Rachida Dati : ses folles confidences au Monde

RACHIDA DATI - La maire du du 7e arrondissement de Paris s'est longuement confiée au journal Le Monde sur l'envers du décor de la vie politique, racontant notamment pourquoi sa fille Zohra a été menacée de mort.

[Mis à jour le 21 juillet 2017 à 23h38] "Ne me faites pas passer pour une dingue !". C'est la seule condition que Rachida Dati a posée aux deux journalistes du journal Le Monde Fabrice Lhomme et Gérard Davet. Le quotidien a consacré deux pages entières à l'ex-garde des Sceaux, dans son édition parue le jeudi 20 juillet. Le portrait de l'ancienne ministre fait partie d'une série de six personnalités, intitulée "Têtes brûlées". Christine Angot, Jérôme Lavrilleux et Cyril Hanouna ont également joué le jeu. Le Monde a titré "Rachida Dati, l'ingouvernable". Et sans surprise, l'actuel maire du 7ème arrondissement de Paris et député européenne a illustré le titre du portrait en lâchant ses attaques.

Sa réputation "d'intrigante" auprès des personnalités, la relation particulière qu'elle entretient avec l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, la traque de son propre gouvernement quand elle a accouché de sa fille Zohra Dati en 2009 pour savoir qui était le père, son "poing dans la gueule" à l'ex-ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux... Rachida Dati n'hésite pas à tout raconter dans un style direct et sans se soucier des éléments de langage. Même Nathalie Kosciusko-Morizet, pourtant désormais complètement hors-jeu politiquement parlant, en prend pour son grade. 

Rachida Dati mise sur écoute pour découvrir qui était le père de sa fille

L'article a été mis en ligne jeudi 20 juillet sur le site du Monde. La jeune femme, née d'un père marocain et d'une mère algérienne, ayant grandi avec ses 11 frères et sœurs dans la banlieue de Chalons-sur-Saône, commence l'interview en évoquant le décès de son père, disparu au printemps dernier. "Ma mère était sublime, mon père était charismatique, on l'appelait "Clemenceau". Il s'inquiétait quand il me voyait à la télé, il me disait : "Sors de ce milieu, ça nous a fait trop de mal, tu étais très bien quand tu étais magistrate." Maintenant, j'ai démystifié le pouvoir. On croit que tout est grave, mais non", relate la femme politique aux trois journalistes.

Elle raconte ensuite comment elle a gravi les échelons, le plus souvent au culot et avec abnégation. Une fois au sommet, tout n'a pas été rose, loin de là. La maire du 7e arrondissement de Paris a connu des heures compliquées suite à sa grossesse, en 2009. L'ancienne ministre accouche alors dans la plus grande discrétion... Ou presque. Le monde de la politique, lui, est bel et bien au courant de l'heureux événement et l'épie, allant jusqu'à la mettre sur écoute selon elle, afin de connaître la véritable identité du père. Elle menace alors de répandre cette nouvelle embarrassante auprès médias et se met en relation avec un avocat pour déposer plainte. Elle aura le dernier mot, puisque quelque temps après, Pierre Charon et Brice Hortefeux seront écartés du gouvernement.

"Je n'avais rien dit parce que c'était ma vie", confie-t-elle au journal. Après la naissance de Zohra Dati, en janvier 2009, certains sarkozystes vont aller jusqu'à envoyer des émissaires à l'hôpital dans le but de connaître l'identité du père et, qui sait, dévoiler une relation compromettante. Il faut dire qu'on évoque alors un émir qatari, un Premier ministre espagnol, plusieurs stars de la télé, de la politique et même une liste de huit amants... Selon elle, les proches du chef de l'État étaient "convaincus que [Rachida Dati avait] eu des aventures avec des hommes dangereux et qu['elle avait] pu être entretenue… " Pour la pousser à partir du gouvernement, elle raconte même avoir reçu des menaces de mort visant la petite Zohra. Rachida Dati finira par dévoiler le nom du principal intéressé : l'homme d'affaires Dominique Desseigne contre lequel elle se battra d'ailleurs pour une reconnaissance de paternité. 

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Non, Rachida Dati n'a pas couché avec Sarkozy 

Elle commente aussi son rapprochement de Nicolas Sarkozy, avant la campagne présidentielle de 2007 et la relation qu'elle a entretenue ensuite avec lui. Sur ce sujet, première mise au point : non Rachida Dati n'a pas eu de relation amoureuse avec Nicolas Sarkozy, comme la rumeur l'a longtemps laissé entendre quand elle fut portée au ministère de la Justice et par la suite. "On a dit qu'on avait couché ensemble, mais c'est absurde !", lâche-t-elle tout de go dans le Monde, sans plus de précaution verbale.

Et de poursuivre : "Je ne suis pas du tout son type. Il me tapait dans le dos comme un copain de régiment, et moi je l'appelais Jean-Claude Dusse". Rachida Dati décrit alors cette proximité amicale, presque de "bons potes", qu'elle entretenait avec le chef de l'État. Proximité gâchée, selon elle, par le premier cercle des sarkozystes qui a toujours vu d'un mauvais œil la percée de cette jeune "beurette" ambitieuse. Une "arriviste" qui sera même jugée "dangereuse" selon la narration qu'en fait la principale intéressée.

