École et Covid : une fermeture en cas de confinement ? Ce qu'on sait

École et Covid : une fermeture en cas de confinement ? Ce qu'on sait ECOLE ET COVID. Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer s'est exprimé dimanche sur la question de la fermeture ou non des écoles dans le cas d'un troisième confinement en France.

Le troisième confinement n'est "plus qu'une question de jour" comme le soulignait dans sa Une le JDD dimanche, se basant sur "plusieurs sources haut placées au sein de l'exécutif". Alors que les dernières projections de l'Institut Pasteur et de l'Inserm laissent entrevoir une hausse exponentielle des infections au Covid-19, en raison principalement de l'impact des variants anglais et sud-africain, et que certains experts craignent "l'effet galette" dû au potentiel relâchement de l'Epiphanie, le ministre de l'Education a accordé le 24 janvier un entretien au Journal du Dimanche, dans lequel il défend "les modalités qui ont prévalu en novembre, avec les écoles ouvertes". "Nous constatons a posteriori que notre stratégie a fonctionné", souligne le ministre dans ce grand entretien, même s'il concède aussi que "tous les scénarios existent".

371 classes étaient fermées en France à la date du 24 janvier. Pour autant, Jean-Michel Blanquer note dans l'interview : "La courbe est comparable à celle d'après les vacances de la Toussaint (...). La situation permet donc la continuité scolaire, mais nous sommes vigilants." Et d'insister, quand les journalistes pointent la fermeture des écoles chez plusieurs de nos voisins européens : "Tout notre travail consiste à éviter cette hypothèse, même si elle reste concevable en cas de nécessité absolue. L'école reste essentielle pour nos enfants."

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Pourquoi les écoles restent-elles ouvertes ? Quelles sont les nouvelles mesures décidées par le gouvernement, par niveau, notamment en matière de protocole sanitaire ? Quelle forme vont prendre les tests de dépistage du Covid-19 à l'école ou encore comment expliquer que le taux de positivité au coronavirus des enfants ait augmenté si fortement ? Découvrez-les informations et les explications sur tous ces points en naviguant dans cette page spéciale à l'aide du sommaire ci-dessus. 

Covid à l'école

Où en est-on quant au "covid à l'école" ? Au cours de la conférence de presse du 14 janvier, le Premier ministre s'est exprimé sur la situation sanitaire du pays, accompagné de plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre de la Santé Olivier Véran et le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Parmi les sujets évoqués, l'école a fait l'objet de plusieurs annonces. En premier lieu, le variant britannique du Covid-19 s'est révélé plus contagieux pour les enfants, a indiqué le ministre de la Santé. De son côté, le ministre de l'Éducation nationale a justifié la hausse des contaminations chez les enfants par un effet vacances et des contaminations intrafamiliales. Selon lui, les enfants seraient plus en sécurité à l'école qu'à domicile. "Depuis le retour des vacances de Noël, nous observons une courbe, qui ressemble à une cloche, que nous avons vue au retour des vacances de la Toussaint", a-t-il reconnu. "Nous sommes en haut de la cloche. Nous comptabilisons autour de 2 000 à 3 000 contaminations par jour, un chiffre forcément sous-estimé."

Il n'est pas question pour l'heure de fermer les établissements scolaires. "C'est essentiel de maintenir les écoles ouvertes, car il y a des conséquences psychologiques, sanitaires et éducatives", a jugé Jean-Michel Blanquer le 14 janvier en conférence de presse. Le Pr Alain Fischer avait pourtant souligné le 12 janvier sur France Inter : "Si à un moment donné, il s'avérait que la circulation du virus est telle chez les enfants qu'ils deviennent vraiment dangereux, il faudrait se résoudre à fermer les écoles." Et d'ajouter, pour autant, que "la fermeture des écoles a des conséquences assez dramatiques pour les enfants, en particulier les plus fragiles." Pour rappel, le Premier ministre Jean Castex avait informé le 7 janvier que les écoles ne seraient fermées qu'en cas de "situation sanitaire gravissime" car "les conséquences, y compris sanitaires, de la fermeture des écoles sont absolument dramatiques".

