Liban : Le Hezbollah vise-t-il le vide intégral ?

Vingt-six ans après l’accord de Taëf, les Libanais toujours dans le chaos. Les élections présidentielles demeurent le résultat d'un compromis entre la Syrie, l'Iran, l'Arabie saoudite et les États-Unis et ce sont toujours les mêmes personnes qui se disputent le pouvoir.

Deux candidats ont officiellement annoncé leur candidature au poste de président de la République, respectivement le président du parti des « forces libanaises » (FL), Samir Geagea, parrainé par le groupe du  14 mars  et Henri Hélou, candidat du leader druze Walid Joumblatt.  En revanche, les forces de la coalition pro-syrienne et pro-iranienne du 8 mars (Hezbollah, CPL de Michel Aoun et Amal de Nabih Berri)   n’ont pas encore officiellement annoncé leur candidat.
En 2014, les Libanais n’ont toujours pas oublié l’alarmante formule du président syrien Hafez el-Assad : « un seul peuple dans deux États. » Les lois électorales au Liban étaient taillées sur mesure à la guise du tuteur syrien, qui s’assurait une majorité parlementaire, qui élisait, à son tour, des présidents ‘’Libanais’’ dociles au régime Assad.
Après trente ans de tutelle syrienne sur le Liban, l’ironie du sort a fait que ce ‘’peuple’’ est divisé aujourd’hui non pas en deux, mais en plusieurs populations.
Damas ne s’est retirée du Liban qu’après la Révolution du Cèdre. Mais une nouvelle tutelle indirecte fut tissée par Téhéran à travers le Hezbollah. C’est ainsi que le parti de Dieu, sous l’influence de ses armes, est devenu le maître du blocage, du chantage et de la manipulation au Liban comme le prouve la manière dont toutes les échéances constitutionnelles ont été traitées par le parti chiite depuis 2005.
La tutelle iranienne a placé les Libanais devant un choix absurde : le vide parlementaire, ministériel voire présidentiel ou la soumission aux souhaits du Hezbollah.
Si le Hezbollah voulait vraiment que l'échéance ait lieu, il aurait pris l’initiative d'entrer en contact avec les représentants du 14 Mars. Mais le parti chiite aspire au vide.
Pour rappel, en 1988-1990, le vide à l'issue du mandat Gemayel avait débouché sur l'accord de Taëf, avec une refonte des pouvoirs à la clef, faisant du président de la Rébublique un personnage symbolique sans pouvoir réel. De même, le vide en 2007-2008, après la fin de la prorogation du mandat Lahoud, avait  conduit à l'accord de Doha, qui avait consacré le tiers de blocage au Hezbollah et à ses alliés.
En matière de présidentielles, c’est ce qui se déroule actuellement au Liban : faute de quorum, la séance électorale ne s'est pas tenue pour la deuxième semaine consécutive.  Incapable de placer, comme le parrain syrien, ses hommes à la tête des institutions, le Hezbollah a donc opté pour une stratégie de paralysie institutionnelle, en attendant que ses adversaires du 14 mars reconnaissent enfin leur infériorité  et se plient aux injonctions iraniennes.