Son coup de poing dans la gueule d'Hortefeux 

Ce combat contre les proches de Nicolas Sarkozy fait l'objet de ses confidences les plus explosives au Monde. Rachida Dati raconte notamment qu'en avril 2010, échaudée par la surveillance et les tentatives d'intimidation de ces derniers, elle a menacé de tout balancer à la radio, sur RTL. Et même Nicolas Sarkozy aura droit à son coup de fil d'avertissement. Si elle garde un attachement viscéral pour l'ancien président, elle ne cache pas lui avoir mis le couteau sous la gorge dans ce moment de forte tension, sans finalement passer à l'acte : "En fait, [...] je lui écrase la figure puis je relâche le talon, pour qu'il ait bien compris le message". Une façon bien à elle d'échanger avec un président de la République... Dans les médias ou en coulisses, Rachida Dati se paiera en revanche sans hésiter les Charon, Squarcini, Hortefeux qui avaient leurs entrées à l'Élysée à l'époque.

Sur Brice Hortefeux, avec lequel l'animosité est de notoriété publique, les confidences sont encore un cran au-dessus. Rachida Dati raconte avoir été forcée de côtoyer le député européen, ancien ministre de l'Intérieur, lors de la dernière campagne présidentielle. "Parce qu'il fallait se réconcilier, je montais dans l'avion avec lui, mais je le saluais en disant : 'Bonjour, le guignol'", lâche l'actuelle maire du 7e arrondissement de Paris. Dans l'appareil, elle raconte aussi avoir lâché : "Vous ne trouvez pas que ça sent le nazi ici ?". Puis de s'esclaffer : "Le grand facho, il se cachait derrière son journal, les hôtesses étaient mortes de rire !"

Sans donner de date précise, Rachida Dati dit aussi en être venue aux mains avec son principal ennemi à droite : saluant explicitement "le facho" devant un ascenseur, Rachida Dati se serait entendue répondre de la part de Brice Hortefeux : "Ça va, intrigante". Un qualificatif qu'elle ne supporte pas. "Là, je me retourne et je lui mets un coup de poing dans la gueule, et il se mange le miroir !" (sic), se félicite l'ancienne garde des Sceaux dans le Monde. Rachida Dati conclut le récit de cette séquence ubuesque par l'intervention de Nicolas Sarkozy par téléphone, demandant à sa protégée d'arrêter de "chercher" son principal bras droit.

"Ce qui me vexe le plus, c'est qu'on dise que j'ai couché avec tout le monde"

Elle déclare également : "Ce qui les emmerde, c'est qu'ils ne savent pas avec qui je vis, je couche... Et il n'y a pas un homme politique qui peut prétendre avoir été avec moi". Lors de l'entretien, Rachida Dati s'agacera d'ailleurs à plusieurs reprises de sa réputation de femme qui "couche" pour faire carrière. "Pour trouver un job, je suis prête à tout", reconnaît-elle, mais "non, vraiment, courtisane ou intrigante, c'est pas ma nature".

Face aux mauvaises langues, Rachida Dati tient manifestement à mettre les points sur les "i" dans ce drôle d'échange avec les deux journalistes : "Ce qui me vexe le plus, c'est qu'on dise que j'ai couché avec tout le monde". "Il n'y a pas un homme politique qui peut prétendre avoir été avec moi". 

NKM aussi dans le viseur de Rachida Dati

Parmi les cibles de Rachida Dati dans cet entretien au contenu très peu conventionnel pour une personnalité politique, on trouve aussi Nathalie Kosciusko-Morizet. les deux femmes sont en froid depuis des années, notamment parce que rivales dans la capitale lors des dernières élections comme les municipales ou les dernières législatives (Rachida Dati espérait hériter de la circonscription très convoitée laissée par François Fillon, celle-ci a été servie sur un plateau à NKM). Dans Le Monde, Rachida Dati estime sans  vernis aucun que "NKM a toujours surfé sur la facilité".

"Humainement, je ne l'aime pas du tout", tranche même l'élue du 7e arrondissement qui décrit une femme à l'opposée de son parcours, "élevée comme la huitième merveille du monde". Et Rachida Dati enfonce le clou : "Tout ce qu'elle fait est parfait, et tout ce qui ne va pas, c'est la faute des autres. L'armoire de mon bureau a pour moi plus d'intérêt qu'elle". Ce n'est pas la première fois que la députée s'en prend à des membres de son propre parti. Surnommée la "tata flingueuse", elle n'hésite pas à "flinguer" : "C'est vrai [NKM] a une bonne image, c'est sûr qu'elle a une meilleure gueule que la mienne", déclarait-elle sur Franceinfo en janvier 2017. Ou encore à propos d'Alain Juppé sur LCI en octobre 2016 : "Quel mépris pour les Français : Ça, c'est typique de l'élite." Lors de la présidentielle, elle n'avait pas hésité non plus à critiquer François Fillon, alors élu pour représenter le parti Les Républicains pour la campagne présidentielle : "Parfois, [François Fillon] me donne le sentiment qu'il a commencé un marathon tout seul et qu'il n'a déjà plus de souffle", avait-elle lancé sur Franceinfo en janvier dernier. L'ancienne magistrate sait toutefois se montrer plus tendre. Le 30 juin dernier, elle a réagi suite à la mort de Simone Veil en déclarant : "Nos vies, nos parcours et nos combats étaient liées" avait alors déclarée l'eurodéputée émue du décès de celle qui l'avait "sauvée".

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