Thélyson Orélien accusé d'avoir eu recours à l'IA : sur ces anciens écrits, le détecteur Pangram a aussi tranché

Thélyson Orélien accusé d'avoir eu recours à l'IA : sur ces anciens écrits, le détecteur Pangram a aussi tranché Thélyson Orélien, auteur en lice pour le Prix Goncourt, a été accusé par un compte X d'avoir rédigé son ouvrage avec l'intelligence artificielle. Ce dernier a été analysé par le détecteur Pangram.

Le Prix Goncourt sera attribué le mardi 3 novembre 2026. Plus d'un mois avant, une controverse touche l'un des romans sélectionnés. C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien est un ouvrage qui fait partie de la rentrée littéraire de Grasset. Ce livre raconte l'histoire d'un jeune professeur haïtien qui décide de fuir son village pour rejoindre le Canada. Il part sur les routes avec un sac plastique et un livre de poèmes. 

Ce lundi 21 septembre, alors qu'il venait de recevoir le prix du roman Fnac 2026, l'auteur a été accusé par un compte sur X d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour écrire son roman. Le compte "Balance ton Claude", qui comptait à l'origine 92 abonnés, a affirmé que l'ouvrage était "presque intégralement" écrit par l'IA. "Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100% IA", précise le compte. Pour en arriver à cette conclusion, il a avancé avoir utilisé le logiciel américain de détection Pangram.

Ce logiciel fonctionne sur le principe que l'IA écrit différemment : elle a donc été entrainée sur des dizaines de millions de documents humains authentiques puis il a été demandé à des IA comme Claude ou ChatGPT de rédiger des textes miroirs sur les mêmes sujets. France Inter, qui a soumis plusieurs extraits de C'était ça ou mourir à Pangram, a partagé que le détecteur avait bien affirmé qu'ils étaient entre 95% et 100% issus d'une IA. L'AFP a, pour sa part, avancé avoir passé les extraits choisis par le compte X dans d'autres détecteurs et les résultats sont divergents. 

La fiabilité de Pangram remise en question

Pangram revendique un taux de faux positifs de 0,0041 %, soit un faux positif pour 24 000 documents. Des chercheurs de l'université de Bruxelles ont testé sa fiabilité en juin dernier. Pangram a bien détecté les textes générés par IA et serait meilleur que ses concurrents, même s'il peut lui arriver de se tromper. Quelques soucis ont déjà été relevés : l'outil tend parfois à signaler un ensemble de texte généré par l'IA quand cela ne concerne en réalité que quelques phrases. De plus, la langue jouerait aussi. L'auteur de livres aéronautiques co-écrits avec l'intelligence artificielle François Negroni a expliqué sur X que Thélyson Orélien "écrit dans un français que la critique décrit unanimement comme "créolisé", métissé de créole haïtien, d'espagnol, de portugais, traversé d'oralité, d'aphorismes, de rythmes qui viennent d'ailleurs (...) C'est précisément ce type de prose que les détecteurs d'IA gèrent le plus mal. ". Pangram est, en plus, davantage entrainé sur l'anglais.

Philippe Roi, chercheur en sciences cognitives, a avancé que "Pangram n'est pas fiable". "Je lui ai soumis un texte inédit de Balzac. Il s'agit de tout un paragraphe de "Le Lys dans la vallée" figurant dans le manuscrit, mais absent de l'édition originale comme des éditions suivantes. Il était donc impossible à Pangram d'aller retrouver ce passage sur Internet. Résultat de sa soi-disant analyse : 100 % IA", a-t-il partagé sur X

Des précédents avec l'IA pour Thélyson Orélien ?

Le compte a affirmé dans un nouveau tweet, publié le lendemain, avoir testé sur Pangram quatre textes de l'auteur datant d'avant 2022 et ils donnaient tous "0% IA", a contrario de ceux publiés après 2023 qui ont pu être testés. France info a aussi vérifié deux anciens textes de l'auteur : le livre Le temps qui reste, publié en 2015, et un article publié dans le Huffington Post, en 2014, soit avant l'arrivée des IA génératives. Le logiciel les catégorise en 100% "écrit par un humain".

La maison d'édition Grasset s'est élevée contre "tout propos malveillant" adressé à l'écrivain et défend un "homme venu à Paris défendre son travail de création, original, puissant". Elle dénonce "une campagne de haine". "J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine", a réagi Thélyson Orélien auprès de Libération, ajoutant être en train de constituer un dossier pour défendre son écriture.

Suite aux multiples réactions, le compte à l'origine de la polémique a appelé à "y aller mollo sur les attaques contre Thélyson Orélien". "S'il nous a paru important de signaler l'arnaque, il nous parait important d'avoir aussi de la compassion et de l'empathie pour lui, voire le soutenir dans cette période difficile qu'il doit vivre. Le mieux serait bien sûr qu'il se remette à écrire !", est-il écrit admettant qu'il existe "une chance non nulle (même si elle est infime) qu'il soit de bonne foi".