"Nous sommes fiers d'être dans le pays qui a ouvert le plus longtemps ses écoles" depuis le début de la crise du coronavirus, a également insisté Jean-Michel Blanquer le 14 janvier dernier, avant de détailler plusieurs mesures sanitaires à l'école, qui ont le même objectif que les règles renforcées dans tout le pays, dont le couvre-feu à 18h : éviter que les variants britannique et sud-africain ne deviennent des souches dominantes dans l'Hexagone. 

  • Les établissements scolaires restent ouverts, "un objectif fondamental" selon Jean Castex qui invoque l'éducation et le bien être des enfants. La philosophie du gouvernement ? "Maintenir la continuité scolaire tout en protégeant la santé des élèves et du personnel éducatif", a complété le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer.
  • Pour la cantine, le brassage doit être limité au maximum (voir ici).
  • Les activités physiques scolaires et extra-scolaires sont suspendues, en intérieur comme en extérieur. Les cours d'EPS sont modifiés (voir ici).
  • Un objectif de 300 000 tests de dépistage par semaine dans les établissements scolaires est fixé, soit 1 million de tests environ par mois. Il concernera les personnels comme les élèves à partir de l'âge de 6 ans (plus de détails ici).
  • Le traçage des cas contacts va continuer, en lien avec chaque agence régionale de santé, mais certains établissements pourront également bénéficier de la venue d'une équipe de dépistage sur place à partir de trois contaminations, pour tester l'ensemble des élèves et du personnel éducatif de l'établissement.
  • La mesure de l'enseignement hybride est prolongée dans les lycées et autorisée au cas par cas au collège.
  • Le respect des gestes barrières au quotidien par les élèves, doit être encouragé à l'école et par les familles, a insisté Jean-Michel Blanquer.
  • A l'université, le retour des étudiants de première année sera possible à partir du 25 janvier pour les travaux dirigés (plus d'infos sur les  nouvelles modalités à l'université ici).

Pourquoi et comment les écoles restent-elles ouvertes ? Explications et conditions

Invité d'Europe 1 le 5 janvier, le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer avait justifié de la façon suivante sa décision de ne pas reporter la rentrée scolaire (a contrario de pays voisins européens comme le Royaume-Uni ou l'Allemagne), avec des arguments qui se montraient déjà en faveur de la non-fermeture des écoles décidée par le gouvernement mi-janvier : "Il ne faut pas priver les enfants d'école. Dans toute cette crise nous devons avoir comme priorité les enfants, les adolescents et les jeunes (...) Pour moi c'est important de préserver ce droit à l'éducation." Le ministre de l'Education Nationale avait par ailleurs réaffirmé que les enfant sont plus protégés à l'école que chez eux, appuyant son propos d'un "C'est ce que je constate". Pour l'heure, la fermeture des écoles n'est donc pas à l'ordre du jour. Voici les éléments caractérisant chaque "niveau" scolaire pour la gestion du Covid-19. Les nouvelles modalités apparaissent en gras :

