et il jouait là-dessus. [...] C'est là que la manipulation a commencé." Par la suite, Luc Besson aurait été plus familier, lui proposant de lui faire un "petit bisou" ou de s'asseoir sur ses genoux. Pétrifiée, elle s'exécute. Dans les colonnes de Mediapart, Ananda explique qu'elle ne se souvient pas de ce qui s'est passé pendant cette soirée, qu'il ne lui reste que le sentiment "qu'un truc pas clair s'était passé." Quelques jours plus tard, elle obtient un job en tant qu'assistante de direction pour Luc Besson, un haut statut qu'elle n'attendait pas mais qu'elle s'expliquera plus tard comme une volonté du cinéaste d'avoir "toujours un œil sur [elle]".

Le témoignage se poursuit dans Mediapart et livre plus de détails encore sur les rencontres entre la désormais assistante de direction et l'homme qui se fait appeler "Mister B." ou "Mister Big". Elle explique avoir eu d'autres relations qu'elle déclare non consenties avec Luc Besson. Une journée après son embauche, le réalisateur l'aurait réveillée en pleine nuit pour avoir une relation sexuelle avec elle. "Je me suis dit 'fais l'étoile de mer', tu laisses faire et tu te dis que ça va passer." Par la suite, le réalisateur et fondateur d'EuropaCorp aurait profité de sa proximité hiérarchique pour avoir les mains baladeuses sur leur lieu de travail. Ananda affirme avoir eu une troisième relation sexuelle avec Luc Besson sans lui avoir donné son consentement. Elle en a même fait une note dans son agenda car le réalisateur "ne mettait pas de préservatif, je voulais m'en rappeler au cas où."

Dans son témoignage, Ananda explique une des questions importantes du consentement dans ce genre d'affaires. En effet, est-il bien véritablement possible à une femme de dire non à quelqu'un qui a le pouvoir de faire ou de défaire sa carrière en à peine quelques jours ? Les différents témoignages publiées dans la presse depuis le scandale Weinstein nous montrent bien que c'est une question compliquée, d'autant plus lorsqu'on est une jeune femme qui peine encore à se faire sa place dans le milieu, ô combien concurrentiel, du cinéma.

D'autres femmes, anciennes élèves de l'école de la Cité du cinéma expliquent avoir connu des situations éprouvantes face à Luc Besson. L'une d'entre elles, stagiaires pendant un mois sur le tournage de Valérian et la Cité des mille planètes, a dû faire face à un réalisateur un peu trop à l'aise. Dans son récit, elle explique qu'il lui aurait souvent demandé des bisous ou de s'asseoir sur ses genoux. Ce côté tactile l'a beaucoup gênée, à tel point qu'elle explique être parfois arrivée sur les lieux avec "la boule au ventre".

Durant son enquête, Mediapart a aussi eu l'occasion de parler à des femmes qui n'ont jamais connu de gestes déplacés de la part de Luc Besson. C'est le cas de la directrice de casting Swan Pham, qui a travaillé sur de nombreux films du réalisateur. Elle explique que le cinéaste "n'a jamais eu un geste ni quoi que ce soit de déplacé." Elle va même plus loin en expliquant qu'elle a elle-même "parfois dû retenir des jeunes filles qui par hasard s'égaraient dans son bureau personnel pour le voir."

Luc Besson n'a pour l'heure pas réagi officiellement à la publication de ces nouveaux témoignages dans les colonnes de Mediapart. Suite à la plainte déposée par Sand Van Roy, le réalisateur avait fermement démenti les allégations qui pesaient contre lui. On sait toutefois que le cinéaste a été entendu par la police judiciaire sans toutefois être placé en garde à vue. L'avocat de Luc Besson a déclaré au mois d'octobre que son client et lui attendent désormais "la suite qu'entendra donner le parquet à cette affaire. Nous sommes en enquête préliminaire."

