Vladimir Poutine : ses plans en Ukraine retardés... Surenchères et nouvelles menaces

Vladimir Poutine : ses plans en Ukraine retardés... Surenchères et nouvelles menaces VLADIMIR POUTINE. Moscou reconnait que son opération militaire a pris du retard en Ukraine mais Vladimir Poutine n'abandonne pas son ambition de conquérir Kiev. Le maître du Kremlin n'hésite pas à recourir à des renforts syriens ou des menaces nucléaires pour atteindre ses objectifs.

[Mis à jour le 15 mars 2022 à 16h08] "Tout ne va pas aussi vite que nous le souhaiterions". Si elle n'est pas tenue en échec, l'armée russe peine à avancer et à prendre possession des principales villes d'Ukraine. Le 14 mars, le directeur de la Garde nationale de Russie, Viktor Zolotov, a reconnu des difficultés et du retard dans les opérations russes contrairement aux affirmations de Moscou en date du 3 mars et selon lesquelles "tout se déroule comme prévu". La résistance ukrainienne a été largement sous-estimée mais Vladimir Poutine n'entend pas renoncer à ses ambitions de conquête d'autant plus qu'il s'est promis d'atteindre ses objectifs "soit par la négociation, soit par la guerre". Les pourparlers sont organisés et comptent déjà plusieurs rounds, le quatrième se tient mardi 15 mars. Les deux camps, en particulier la Russie, disent voir "des progrès" mais ces avancées sont invisibles sur les champs de bataille car aux moments où les diplomates échangent c'est une pluie de bombardement qui s'abat sur l'Ukraine. Les "progrès" des négociations sont difficiles à interpréter compte tenu des attentes très différentes des deux parties : la Russie exige une démilitarisation et un statut neutre de l'Ukraine par rapport à l'Union européenne et l'Organisation du Traité de l'Atlantique nord (OTAN) tandis que l'Ukraine attend un cessez-le-feu et le retrait des troupes russes.

Le retour des soldats russes à Moscou n'est pas au programme du président de la Fédération de Russie. Au contraire, Vladimir Poutine a ordonné la facilitation de l'envoi des combattants "volontaires" sur le front aux côtés des forces russes. Une façon de donner le feu vert à son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, pour faire appel aux milliers de guérilleros syriens prêts à rejoindre les combats. 400 de ces combattants seraient déjà en position dans les villes de Rostov, en Russie, et de Gomel, en Biélorussie, pour intervenir selon l'état-major général ukrainien. Cette décision ne serait qu'une juste réponse à la formation de la "légion internationale" de Volodymyr Zelensky et à l'envoi de "mercenaires" à Kiev par les "parrains occidentaux du régime ukrainien", selon les explications de Vladimir Poutine. Autre signe que le maître du Kremlin n'est pas prêt d'abandonner ses projets pour l'Ukraine : le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov a indiqué le 14 mars que "le ministère de la Défense, pour assurer la sécurité maximale des populations civiles, n'exclut pas la possibilité de prendre le contrôle total des grandes villes qui sont déjà encerclées". Les menaces brandies par Vladimir Poutine sont de nouveau "simplement" militaires mais le risque nucléaire est encore dans tous les esprits, surtout après les incidents électriques survenus à la centrale nucléaire de Tchernobyl. Pour rappel, la Russie s'est emparée de la célèbre centrale le 24 février 2022 et de la plus grande centrale d'Europe, celle de Zaporijjia, le 4 mars, mais a assuré qu'il n'était "pas dans son intention" d'attaquer ces sites. Peut-on vraiment croire les paroles du maître du Kremlin qui a déjà évoqué la menace nucléaire ?

Vladimir Poutine peut-il lancer une attaque nucléaire ?