  • Dans les crèches un protocole sanitaire renforcé est mis en place, dont la dernière version est en ligne sur le site du ministère de la Santé. Il en va de même du secteur périscolaire. Le guide ministériel "COVID-19 et modes d'accueil du jeune enfant" a déjà été réactualisé plusieurs fois.
  • A l'école maternelle et élémentaire, qui constituent à elles deux l'école primaire, un protocole sanitaire renforcé prévaut également. Depuis novembre, le port du masque est obligatoire à partir de 6 ans pour les écoliers.
  • Au collège, un même protocole sanitaire renforcé est de mise. Le mode hybride est désormais autorisé par les rectorats, mais au cas par cas, pour les classes de 4e et de 3e et de façon limitée.
  • Au lycée, le protocole renforcé s'applique également. Dans les lycées, les chefs d'établissements bénéficient toutefois d'une certaine "souplesse" pour l'application des mesures a indiqué Jean-Michel Blanquer. Un enseignement à distance est notamment envisageable pour les élèves vulnérables. Depuis le 9 novembre, la mise en place du distanciel à 50% a été autorisée par le gouvernement. Le retour de tous les lycéens en classe, d'abord envisagé à partir du 20 janvier prochain, a finalement été repoussé. La mesure de l'enseignement hybride (50% des élèves présents), qui concernait déjà deux tiers des lycées, est prolongée. Les élèves de terminale doivent être le plus présents possible. Pour plus de détails sur l'enseignement hybride et les aménagements du bac 2021, cliquez ici.
  • Dans les universités, les facultés et établissements d'enseignement supérieur, les cours magistraux sont diffusés en visioconférence. Si l'enseignement à distance est devenu la règle à l'université après les vacances de la Toussaint, le Premier ministre Jean Castex a précisé le 29 octobre que "les travaux pratiques peuvent être maintenus dans les établissements", et "les examens et les concours, se tenir avec un protocole renforcé. Les restaurants universitaires peuvent continuer à fonctionner, mais uniquement pour des repas à emporter. Les bibliothèques universitaires sont ouvertes sur rendez-vous et dans le respect d'une jauge". Le 24 novembre, Emmanuel Macron avait évoqué un retour des étudiants dans les universités à partir de début février. Le 21 janvier, face à la détresse psychologique et économique des étudiants en France, le chef de l'Etat a fait plusieurs nouvelles annonces. Les étudiants "qui le souhaitent" ont notamment la possibilité d'avoir des cours en présentiel au moins un jour par semaine, avec une jauge totale à respecter de 20% d'occupation dans les universités. Cette mesure doit s'appliquer à partir du mardi 26 janvier. Il s'agit d'une nouvelle organisation "assez compliquée à gérer", a reconnu Emmanuel Macron, tout en faisant appel au "pragmatisme" de chaque université afin que cette même organisation soit appliquée rapidement. Et de conclure : "Le retour à la normalité ne se fera pas avant le premier semestre de l'année prochaine. Les prochaines semaines, je vais être honnête avec vous, vont être assez dures." Deux repas à 1 euro par jour ainsi que des chèques-psy sont également proposés aux étudiants. Les repas, à emporter, sont fournis par les restos U. Les chèques-psy doivent eux "permettre à tous les jeunes qui en ont besoin d'accéder beaucoup plus facilement, et avec une prise en charge, à un professionnel - psychologue, psychiatre -", à partir du 1er février. Si son montant total n'a pas été précisé, il couvrira, selon une source gouvernementale, "un certain nombre" de consultations, estimées "entre 30 et 40 euros" l'unité. Le président a également rappelé le déploiement prévu de 20 000 emplois étudiants, sous forme de missions de tutorat au sein des universités.

Les étudiants sont-ils satisfaits des nouvelles annonces du 21 janvier ? 

A contrario des lycéens, des BTS ou des classes prépas, les étudiants sont privés de ces fameux "cours sur place" depuis plus de deux mois et sont nombreux à éprouver un fort sentiment d'injustice. Chloé *, 23 ans, en master de droit à Lyon, et qui a participé jeudi à la manifestation étudiante, réagit ainsi : "Un jour par semaine, ce n'est pas du tout suffisant, nous ce qu'on veut c'est une reprise une semaine sur deux, comme on faisait avant". Quant à l'annonce sur les repas, pour Esteban *, 20 ans, en deuxième année de licence à Lyon, "Les deux repas c'est une très bonne chose mais il faut que ce soit une mesure pérenne, qui survive après le Covid". Le 20 janvier dernier, des centaines de jeunes descendaient dans la rue dans tous l'Hexagone pour exprimer leur lassitude.

