Julien Bayou : accusé de violences sur son ex-compagne, il donne sa version des faits

Julien Bayou : accusé de violences sur son ex-compagne, il donne sa version des faits Acculé depuis plusieurs jours, le député EELV Julien Bayou est finalement sorti du silence, lundi 26 septembre, pour annoncer sa démission du poste de secrétaire national, mais également livrer sa version des faits.

[Mis à jour le 26 septembre 2022 à 23h21] Contre-offensive remarquée de Julien Bayou ce lundi 26 septembre. Le député d'Europe Écologie-Les Verts, qui s'était jusqu'ici illustré par son silence, a annoncé sa démission du poste de secrétaire nationale d'EELV, alors qu'il est accusé de violences psychologiques sur une ex-compagne. S'il a fait le choix de se mettre en retrait, celui qui garde pour l'heure son poste de député, s'est exprimé par l'intermédiaire de son avocate, Me Marie Dosé. Une prise de parole particulièrement suivie, qui a sonné comme une riposte plus qu'une simple opération de défense.

Julien Bayou a ainsi fait savoir qu'il estimait que la cellule de lutte contre les violences sexuelles et sexistes d'EELV rendra forcément une "décision biaisée" sur les allégations de son ancienne compagne, considérant que celle-ci a déjà fait preuve de dysfonctionnement. Le parlementaire a indiqué, à cet égard, ne pas avoir été "auditionné" par cette commission, malgré ses "quatre demandes". Et de bien insister sur un point : il assure n'avoir "jamais exercé la moindre violence psychologique à l'égard de ses compagnes" et dénonce des "atteintes à sa vie privée". L'avocate de Julien Bayou a relayé une position bien plus politique en guise de conclusion : "L'ambition politicienne ne saurait justifier toutes les croisades", a-t-elle déclaré, fustigeant la prise de parole de Sandrine Rousseau (voir plus bas) et laissant entendre que l'élue EELV de Paris avait rendu publiques les accusations de son ex-compagne avec des arrières pensées politiques.

La démission de Julien Bayou de la direction d'EELV

Julien Bayou sait depuis des semaines qu'il fait l'objet d'un signalement pour violences faites aux femmes, effectué au début de l'été par une ancienne compagne, à une commission interne de EELV. Le député n'a manifestement pas obtenu d'information sur la nature de cette plainte. "Vous le savez peut-être, je suis accusé de faits qui ne me sont pas présentés, dont mes accusateurs.ices disent qu'ils ne sont pas pénalement répréhensibles, et dont je ne peux pour autant pas me défendre puisqu'on refuse de m'entendre. C'est Kafka à l'heure des réseaux sociaux", écrit Julien Bayou. Et d'ajouter : "Cette situation est intenable et le contexte délétère semble empêcher tout discernement, dans un moment où la société bascule et cherche le point d'équilibre pour cette si nécessaire révolution féministe."

Visé par une enquête interne diligentée par le parti EELV, mais sans avoir été entendu par la commission, Julien Bayou avait déjà décidé de quitter la co-présidence du groupe des écologistes à l'Assemblée nationale. L'audition devrait avoir lieu prochainement après que les investigations auront permis de faire "un état des lieux pour comprendre le contexte", selon la députée Sandra Regol, interrogée le 21 septembre sur le sujet. La justice ne s'est, quant à elle, pas emparée de l'affaire concernant Julien Bayou puisqu'aucune plainte n'a été déposée. Du moins, pas à la connaissance du parti.

Quels sont les faits de violences reprochés à Julien Bayou ?

En juillet dernier, le député écologiste avait été interrogé sur un signalement le concernant, effectué auprès d'une commission interne d'EELV, par une femme l'accusant de violences conjugales. Le jeune député indiquait alors au Figaro, qui le questionnait sur ce fait, attendre d'être "interrogé dans les meilleurs délais sur ce qui ne constitue en rien des violences sexistes ou sexuelles ni des comportements inappropriés envers quiconque". L'élu écologiste estimait par ailleurs que cette plainte résultait d'une "rupture douloureuse et difficile" avec son ancienne compagne, dont il mettait en avant la "rancœur" et de supposées velléités de lui nuire.

