Journée des droits des femmes : les manifestations en cours à Paris, les chiffres marquants...

Journée des droits des femmes : les manifestations en cours à Paris, les chiffres marquants... De nombreuses manifestations sont organisées ce dimanche 8 mars, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Plusieurs milliers de manifestantes et manifestants étaient notamment dans les rues de Paris. D'après une récente enquête du collectif #Noustoutes, 9 femmes sur 10 ont déjà été victimes de pression pour un rapport sexuel en France.

[Mis à jour le 8 mars 2020 à 16h34] Cette année, la Journée internationale des droits des femmes se déroule le dimanche 8 mars. L'événement est notamment porté par l'ONU, qui officialisait il y a plus de 40 ans (1977) cette date de mobilisation en faveur de l'égalité homme-femme à travers le globe. Une journée qui s'impose comme un symbole, à l'ère de la libération de la parole des femmes. Afin de marquer cette journée, et de protester contre les événements récents tels que les Césars, de nombreuses manifestations sont organisées en France et à l'international. La manifestation parisienne initiée par Nous Toutes partait par exemple de la place d'Italie à 14 heures. Une quarantaine de militantes Femen ont symboliquement nettoyé la place de la Concorde pour combattre la "pandémie patriarcale", indique Madame Figaro.

Néanmoins, malgré des progrès évidents, la partie n'est pas encore gagnée. 
Selon la dernière enquête du collectif #NousToutes, dédiée au consentement dans les rapports sexuels et menée en France auprès de 100 000 femmes, les faits sont accablants. 9 femmes sur 10 déclarent avoir déjà subi des pressions pour avoir un rapport sexuel, et cela est même arrivé plusieurs fois pour 88% d'entre elles. Parmi ces pressions, près de la moitié (49,1%) des femmes interrogées rapportent qu'elles ont été qualifiées de "frigides", "coincées", "chiantes", "pas normales" par leur partenaire. Enfin, 70% des femmes interrogées affirment avoir accepté un rapport sexuel sans envie, mais  "sans pression", un quart d'entre elles culpabilisant même de cette situation. 

Afin de marquer cette journée internationale des droits des femmes à sa manière, Oxmo Puccino a cédé les droits de sa chanson "Tendrement" à la Maison des femmes de Saint-Denis. Il a également mis en ligne le clip du morceau, comme le rapporte franceinfo. Figure du rap, Oxmo Puccino souhaite ainsi soutenir et faire connaître les actions de ce lieu d'aide aux femmes vulnérables ou victimes de violences. Dans ce titre, dédié "à nos femmes, nos filles et nos mères", on peut notamment entendre "Des milliers d'années de chemin de croix/Si difficile qu'on fête vos droits", "Avoir ce qu'on veut n'est pas facile/Tu prends le pouvoir mais reste fragile". 

"Violences psychologiques, physiques ou sexuelles" au cours de rapports

Mais il y a pire encore : 81,2% des femmes interrogées par le collectif #NousToutes rapportent avoir subi des faits de violence au cours d'un rapport. Des "violences psychologiques, physiques ou sexuelles au cours de rapports sexuels avec un ou plusieurs partenaires", rapporte le sondage. 74,6% des femmes interrogées ont déjà demandé à arrêter un rapport sexuel en cours, mais pour 38,2% d'entre-elles, le rapport s'est néanmoins poursuivi. De ce point de vue, l'entrée dans la sexualité est fondamental puisque celles qui sont le plus confrontées à des violences dans leur vie sexuelle sont aussi celles qui commencent leur vie sexuelle par un rapport non désiré. Et de ce point de vue également les chiffres restent alarmants : 1 femme sur 6 a indiqué que le début de sa sexualité s'est fait "par un rapport non consenti et désiré". "Dans 36% de ces cas, ce rapport a eu lieu avant 15 ans", précise la militante féministe Caroline de Haas, une des porte-paroles de #NousToutes.