La Fédération de Russie est la première puissance militaire et le plus gros arsenal nucléaire du monde, à ce titre elle est pleinement capable de lancer une bombe nucléaire sur l'Ukraine, l'Europe ou les Etats-Unis. Seulement les capacités techniques ne sont pas le seul facteur à prendre en compte. En théorie, une attaque nucléaire ne doit être lancée que dans un contexte défensif et en octobre 2020, Moscou a signé un document officiel qui liste les quatre cas qui justifient le recours à une attaque nucléaire. A chaque fois la Russie doit percevoir non seulement des capacités menaçantes et nucléaires mais aussi des intentions signalées par l'adversaire. Il est donc difficile de justifier une attaque contre l'Ukraine avec un bombe nucléaire, le pays n'étant pas nucléarisé. En revanche contre l'Europe la menace reste sérieuse car selon le récit que fait la Russie de la guerre, l'Occident adopte un comportement menaçant et prolifère des "déclarations agressives" à l'égard du Kremlin.

Stratégiquement, la menace nucléaire est le dernier avantage que possède Moscou pour atteindre ses objectifs et reprendre le contrôle de l'Ukraine compte tenu des avancées difficiles de l'armée russe en Ukraine et des pressions et sanctions que fait peser l'Occident sur la Russie. Pourtant, Vladimir Poutine sait que s'il lance une attaque nucléaire sur l'Europe ou les Etats-Unis, la Russie sera bombardée en retour et, ayant attaqué la première, elle écopera du mauvais rôle et sera encore plus isolée de la politique internationale. Selon Nicolai Sokov, expert des armes nucléaires russes au Centre de Vienne pour le désarmement et la non-prolifération, contacté par France 24, "le recours à la menace nucléaire dans le contexte de ce conflit est une terrible erreur qui va faire beaucoup de mal à la Russie et à Vladimir Poutine".

Non content d'agiter le menace nucléaire, Vladimir Poutine s'est emparé de deux centrales nucléaires en Ukraine, Tchernobyl et Zaporijjia, la seconde grâce à un bombardement. Le contrôle des sites offre au président un certain ascendant car les risques que représente l'explosion d'une centrale sont sans pareils. Mais Vladimir Poutine a assuré à Emmanuel Macron qu'il n'était "pas dans son intention" d'attaquer les centrales et qu'au contraire, il était prêt "à respecter les normes de l'AIEA pour la protection des centrales"

Vladimir Poutine décide-t-il seul de lancer une attaque nucléaire ?

La "mallette nucléaire" est détenue par trois personnes et le trio doit être unanime pour déclencher une attaque nucléaire. Vladimir Poutine, en tant que président de la Fédération de Russie, possède les accès à cette arme mais il doit recueillir l'accord du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et du chef de l'état-major général, Valéri Guérassimov, pour lancer une bombe nucléaire.

Vladimir Poutine, président ou dictateur russe ?

C'est d'une main de fer que Vladimir Poutine dirige la Russie depuis près de 20 ans mais c'est à un contrôle absolu de l'opposition et des élections qu'il doit le renouvellement de sa place au Kremlin. Et alors que la Russie a déclenché une guerre en Ukraine, le président interdit à quiconque dans le pays et particulièrement aux médias d'utiliser les termes de "guerre", de "bombardement" ou de "mort civile". Pour s'assurer du contrôle de l'information, Vladimir Poutine a exigé l'adoption d'une loi en urgence, le 4 mars, permettant de punir de 15 d'emprisonnement l'auteur ou le diffuseur d'"informations mensongères sur l'armée" et de trois ans de prison tous les "appels à imposer des sanctions à la Russie". Depuis mars, les arrestations ont grimpé en flèche en Russie et les vidéos de militants opposés à la guerre en Ukraine inondent les réseaux sociaux.

Un tel contrôle relance le débat sur la position de Vladimir Poutine, officiellement président de la Fédération de Russie mais parfois plus proche d'un dictateur. La communauté internationale n'est pas unanime sur ce point, les Etats-Unis n'hésitent pas à qualifier le chef d'Etat de dictateur alors que l'Europe est plus sage. La présidence française refuse de nommer de la sorte Vladimir Poutine pour éviter de rompre les échanges déjà difficiles avec le maître du Kremlin. Emmanuel Macron a encore réaffirmé le mardi 15 mars depuis un camp de réfugiés ukrainiens en France son aspiration à poursuivre les discussions avec son homologue russe.

