Pourquoi les lunettes de Macron font-elles (encore) polémique ?

Pourquoi les lunettes de Macron font-elles (encore) polémique ? Les lunettes bleutées portées par le président de la République Emmanuel Macron à Davos font polémique. Derrière le buzz, se cache une mauvaise nouvelle pour le fabricant de la monture.

Les lunettes de soleil d'Emmanuel Macron n'en finissent plus de faire parler. Le 15 janvier dernier, le président de la République est apparu l'œil rouge et amoché lors de la présentation de ses vœux aux armées françaises depuis la base aérienne d'Istres (Bouches-du-Rhône). Dès le lendemain, il portait lors d'une réunion organisée à l'Élysée, des lunettes de soleil sur le visage, tout comme lors du forum économique de Davos. "Je suis obligé de les porter pendant quelque temps, donc vous allez me subir ainsi", a-t-il poursuivi.

Si dans les couloirs du palais, on s'amuse des images détournées du président sur les réseaux sociaux le mettant en scène en Terminator ou en pilote de chasse de Top Gun, les lunettes, elles, font désormais polémique. Le modèle est l'œuvre d'une marque jurassienne : Henry Jullien. Jusqu'ici, aucun problème. Le président de la République peut même se targuer de mettre en avant le "made in France" et de faire bénéficier cette entreprise d'un coup de pub bienvenu. Toutefois, si l'on s'intéresse de plus près à l'histoire récente et à la santé de la manufacture basée à Lons-le-Saunier, la polémique pourrait bien enfler.

En effet, Henry Jullien - la société qui produit ce modèle de lunettes haut de gamme - est en proie à d'importantes difficultés. La maison a même été rachetée en 2023 par l'italien "iVision". Plusieurs ex-salariés dénoncent également une "délocalisation de la production", comme expliqué dans les colonnes du Parisien. "J'ai produit les Pacific s 01 (la monture portée par Emmanuel Macron) pendant des années. C'était un des modèles iconiques qui demandait près de 280 étapes", confie Florence Bernard, ex-ouvrière.

"Ex", car quatre salariés ont tout simplement été licenciés. "On a eu le sentiment que notre savoir-faire ne les intéressait pas, ils voulaient juste la marque Henry Jullien", déplore celle qui a envoyé les lunettes à l'Elysée. "Je me souviens très bien les avoir terminées et envoyées à l'Élysée. Elles ont été fabriquées ici et elles correspondent justement à la fin de la production en France", poursuit-elle.

C'est en octobre 2024 que le couperet est tombé. "Ils nous ont licenciés pour insuffisance professionnelle. Ils nous reprochaient de ne pas tenir les cadences", se rappelle-t-elle. "Ils nous ont jetées comme des voleuses. On nous a indiqué qu'on ne savait pas faire notre boulot (...) Je suis dégoûtée". Malgré un savoir-faire unique - les lunettes portées par le président nécessitent la maîtrise du "doublé or" qui peut demander jusqu'à quatre mois de travail - le repreneur italien n'a rien voulu savoir.

"Je suis étonné que les équipes du président de la République n'aient pas porté plus d'attention à la production. Pour moi, Henry Jullien est désormais une coquille vide", estime Me Philippe Métifiot-Favoulet, l'avocat des quatre femmes licenciées. "Aujourd'hui, il reste trois personnes dans le Jura. Ils expédient des colis venus d'Italie, ils réalisent un peu de gravage, de montage de plaquettes, mais plus de doublé or", explique Florence Bernard. De son côté, l'entreprise italienne assure auprès du quotidien francilien que le modèle Pacific s 01 reste "100% français" et qu'une dizaine de salariés travaillent toujours dans le Jura (trois d'après Florence Bernard). Le PDG Stefano Fulchir précise par mail qu'un "bel équilibre a été trouvé entre le made in France et le made in Italy".