La violence faite aux femmes est d'ailleurs protéiforme. Parmi les autres sujets qui sont mis sur le devant de la scène depuis plusieurs mois  en France figure ce décompte glacial de 123 femmes au moins décédées dans un contexte de violences conjugales en 2019, selon une étude de l'AFP. La première campagne de l'Hexagone pour lutter contre ce fléau date pourtant de 1989, mais la France fait encore partie des pays européens où l'on recense le plus de crimes conjugaux. Suite au Grenelle des violences conjugales de l'automne dernier, un rapport doit synthétiser les mesures à mettre en place par le gouvernement sur le terrain pour infléchir la tendance. ll doit être rendu en juin par le sénateur Roland Courteau.

Journée internationale des droits des femmes
Marche contre les violences faites aux femmes le 23 novembre 2019 à Lyon à l'appel du Collectif national pour les droits des femmes. © KONRAD K./SIPA

Premiers résultats de l'index de l'égalité salariale Femmes-Hommes

Quant à la question des inégalités salariales, une loi a été créée dans la première moitié du quinquennat Macron pour appliquer un index de l'égalité salariale Femmes-Hommes à toutes les entreprises d'au moins 50 salariés. Instauré il y a un an pour les grands groupes, puis élargi aux PME à la rentrée, ce dernier est calculé chaque année en fonction de 4 ou 5 indicateurs en fonction de la taille de l'entreprise (rémunérations, augmentations, promotions, congés maternités ou encore parité du top management). Si l'écart de salaire femmes-hommes est trop important, l'entreprise sera soumises à des pénalités financières.

Il est encore trop tôt pour savoir si ce nouvel index fera drastiquement baisser les inégalités (des écarts de salaire injustifiés persistent à hauteur de 9% entre hommes et femmes en 2020). Mais la ministre du Travail Muriel Pénicaud a d'ores et déjà décidé d'utiliser la stratégie du "name and shame" (nommer pour faire honte) histoire de faire bouger les entreprises qui n'auraient pas suffisamment évolué sur les douze derniers mois. Parmi les mauvaises élèves de la liste publiée ce jeudi semaine par le gouvernement, Derichebourg, Safran Electronics & Defense Cockpit Solutions, Securitas France, Foncia carrières et compétences ou encore Go Sport… Dix-neuf sociétés sont restées sous la note de 75 sur 100 cette année et le sont toujours. "Ces entreprises vont être contactées dans les prochains jours par la direction générale du travail (DGT) qui va leur rappeler la loi. Si dans deux ans elles conservent cette mauvaise note, elles s'exposent à une amende qui équivaut à 1% de la masse salariale chaque année", indique Muriel Pénicault. De quoi faire enfin changer les mentalités ?

Origines et histoire de la Journée des droits des femmes

Si les Nations Unies ont officialisé cette célébration (et sa date) en 1977 et qu'elle a été instaurée en France en 1982 par le Président François Mitterrand, l'origine de la Journée de la femme, devenue "Journée des droits des femmes", est à chercher plus loin dans le temps : à l'époque de la lutte des ouvrières pour de meilleures conditions de travail, et de celle des suffragettes pour le droit de vote, soit dans la première partie du XXe siècle. En 1957, le journal l'Humanité saluait le centenaire du 8 mars 1857, ce jour où "les ouvrières de l'habillement de la ville de New-York s'en allèrent défiler dans les rues, comme des hommes, portant pancartes et banderoles" pour des meilleures conditions de travail et le respect de leur dignité. En 1908, le 21 juin cette fois, c'était au tour de 250 000 suffragettes de réclamer le droit de vote des femmes à Londres. Une fin de 19e - début de 20e siècle au goût d'émancipation qui allait favoriser l'émergence de la Journée internationale du droit des femmes, des décennies plus tard. La première Journée internationale de la femme a eu lieu le 19 mars 1911 (en Europe et aux Etats-Unis) et plaidait déjà pour plus de droits.

Le vote des femmes. Affiche éditée par "l'Union Fraternelle des Femmes". Paris, 1925. © COLLECTION YLI / SIPA

Après la signature de la charte des Nations Unies à San Francisco en 1945 pour proclamer l'égalité des sexes comme droit fondamental, les manifestations se multiplient une fois par an dans le monde entier pour l'égalité hommes-femmes. Ces journées sont aussi l'occasion de bilans, notamment en chiffres, sur la situation du moment. Des associations de militantes en profitent également pour célébrer les récents acquis comme pour faire entendre les revendications qui restent à l'ordre du jour.