Si cette affaire n'est pas sans rappeler le scandale Weinstein qui a éclaté en octobre 2017, Luc Besson a toujours démenti les allégations qui pesaient contre lui, contrairement au producteur hollywoodien qui a fini par expliquer qu'il avait besoin de se faire soigner. Au moment de l'éclatement de l'affaire Harvey Weinstein, Luc Besson avait d'ailleurs commenté son point de vue à l'aide d'une photographie de lui et de Cara Delevingne (actrice principale de Valérian et la Cité des mille planètes) et d'une légende : "La différence entre l'affection et le harcèlement". Ce cliché, publié le 17 octobre 2017, a depuis été exhumé par certains internautes à la lumière des accusations qui pèsent désormais sur le réalisateur français.

La plainte de Sand Van Roy contre Luc Besson

Ce n'est pas la première fois que Luc Besson fait face à des accusations de ce type. En mai dernier, la comédienne Sand Van Roy portait plainte contre Luc Besson pour viol, en accusant le metteur en scène de l'avoir droguée. Elle expliquait à l'époque à Europe 1 qu'elle buvait un thé au Bristol dans le huitième arrondissement de Paris, avant de se sentir mal et que le réalisateur ne l'emmène dans une chambre de l'hôtel de luxe alors qu'elle était inconsciente. Suite aux analyses toxicologiques, Luc Besson a été mis hors de cause par les enquêteurs chargés de l'affaire. Le mercredi 18 juillet 2018, la chaîne d'information en continu BFMTV a décroché une exclusivité en diffusant l'interview de Sand Van Roy, qui livre sa version des faits. "J'avais peur de mourir, ça n'était jamais allé aussi loin. C'était crescendo. Et même le lendemain, j'avais tellement de douleurs que je suis tombée dans les pommes. Et quand c'est aussi violent, ça s'appelle un viol", martèle l'actrice. J'ai dit 'arrête', je lui ai dit clair et net. C'est pas juste 'non', c'est aussi pleurer, c'est aussi vomir. Il m'a imposé des actes sexuels très humiliants. J'ai montré mon dégoût, j'ai montré que je n'en avais pas envie. C'est aussi un 'non'."

Une semaine plus tôt, Mediapart révélait qu'une ancienne directrice de casting aurait écrit au procureur de la République de Paris afin de dénoncer des agressions sexuelles qu'elle aurait subies dans les années 2000 par Luc Besson. Mediapart révélait que cette directrice de casting aurait trouvé le courage de parler grâce à la plainte de Sand Van Roy. "Enfin, quelqu'un parle. Allez, j'y vais moi aussi" explique cette femme âgée de 49 ans, dont l'identité reste secrète, mais qui aurait travaillé cinq ans aux côtés de Luc Besson. "Fréquemment, Luc Besson me demandait, en présence du technicien, de lui faire une fellation, ce que je refusais systématiquement [...] Il me prenait aussi souvent sur ses genoux [...] À chaque fois que nous prenions l’ascenseur ensemble, il m'embrassait de force, me mettant sa langue dans sa bouche, et bien que je le repousse, il me prenait dans ses bras et me touchait les seins et les fesses".

Ce n'est pas la seule femme à témoigner dans la première enquête de Mediapart publiée en juillet 2018, puisqu'une autre affirme avoir vécu un rendez-vous étrange avec Luc Besson dans la chambre d'un hôtel à Los Angeles "au lieu d'avoir le rendez-vous dans le hall d'entrée, dans le salon comme on fait souvent". Elle poursuit : "Il n'a même pas terminé de fermer la porte qu'il s'est jeté sur moi, pour me toucher ou pour m'embrasser. Ma seule façon de sortir, c'est de me jeter au sol. Et ça je m'en souviens vraiment très bien, car je me suis laissé tomber sur le sol et à quatre pattes jusqu'à la porte pour pouvoir me lever et sortir en courant". Un témoignage qui n'est pas sans rappeler ceux de l'affaire Harvey Weinstein.

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Luc Besson : la biographie

Luc Besson est né à Paris en 1959, mais il n'a pratiquement pas vécu dans la capitale pendant son enfance. Il a en effet suivi pendant plus de quinze ans ses parents, professeurs de plongée, autour de la Méditerranée entre les côtes grecques, italiennes ou yougoslaves. Passionné par la mer, c'est tout naturellement qu'il s'engage à suivre la trace de ses parents en tant que biologiste marin spécialisé dans les dauphins, mais un grave accident de plongée réduit à néant ses espérances. A 17 ans, celui-ci apprend qu'il ne pourra plus jamais plonger et que l'accident aurait pu lui coûter la vue.