Quel est le rôle de Sandrine Rousseau dans cette affaire ?

Ces accusations ont pris une dimension médiatique nouvelle le lundi 19 septembre, avec la diffusion de C à Vous en fin d'après-midi. Lors de l'émission, tournée en direct, la présentatrice a tenu à faire réagir son invitée Sandrine Rousseau sur une série de tweets, publiés dans l'après-midi, demandant quelle était l'avancée des mesures déployées chez EELV à la suite de ces allégations.

Sandrine Rousseau, également députée EELV, a fait savoir sur le plateau qu'elle avait rencontré "longuement" ladite plaignante. L'élue a même indiqué l'avoir reçue chez elle et avoir recueilli son témoignage. Elle a clairement entendu, a-t-elle dit, un récit pointant "des comportements qui sont de nature à briser la santé morale des femmes", ajoutant, au sujet de la vie sentimentale de Julien Bayou : "Elles sont manifestement plusieurs, moi je n'ai entendu qu'un seul témoignage. Visiblement, une enquête journalistique est en cours." La députée a indiqué avoir reçu une femme "vraiment très mal [et] dans un état très déprimé", qui lui a confié avoir "fait une tentative de suicide quelques semaines après" avoir effectué ce signalement aux instances du parti.

Lorsque la journaliste sur le plateau lui a demandé si Julien Bayou devait se mettre en retrait de ses responsabilités politiques, Sandrine Rousseau a souligné qu'il était trop tôt pour se prononcer. "On verra, step by step", a-t-elle réagi.

Quels sont les faits rapportés par l'ancienne compagne de Julien Bayou ?

La nature des faits reprochés à Julien Bayou n'a pas été rendue publique. Sandrine Rousseau n'a pas livré le contenu de son échange avec l'ancienne compagne du député, pointant seulement la détresse psychologique de celle-ci, tout en la liant au "comportement" de son ancien compagnon.

Outre ses récentes déclarations dans un communiqué et la prise de parole de son avocate lundi 26 septembre, en juillet, Julien Bayou avait insisté auprès du Figaro sur les motivations, selon lui malhonnêtes, qui ont mené à cette plainte. "Elle m'a clairement écrit, trois jours après avoir saisi la commission interne d'EELV : 'Inquiète-toi. Je vais revenir et en force. (…) La chute va être douloureuse.'". Julien Bayou commentait la tournure que prenaient les événements ainsi : "Il s'agit malheureusement d'une histoire qui se termine dans la souffrance, et d'une rupture qui s'accompagne de menaces à peine voilées à mon endroit et d'une forme d'instrumentalisation que je ne peux que déplorer."

Quelles réactions du côté d'EELV ?

Mardi 20 septembre, au lendemain des accusations de Sandrine Rousseau, Europe Écologie-Les Verts s'est fendu d'un communiqué dans lequel le parti a réaffirmé être "pleinement mobilisé dans la lutte contre les violences faites aux femmes". EELV y explique que "ces violences sont systémiques, elles existent dans l'ensemble des cercles de la société, y compris dans la sphère politique" et rappelle s'être doté de lui-même d'une cellule d'écoute "dès 2016, puis d'une cellule d'enquête et de sanction sur le harcèlement et les violences sexuelles et sexistes début 2017". Cellule dont le seul souci est "la recherche de la vérité". Réagissant au tumulte médiatique suscité par les propos de Sandrine Rousseau lundi soir, EELV a indiqué que la "cellule travaille à son rythme" et qu'elle "doit continuer son travail en toute indépendance et sérénité". La direction du parti a également rappelé la procédure à suivre si d'autres faits devaient être portés à la connaissance de la cellule.

Dimanche 25 septembre, l'ex-candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, avait appelé Julien Bayou à se mettre en retrait du secrétariat national d'EELV, "pour la sérénité de l'enquête". L'eurodéputé avait aussi considéré que les propos de Sandrine Rousseau avaient été malvenus. "Je ne suis pas favorable à ces prises de position personnelles qui viennent abîmer un processus qu'on doit toutes et tous respecter", avait-il dit sur le plateau du Grand Jury RTL.

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