La date du 8 mars 

Le choix du 8 mars comme date dédiée aux droits des femmes nous vient quant à lui de la Russie communiste. En 1921, Lénine initiait déjà le 8 mars comme celle de la "Journée internationale des femmes", en mémoire de la première manifestation à avoir lancé la Révolution russe, en 1917. Cette année-là, les ouvrières russes avaient décidé de se mettre en grève le dernier dimanche du mois de février afin de revendiquer "du pain et la paix". C'était le 23 février, mais dans le calendrier julien... La date deviendra le 8 mars dans notre calendrier grégorien. Il faudra attendre 1977, en pleine séquence de détente entre les blocs de l'Est et de l'Ouest pendant la Guerre froide, pour que les Nations Unies adoptent ce jour du calendrier après avoir hésité entre plusieurs dates, comme celle du 19 mars, souvenir des premiers défilés aux Etats-Unis en 1911.

Pourquoi dit-on "Journée internationale des droits des femmes 2020" ?

Le 8 mars 2020 marque donc la 43e édition de ce rendez-vous dédié aux femmes depuis qu'il a été officialisé par l'ONU, en 1977. Mais attention de ne pas se tromper sur la formulation de l'événement : on parle bien aujourd'hui de "Journée internationale des droits des femmes" et non de "Journée de la femme". Une façon de se débarrasser une bonne fois pour toute des dérives observées par le passé et qui ont voulu faire de cette date une nouvelle opération commerciale, à grands coups de promotions pour les femmes, de bouquets de fleur ou de parfums offerts. Le mot "droits" est principalement utilisé en France, l’appellation onusienne étant "Journée internationale des femmes" (ou "International Women's Day"). Ainsi, cette journée n'est pas qu'une date de manifestations culturelles en tout genre, mais marque aussi des actions d'associations féministes et des manifestations syndicales, notamment en cette période de réforme des retraites susceptible pour certains d'aggraver les inégalités hommes/femmes.

Quel est le thème de la Journée des droits des femmes 2020 ?

Une thématique différente est désignée par l'ONU à chacune des éditions de la "Journée des femmes" ("Womens Day" en anglais). En 2020, la Journée internationale des droits des femmes a pour thème "Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes". Un thème étroitement relié à la nouvelle campagne plurigénérationnelle d'ONU Femmes, "Génération égalité", pour le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d'action de Beijing. Un plan d'action progressiste adopté en 1995 lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes organisée à Pékin, en Chine, à la manière d'une feuille de route en faveur de l'autonomisation des femmes et des filles à travers la planète. En 2020, la communauté internationale évaluera les progrès réalisés en terme de droits des femmes depuis l'adoption de ce fameux programme.

La Journée des droits des femmes en France

Chaque année, la "Journée de la femme" est l'occasion de colloques, soirées, visites, conférences, expositions, lectures, ateliers et forums, ou encore manifestations ou festivals. Le site 8mars.info regroupe un panel de sites web institutionnels qui vous informeront sur les événements à l'international ou en France, ceux des collectifs et des fondations comme ceux des organismes culturels. A vos souris !

Des événements programmés à Paris

Voici les principaux événements prévus dans la capitale lors de l'édition 2020 de la "Journée de la femme" :

  • Visite du Panthéon - Hommage aux femmes déportées (voir ici)
  • Conférence "1 heure, 1 femme d'influence" au mk2 Odéon (voir ici)
  • Visite thématique "Les femmes célèbres du Père Lachaise (voir ici)
  • La Basilique Saint-Denis à travers ses princesses et ses reines (voir ici)
  • Expo au Musée de l'Air et de l'Espace, spécial pionnières de l'aéronautique (voir ici)
  • Evénement "Femmes en révolution" à la Conciergerie (voir ici)
  • Balade guidée "Les femmes qui ont fait Montmartre (voir ici)
  • Week-end "Folles de pâtisserie" chez Fou de Pâtisserie (voir ici)
  • Tournée en moto pour les 10 ans de l'association "Toutes en Moto" (voir ici)