Didier Raoult : interrogé par BFMTV, le médecin fait le show

Didier Raoult : interrogé par BFMTV, le médecin fait le show Invité sur BFMTV le 3 juin, le Pr Raoult a multiplié les "petites phrases" et les propos polémiques. Le célèbre infectiologue fait par ailleurs l'objet d'un signalement auprès du parquet de Marseille.

[Mis à jour le 04 juin 2020 à 15h57] Le Pr Raoult, directeur de l'IHU de Marseille, était l'invité de Margaux de Frouville et Ruth Elkrief sur BFMTV mercredi 3 juin 2020. Interrogé sur "les soins avant la recherche", l'infectiologue a montré qu'il n'aimait pas être contrarié : "Chut ! Taisez-vous ! Vous m'avez posé une question, alors je vais vous répondre." Selon le Pr Raoult, il fallait gérer la crise du coronavirus "comme la guerre". Il a justifié : "Il y a un temps pour tout, pour le soin, gérer la crise et pour la recherche." "La déontologie du médecin, c'est soigner compte tenu de l'état de ses connaissances, de l'état de la science, en prenant le moins de risques possibles pour son patient", a insisté le chercheur.

Les deux journalistes ont également évoqué l'égotisme soupçonné du directeur de l'IHU. Dans une récente vidéo YouTube, ce dernier a assuré : "Moi je suis une star des maladies infectieuses, j'ai un cursus qui fait rêver à peu près n'importe qui. […] C'est moi, l'élite !" A l'antenne de BFMTV, il a rétorqué : "La mégalomanie, ceux qui en parlent sont ceux qui sont incapables de voir la grandeur. On peut toujours dire que de Gaulle ou Churchill étaient mégalomanes. Ça m'indiffère." 

Par ailleurs, d'après des informations du Canard Enchaîné, Didier Raoult a fait l'objet d'un signalement auprès du parquet de Marseille. Un confrère serait à l'origine de cette démarche. Il accuse le directeur de l'IHU d'avoir prescrit de l'hydroxychloroquine a des patients sans leur consentement. Cette pratique est contraire à la loi Jardé de 2012, qui prévoit une peine de trois ans d'emprisonnement et une amende de 45 000 euros. En conséquence, l'Agence nationale de sécurité du médicament a enquêté et conclu que les "modalités d'information et de traçabilité de la motivation de la prescription ne sont pas conformes aux exigences légales." Ainsi, l'ANSM a saisi le conseil national de l'Ordre des médecins. L'IHU de Marseille a certifié quant à lui avoir "respecté l'ensemble de la légalité."

Une nouvelle étude sur 3 737 patients 

Mercredi 27 mai 2020, le célèbre infectiologue a publié une nouvelle étude sur son protocole à base d'hydroxychloroquine (HC) et d'Azithromycine (AZ). "Nous rapportons rétrospectivement la prise en charge clinique de 3 737 patients, dont 3 054 (81,7 %) traités par HCQ-AZ pendant au moins trois jours et 683 (18,3 %) patients traités par d'autres méthodes ", est-il exposé sur le site de l'IHU de Marseille. L'âge moyen des sujets était de "45 ans, 45 % étaient des hommes et le taux de mortalité était de 0,9 %." Les auteurs ont insisté : "ni torsades de pointes (NDLR, troubles du rythme cardiaque), ni morts subites n'ont été à déplorer." Convaincue par leur réponse thérapeutique, l'équipe médicale a conclu : "Un diagnostic précoce, un isolement précoce et un traitement précoce avec au moins trois jours d'hydroxychloroquine-Azithromycine permettent d'obtenir un résultat clinique et une contagiosité nettement meilleurs chez les patients atteints de Covid-19 que les autres traitements." Selon eux, le prochain défi sera "le suivi à long terme du dépistage de la fibrose [NDLR : infection pulmonaire]."

Cette nouvelle publication intervient alors que le décret autorisant la prescription de chloroquine contre le coronavirus a été abrogé. Ce revers est conséquent aux résultats d'une étude sur la chloroquine dans la revue The Lancet. L'antiviral serait inefficace contre le Covid-19 et potentiellement toxique.

"L'avenir est toujours imprévisible"

Au-delà du sujet de la chloroquine, les avis tranchés et peu consensuels de Didier Raoult font polémique. Depuis plusieurs semaines, le chercheur assure que l'épidémie est "en train de se terminer". Il a récemmentr réaffirmé avec aplomb son positionnement. Le professeur a expliqué que la majorité des maladies saisonnières ont une courbe en "U" et que le Covid-19 n'y fait pas exception. D'après Didier Raoult, il n'y aura pas de seconde vague pour des raisons "très complexes et extrêmement difficiles à comprendre." Toutefois, interrogé sur une résurgence de l'épidémie à l'autonome, le virologue s'est montré prudent : "l'avenir est toujours imprévisible". 

Sur le plan politique, le directeur de l'IHU a salué la décision du gouvernement d'avoir mis en place le confinement. "Si le confinement a aidé à gérer la peur, alors c'était une très, très bonne décision politique. Ça a empêché des conduites dangereuses", a-t-il indiqué. Par ailleurs, le Pr Raoult a balayé toutes ambitions politiques. Il a asséné : "Si je devais faire de la politique, j'en aurais fait. C'est une insulte d'ailleurs de penser que je pourrais faire de la politique, parce que cela voudrait dire que je ne fais pas bien mon métier." 

"Une star mondiale"

Ce fils de médecin militaire est un homme d'idées et de positions, avant son exposition au grand public pour ses travaux sur la chloroquine. L'infectiologue avait émis des avis polémiques notamment sur le réchauffement climatique. Récemment dans l'Obs, il a justifié : "Je suis un stoïcien. La seule chose qui compte, c'est l'estime de moi-même. Avec mon expérience et celle de ma famille, même si la majorité des gens disent que quelque chose est vrai, je me donne le droit de douter et de tout remettre en cause. Le réchauffement climatique, à titre personnel, je ne le vois pas. Mon métier, c'est d'être lucide." En 2016, dans une tribune publiée dans Le Point, le directeur de laboratoire prenait position contre l'interdiction du voile dans les universités. "Mon laboratoire de la faculté de médecine de la Timone, à Marseille, compte actuellement 115 étrangers en stage de niveau thèse et post-doctoral. Parmi ceux-ci, des femmes portent un foulard, d'autres sont en minijupe et bas résille, et tous travaillent ensemble", avait-il clamé. 

Le professeur Raoult a un égo assez conséquent et il ne s'en cache pas. "Dans mon monde, je suis une star mondiale", avait-il déclaré dans La Provence fin mars. Et pour cause, son unité de recherche rassemble 207 chercheurs et produit 348 articles scientifiques par an en moyenne. Aussi, le microbiologiste a été lauréat du grand prix de l'Inserm 2010 pour ses travaux sur les pathogènes et la co-découverte de virus géants. 

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