Poutine réécrit l'histoire de l'Ukraine

C'est bien le rapprochement entre le gouvernement de Kiev et l'Otan qui est à l'origine de cette guerre déclenchée par Vladimir Poutine mais le président russe réécrit l'histoire pour avoir le beau rôle. Dans son allocution du 27 février 2022, il explique que l'intervention militaire russe a pour but de "protéger les personnes victimes de génocide de la part de Kiev", de "libérer" les Ukrainiens de "l'oppression" et de "maintenir la paix". Plus tôt, le 24 février, il déclarait que "l'Ukraine n'est pas qu'un pays voisin, c'est une partie intégrante de notre culture et de l'histoire de notre pays". Cette vision de "l'unité" entre la Russie et l'Ukraine , souvent évoquée par le chef d'Etat, justifie l'intervention militaire du Kremlin dans le pays frontalier. Moscou n'hésite pas à réécrire l'Histoire de l'union soviétique et de l'Ukraine créée "de toutes pièces par la Russie, plus exactement par la Russie communiste, bolchevique". Les manuels d'histoire décrivent pourtant une création de l'Ukraine en 1910 par l'URSS, lorsque l'empire souhaite organiser les territoires qu'il contrôle militairement comme l'a rappelé le professeur de géopolitique à la Sorbonne, Gérard-François Dumont, à Ouest-France.

Depuis la dislocation de l'URSS, l'Ukraine souveraine s'éloigne de la Russie pour à la place se rapproche de l'Occident, au grand dam de Vladimir Poutine. En cherchant à justifier l'entrée de l'armée russe en Ukraine, celui que l'on surnomme "l'ours russe" explique vouloir "protéger" le peuple ukrainien des "nazis" au pouvoir. La référence renvoie à l'association furtive entre l'Ukraine et l'Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre Mondiale après la promesse allemande d'aider les Ukrainiens à quitter l'URSS. Aujourd'hui les partis néonazis existent encore mais sont ultra-minoritaires et absents du gouvernement. Selon Juliette Cadiot, directrice d'études à l'EHESS interrogée par France Culture, l'utilisation du terme "nazi" par Vladimir Poutine sert à qualifier tous les politiques nationalistes qu'il tente de faire passer pour "une petite élite néonazie souvent corrompue" pour se placer en sauveur du peuple ukrainien. Le discours fleuve de Vladimir Poutine décrit donc une réalité très différente de celle du terrain.

Biographie courte de Vladimir Poutine

Vladimir Poutine est un homme politique russe et une figure centrale de l'exécutif depuis 1999. Réélu, président de la fédération de Russie pour la quatrième fois en 2018, il occupe le poste depuis 2000 avec une courte interruption entre 2008 et 2012 pendant laquelle il était président du gouvernement, soit l'équivalent du Premier ministre.

Vladimir Poutine naît en 1952 à Leningrad (actuellement Saint-Pétersbourg), dans une famille modeste d'ouvriers. Il suit des études de droit à l'université de Leningrad et obtient son diplôme en 1975. Il intègre ensuite le KGB (les services de renseignement, qu'il quitte en 1991) et devient officier. Il est ensuite envoyé en RDA en 1985, où il travaille sous couverture. Après la réunification de l'Allemagne, Poutine revient à Leningrad en 1990. Lorsque son ancien professeur de droit, Anatoli Sobtchak, est élu maire de la ville en 1991, il lui propose de rejoindre l'équipe en tant que conseiller. Vladimir Poutine devient un membre influent de la mairie et est nommé premier adjoint au maire en 1994, avant de démissionner en 1996. Commence alors une ascension rapide : il entre dans l'administration présidentielle en 1997, est nommé Premier ministre par Boris Eltsine en 1999, puis devient président par intérim après la démission de ce dernier cette même année.

Il est élu président de la Fédération de Russie en 2000, puis réélu en 2004. Il donne plus de pouvoir aux services de sécurité tout en reprenant le contrôle sur les gouverneurs dans les différentes régions. Il bénéficie d'une assez forte popularité, même si la société civile (médias, opposants) est de plus en plus contrôlée par l'État. En 2008, il ne peut se représenter pour un troisième mandat consécutif. Il choisit alors Dmitri Medvedev pour occuper le poste de président et se fait élire Premier ministre. En mars 2012, malgré de nombreuses voix contestataires, il est réélu pour une durée de six ans tandis que Medvedev occupe le poste de Premier ministre.

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