La conférence des présidents d'université a pour sa part salué les annonces d'Emmanuel Macron : "Ce sont des perspectives de moyen terme, qui peuvent ouvrir un horizon plus stable pour les étudiantes et les étudiants sur le semestre en cours".

* Chloé et Esteban ont tous deux été interrogés par l'AFP

En quoi consiste précisément le renforcement du protocole dans les lycées ?

Une division des classes en demi-groupes a été mise en place dans la majorité des lycées à compter du 9 novembre dernier, à la condition que chaque élève puisse bénéficier d'au moins 50% d'enseignement en présentiel. Concrètement, les équipes pédagogiques des lycées peuvent choisir de faire venir les élèves en présentiel un jour sur deux, ou une semaine sur deux. Il s'agit de garder du lien social et de limiter le décrochage scolaire. Les cours en visio n'ont pas lieu en revanche, et sont remplacés par des devoirs à la maison, puisque les professeurs ne peuvent à la fois faire classe "en physique" et sur internet. Les élèves en grande difficulté ont toutefois la possibilité de venir "plus souvent" au lycée et d'être "pris en charge par des assistants d'éducation" a précisé France 3. Selon le ministère, à la mi-janvier 2021, la jauge de 50% des élèves dans les lycées était respectée par 69% des établissements publics du pays. 

Pour le Bac 2021, afin selon le ministre de l'Education de "tenir compte des conséquences de la crise sanitaire sur les conditions de préparation du baccalauréat général et technologique", c'est le contrôle continu qui va être privilégié, que ce soit pour les élèves de Première ou de Terminale. Une mesure "à titre exceptionnel", alors que le nouveau bac devait entrer pleinement en vigueur cette année. Les évaluations communes (anciennement appelées E3C) initialement prévues en Première et en Terminale sont annulées. Elles sont remplacées par du contrôle continu, autrement dit par la prise en compte des notes du bulletin scolaire. Cette mesure concerne l'histoire-géographie, les langues vivantes, et la spécialité qui n'est pas poursuivie en terminale, ainsi que les mathématiques pour la voie technologique et l'enseignement scientifique pour la voie générale. 
Les épreuves terminales du bac pour les enseignements de spécialité sont également remplacées par du contrôle continu. Ce sont les moyennes obtenues pour chaque matière de spécialité tout au long de l'année qui compteront à la place, et celles des deux premiers trimestres pour le dossier Parcoursup. Les épreuves de remplacement du bac 2021 auront quant à elles lieu en juin 2021.

Que contient le protocole sanitaire contre le Covid à l'école ? Quelles sont les nouvelles règles ?

Le protocole sanitaire pour les écoles mis en place lors du déconfinement au printemps a été plusieurs fois amendé. La dernière modification en date remonte au 14 janvier. Voici un récapitulatif des mesures en vigueur. Les nouvelles règles sanitaires, annoncées mi-janvier, sont visibles en gras :