Les premières expériences

Le retour sur les bancs du lycée n'est donc pas facile pour le jeune Luc Besson. Pourtant, c'est à cette époque que l'adolescent va développer un goût certain pour le cinéma, se mettant à dévorer tous les films des cinémathèques, partir aux Etats-Unis pendant trois ans pour approcher les plateaux de tournage au travers de petits boulots souvent ingrats, ou encore rejoindre tous les soirs le multiplexe de Chambéry pendant son service militaire. Il trouve immédiatement après quelques petits boulots : stagiaire pour Pialat, Arcady, il réalise également quelques clips pour développer ses propres techniques de mise en scène. Au fur et à mesure de ces expériences, il fait la rencontre de Pierre Jolivet avec qui il sympathise, et les deux compères créent ensemble la boîte de production Les films du loup.

Le triomphe du Grand Bleu

Dès son premier court métrage, L'Avant dernier (1981), la future "famille" Besson se compose : Jean Reno devant la caméra (rencontré sur le tournage des Bidasses aux grandes manœuvres) et Eric Serra, qui composera la musique de tous ses films. Son premier long métrage, Le Dernier combat (1983, réunissant à nouveau Pierre Jolivet, Jean Reno et Eric Serra), est nommé aux Césars 1984 dans la catégorie Meilleure première œuvre. Puis vient Subway (1985), film policier réunissant Isabelle Adjani et Christophe Lambert, qui est son premier vrai succès avec un peu moins de trois millions d'entrées. Mais que dire alors du triomphe du Grand Bleu, réunissant plus de neuf millions de spectateurs, devenu le film culte de toute une génération ?

Cinéaste français incontournable

Se revendiquant d'une certaine influence américaine, Luc Besson aborde ensuite deux films noirs et nerveux, Nikita en 1990 et Léon en 1994. Vus en France par plus de trois millions et demi de spectateurs chacun, ces films lui permettent également de réaliser une percée certaine sur le marché américain. Le Cinquième Elément (1997), film de science-fiction plongeant Bruce Willis dans un univers futuriste coloré, réalise également une jolie carrière au box-office outre Atlantique, et permet au cinéaste de remporter le César du Meilleur réalisateur.Scénariste et producteur de la plupart de ses films, son succès l'amène aussi à produire pour d'autres réalisateurs, jusqu'à l'ouverture de sa propre société de production et de distribution, EuropaCorp. Créée en 2001, celle-ci est à l'origine du Baiser mortel du dragon, Yamakasi et autres Taxi 3, mais également de titres plus confidentiels tels que La Turbulence des fluides, Tristan ou Peau d'ange.

Face aux critiques

Pourtant, Luc Besson doit dès lors faire face des adversaires virulents : les critiques. Déjà rarement épargné par le passé (l'ouverture du Festival de Cannes en 1988 avec Le Grand Bleu reste l'un de ses pires souvenirs professionnels), celui-ci est désormais régulièrement la cible des journalistes qui lui reprochent de remplir les salles avec des productions jugées faciles, calibrées et sans saveur. Par conséquent, public et professionnels sont tous très impatients d'assister à son grand retour derrière la caméra, qu'il n'a plus touché depuis Jeanne d'Arc en 1999, pour le très mystérieux Angel-A mettant en scène Jamel Debbouze en 2005 et le film d'animation Arthur et les Minimoys en 2006 et ses deux suites Arthur et la Vengeance de Maltazard en 2009 et Arthur 3, la guerre des deux mondes. En 2011, Luc Besson prend la direction du biopic consacré à la femme politique Aung San Suu KyiThe Lady avec Michelle Yeoh dans le rôle de la figure de l'opposition birmane. En 2013, il dirige le casting de rêve du film Malavita avec Tommy Lee Jones, Robert De Niro et Michelle PfeiferEn 2014, il engage Scarlett Johansson pour le long-métrage d'action Lucy, qui connaît un énorme succès au box-office mondial. Malheureusement, ce ne sera pas le cas en 2017 pour son Valérian et la Cité des mille planètes, qui a fait un flop monumental, alors qu'il s'agit du film français le plus cher de l'histoire du cinéma.

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