Lait infantile contaminé : Nestlé, Lactalis et maintenant Danone, peut-il être mortel ?
De nombreux lots de lait infantile Nestlé, Lactalis et désormais Danone rappelés, plusieurs cas d'enfants malades et deux nourrissons décédés. Y a-t-il un lien entre la contamination du lait infantile par une bactérie et la mort des deux nouveau-nés ? C'est la question à laquelle doivent répondre une enquête épidémiologique et deux enquêtes judiciaires ouvertes par les parquets d'Angers et de Bordeaux.
À Angers, une petite fille de 27 jours est décédée le 23 décembre après avoir été hospitalisée. La mère de l'enfant a signalé en début de semaine que son enfant avait consommé du lait Guigoz de Nestlé faisant l'objet d'un rappel pour une suspicion de contamination avant son hospitalisation. La piste d'un lien entre la mort du nourrisson et le lait infantile contaminé est jugée "sérieuse" par le procureur d'Angers. Le magistrat a d'ailleurs saisi "en urgence" un laboratoire pour faire toute la lumière sur cette affaire. Il reste toutefois prudent, si la piste est sérieuse, il est encore "trop tôt pour conclure" et "beaucoup trop tôt pour dire que c'est la piste principale".
À Bordeaux, l'enquête sur le décès d'un bébé survenu début janvier a révélé que l'enfant "avait notamment été alimenté, entre le 5 et le 7 janvier 2026, avec un lait artificiel de marque Guigoz ayant fait l'objet d'un rappel", a précisé le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, à l'AFP le jeudi 22 janvier. Lui aussi a sollicité des analyses pour "déterminer la présence ou non de la bactérie" dans le lait ingéré par le nourrisson. Pour l'heure, le lien entre le décès et la consommation de lait infantile concerné par le rappel n'est pas clairement établi. Les résultats des investigations épidémiologiques nécessaires pourraient être connus "la semaine prochaine", selon la cellule d'investigation de Radio France.
Une bactérie dangereuse détectée dans les laits infantiles Nestlé et Lactalis
Le mercredi 21 janvier de nombreux lots de lait infantile Lactalis ont été rappelés dans plusieurs pays dont la France. Le rappel, organisé par le géant agroalimentaire français, a eu lieu en raison de crainte sur la "présence potentielle" de "céréulide" dans les produits. C'est déjà la présence de cette bactérie dangereuse dans plusieurs lots de lait infantile qui avait justifié le rappel massif de produits Nestlé ordonné le 5 janvier.
La bactérie, issue du microorganisme Bacillus cereus, détectée dans certains ingrédients des laits infantiles rappelés est susceptible de provoquer des troubles digestifs", comme des diarrhées et des vomissements sévères. Des troubles pouvant apparaître une à cinq heures après l'ingestion du produit précise le Dauphiné Libéré. Une note de l'Anses datant de 2021 rapporte que "des formes graves d'infections (septicémie, entérocolite nécrosante, hépatite fulminante, encéphalopathie, abcès cérébral) pouvant conduire à des décès ont été décrites chez des prématurés, des nouveau-nés", mais aussi "des jeunes adultes, des patients atteints d'une hémopathie maligne, de cirrhose, ou de maladie de Crohn traitée par immunosuppresseurs".
Pour l'heure, aucun lien n'a été établi entre la consommation des laits infantiles rappelés et les cas d'enfants malades ou les deux décès. Des analyses sont en cours, mais il risque d'être difficile d'obtenir des réponses car il est actuellement impossible de détecter la présence de la toxine dans l'organisme des nourrissons. "On ne sait pas faire aujourd'hui" a expliqué Quentin Guillemain, président de l'Association pour la santé des enfants, sur RTL : "C'est impossible de faire de lien de cause à effet puisque les scientifiques disent qu'on ne peut pas trouver cette toxine dans le corps des enfants. Les scientifiques le disent. Du moins ce sera difficile".
Comment la bactérie a-t-elle pu contaminer plusieurs lots de lait infantile Nestlé et Lactalis ?
Nestlé, qui a organisé un rappel volontaire de produits le 5 janvier, a indiqué avoir détecté un problème de qualité dans un ingrédient, une huile, venant d'un de ses grands fournisseurs. Une huile également utilisée dans les produits Lactalis. Le rappel aurait alors été ordonnée "par prudence" et sans qu'"aucun cas de maladie en lien avec les produits concernés n'ait été confirmé". La procédure a toutefois été réalisée une dizaine de jours après que la société ait eu la confirmation de la présence de la bactérie dans certaines de ses produits selon Radio France.
Du coté de Lactalis, une contamination de certains lots par la toxine céréulide a été détectée dès le 16 janvier indique la Direction générale de l'alimentation, chargée de la sécurité sanitaire des aliments au sein du ministère de l'Agriculture, à franceinfo. Mais selon elle, le rappel n'a été fait que le mercredi 21 janvier, car avant "les analyses ne montraient aucun risque". Ce sont de nouvelles vérifications qui "ont mis en évidence un élément nouveau : après dilution dans l'eau, les concentrations de toxine peuvent être nettement plus élevées."
"Tous les lots concernés ont été retirés du marché", a assuré la ministre de la Santé, ce vendredi 23 janvier sur BFMTV. "Tous les industriels qui se sont fournis avec cette huile [suspectée d'être à l'origine de la contamination] ont retiré leurs lots dans beaucoup de pays.
Danone annonce le rappel de deux lots de lait infantile en France
Vendredi 23 janvier en toute fin de soirée, le Français Danone a à son tour annoncé un rappel. Deux lots de lait infantile vendus en France sont concernés. "Compte tenu de nouvelles recommandations d'une autorité européenne, et par mesure de précaution, nous procédons au rappel volontaire de deux lots très limités des produits suivants : Gallia Calisma Relais 1er âge (0-6 mois), boîte de 830 g - date de durabilité minimale : 13/10/2026 - code EAN : 3041091725943 ; Blédilait 1er âge (0-6 mois), boîte de 400 g - date de durabilité minimale : 29/10/2026 - code EAN : 3041091470966", a précisé le groupe dans une déclaration envoyée à l'AFP et dont franceinfo se fait l'écho.