Dissolution de l'Assemblée nationale : une hypothèse envisagée par Macron ?

"Dissolution de l'Assemblée nationale : une hypothèse envisagée par Macron ?"

Dissolution de l'Assemblée nationale : une hypothèse envisagée par Macron ? La petite musique d'une éventuelle dissolution de l'Assemblée nationale au lendemain de l'élection présidentielle est régulièrement revenue ces derniers temps. Pourquoi ? Avec quel impact ? Explications.

Une dissolution de l'Assemblée générale serait-elle envisagée par Emmanuel Macron au lendemain du 2e tour de l'élection présidentielle 2022 ? Une note diffusée le 4 avril dernier auprès des députés a interrogé dans les couloirs du palais Bourbon. Son objet : "conséquences d'une éventuelle dissolution sur le régime indemnitaire des députés et la situation de leurs collaborateurs." Le document, dévoilé par Europe 1, a été rédigé par Catherine Leroy, secrétaire générale de la questure, et adressé à Eric Ciotti (LR), Florian Bachelier (LREM) et Laurianne Rossi (LREM), tous trois questeurs à l'hémicycle. Alors, forcément, la diffusion d'un tel document a mis en émoi les parlementaires, d'autant que l'hypothèse d'une éventuelle dissolution de la chambre basse du Parlement revient régulièrement, déjà évoquée mi-mars par Le Canard enchaîné et en novembre par L'Opinion. Pourquoi Emmanuel Macron réfléchirait-il à cette hypothèse s'il est réélu président de la République dimanche 24 avril 2022 ? Quels en seraient les intérêts ? Quels risques prendrait-il avec une telle décision, alors que les élections législatives sont prévues les dimanches 12 et 19 juin prochains ?

Pourquoi Emmanuel Macron pourrait-il dissoudre l'Assemblée nationale ?

Le maître des horloges qu'est Emmanuel Macron le sait : en 2022, il y aura 13 jours de campagne de plus qu'il y a cinq ans. Deux semaines supplémentaires qui rendent la Macronie fébrile. Car si depuis le passage au quinquennat, tout président fraîchement élu a été conforté en obtenant une majorité à l'Assemblée nationale, la donne pourrait ne pas être aussi évidente cette année à l'issue de la présidentielle, compte-tenu de la recomposition politique qui s'annonce. Si, à vrai dire, les Insoumis, le RN ou Reconquête ne devraient pas trop compliquer les calculs politiques d'Emmanuel Macron, s'il est réélu, le président-candidat pourrait, en cas de victoire le 24 avril, avoir à organiser une coalition pour bénéficier d'une majorité franche au palais Bourbon. 

Car l'union sacrée de La République en Marche s'est effritée depuis 2017. Déjà, à l'époque, le tout nouveau parti fondé par l'ancien ministre des Finances n'avait pas obtenu une majorité de députés à l'Assemblée nationale. Des accords pré-présidentielle avaient été passés avec le MoDem de François Bayrou et Agir de Franck Riester. Les deux présidents de parti avaient alors été nommés chacun ministre. La donne s'est un peu plus complexifiée au fil du mandat pour Emmanuel Macron. Non-content de voir les rangs de sa famille se dégarnir quelque peu -une trentaine de députés élus sous l'étiquette LREM en 2017 ne rempileront pas-, le président-candidat a vu des chapelles politiques sortir de terre, lancées par certains fidèles, à commencer Edouard Philippe, son ancien Premier ministre.

Si l'ex-chef du gouvernement soutient totalement celui qui l'a nommé à Matignon, le maire du Havre entend peser dans négociations pour des accords électoraux et négocier des circonscriptions pour positionner des candidats Horizons (son parti) à la place de LREM : de quoi tenter de faire entrer à l'Assemblée nationale un élu soutenant le chef de l'État mais ayant une certaine liberté et marge de manœuvre. Dans le même temps, Emmanuel Macron pourrait avoir à discuter avec Les Républicains après leur naufrage présidentiel, tout comme avec une partie de la gauche.

Pour éviter des pourparlers qui traîneraient en longueur, la dissolution de l'AN le 25 avril entraînerait une nouvelle convocation des électeurs aux urnes plus tôt que prévu, limitant ainsi dans le temps les discussions pour des accords politiques, tant dans son camp, que dans ceux de l'opposition, qui peineraient à s'allier en un temps réduit après des semaines de campagne à tirer à boulets rouges l'un sur l'autre, que ce soit à droite ou à gauche.

Quelles seraient les dates des élections législatives si l'Assemblée nationale est dissoute ?

Au-delà de perturber les tractations pour la composition du palais Bourbon, Emmanuel Macron pourrait dissoudre l'Assemblée nationale pour garder les électeurs mobilisés et avoir un Parlement opérationnel plus vite que prévu et lancer le travail sur les grosses réformes qu'il entend mener s'il accède à nouveau à l'Elysée. Mais le possible président de la République pour les cinq ans à venir ne gagnerait "que" deux semaines à trois semaines. En effet, au plus tôt, il pourrait dissoudre l'Assemblée le lendemain d'une éventuelle victoire, soit le lundi 25 avril. L'article 12 de la Constitution prévoit qu'un délais de 20 jours doit être au minimum respecté après la dissolution, ce qui tomberait pile au dimanche 15 mai (second tour le dimanche 22). S'il la dissout entre le mardi 26 avril et le lundi 2 mai, les élections pourraient avoir lieu les dimanches 22 et 29 mai. Si la dissolution venait à être plus tardive, Emmanuel Macron ne gagnerait qu'une semaine sur la date initialement prévu, ce qui ne chamboulerait pas grand-chose.

Dissolution de l'Assemblée nationale : qu'en dit Macron ?

L'hypothèse d'une dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron en cas de réélection est-elle réellement envisageable ? Factuellement, oui. En revanche, politiquement, l'opération s'annonce plus délicate. Tant pour l'image renvoyée auprès des Parlementaire avec qui il devra composer pendant les cinq ans à venir qu'auprès de l'opinion publique, lui à qui colle déjà l'image "jupitérienne". De son côté, Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, a balayé d'un revers de la main l'idée, jurant, le 23 mars, que le calendrier "a vocation à être tenu, sauf circonstances particulières", mais qu'il "n'y a pas de raison qu'on ne le tienne pas." Pour sa part, le 17 avril, Emmanuel Macron avait franchement répondu à la question, lui aussi écartant la réflexion : "j'ai trop de respect pour les rendez-vous démocratiques pour les bousculer ou donner le sentiment, en quelque sorte, de jouer avec." Le président sortant avait renchéri dans les colonnes du Figaro le 7 avril : "dans ce contexte (de la guerre en Ukraine, ndlr), pouvoir réunir le Parlement en cas d'urgence me paraît important, ce qui ne serait pas possible en cas de dissolution. Par ailleurs, il ne faut pas donner à nos compatriotes le sentiment que l'on jouerait avec le calendrier électoral. D'autant que ce calendrier a été fixé par le président de la République sortant. Enfin, une dissolution n'avancerait le scrutin que de quinze jours à peine."

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