  • A la cantine, le brassage entre des classes différentes n'est plus possible. Le brassage en général doit être limité au maximum, à l'école primaire comme au collège, par l'étalement du passage des classes en cantine ; avec en dernier recours la proposition de repas à emporter aux élèves. Si la restauration scolaire est maintenue "dans les lieux habituels", les établissements doivent organiser les flux et la densité des élèves "en respectant la distance d'au moins un mètre entre les groupes d'élèves appartenant à une même classe dans les écoles maternelles". Dans l'élémentaire, les collèges et les lycées, si cette distance d'un mètre ne peut être respectée, "il convient de faire déjeuner les élèves d'un même groupe ensemble et, dans la mesure du possible, toujours à la même table". Les tables du réfectoire sont nettoyées et désinfectées après chaque service.
  • Pour le sport, les activités physiques scolaires et extra-scolaires sont suspendues, en intérieur comme en extérieur. Les cours d'EPS en intérieur sont suspendus à partir du lundi 18 janvier. Dans la mesure du possible, une alternance entre cours théoriques et cours en extérieur est recommandée. 
  • Le port du masque est obligatoire dès le CP. "Pour les élèves des écoles élémentaires, des collèges et des lycées, le port du masque 'grand public' est obligatoire dans les espaces clos ainsi que dans les espaces extérieurs", indique le protocole. Il est toujours obligatoire pour les personnels tant dans les espaces clos que dans les espaces extérieurs. "Pour les élèves des écoles maternelles, le port du masque est à proscrire", est-il mentionné.
    Le 29 octobre dernier, le ministre de l'Education a confirmé que le port du masque dès 6 ans, autrement dit dès le CP, serait obligatoire "afin de ne laisser aucun enfant sur le bord du chemin tout en protégeant nos enseignants". "J'invite tous les parents à équiper leurs enfants. Des masques sont prévus dans les écoles en cas d'oubli ou de difficultés économiques d'une famille pour se procurer de tels masques", a ajouté Jean-Michel Blanquer.
  • Le lavage des mains doit être réalisé, a minima : à l'arrivée dans l'école ou l'établissement ; avant et après chaque repas ; avant et après les récréations ; après être allé aux toilettes ; le soir avant de rentrer chez soi ou dès l'arrivée au domicile.
  • L'aération des locaux doit être "la plus fréquente possible et durer au moins 15 minutes à chaque fois". Les moments définis par le protocole sont "le matin avant l'arrivée des élèves, pendant les intercours, pendant chaque récréation, au moment du déjeuner (en l'absence de personnes) et pendant le nettoyage des locaux". "Cette aération doit avoir lieu au minimum toutes les 2 heures", indique le document, qui appelle également à veiller au bon fonctionnement de la ventilation mécanique si elle existe.
  • Un nettoyage des sols et des grandes surfaces (tables, bureaux) doit être réalisé "au minimum une fois par jour". Le protocole demande aussi "un nettoyage désinfectant des surfaces les plus fréquemment touchées par les élèves et personnels dans les salles, ateliers et autres espaces communs (comme les poignées de portes)". Ce dernier doit quant à lui être assuré "plusieurs fois par jour". Le ministre a promis qu'une attention particulière sera apportée aux "surfaces les plus fréquemment touchées, comme les poignées de porte".
  • Les distances à respecter sont renforcées. Le déroulement de la journée et des activités scolaires doit "limiter les croisements entre élèves de groupes différents (classe, groupes de classes ou niveau)". "Lorsque le non brassage entre classes n'est pas possible (notamment en Première, Terminale), la limitation du brassage s'applique par niveau", indique le texte. Il est conseillé d'étaler l'arrivée et le départ des élèves dans l'établissement et d'encadrer les déplacements des élèves.
  • Les récréations sont organisées par groupes, "en tenant compte des recommandations relatives aux gestes barrières". L'accès aux jeux, aux bancs et espaces collectifs extérieurs est autorisé seulement si un nettoyage quotidien est effectué.

Que sait-on sur les tests de dépistage dans les écoles ? 

Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé le 14 janvier la mise en place d'un protocole bien particulier : l'objectif est de tester jusqu'à un million d'enfants et d'enseignants par mois pour dépister le Covid-19 de façon plus efficace et, ainsi, faire face à la propagation en France du variant britannique. Le ministre a précisé : "Nous descendrons le dépistage jusqu'à l'âge de 6 ans, partout là où ça fait sens". Les tests pratiqués sont des tests antigéniques, réalisés par les infirmières et les médecins scolaires volontaires. En cas de manque de mains disponibles, des sauveteurs, sapeurs-pompiers, pharmaciens ou personnels d'établissements de santé coordonnés par les agences régionales de santé peuvent se joindre à eux. 

Le ministre de la Santé a également ajouté le 14 janvier : "Ce qu'on sait à date, c'est que le virus paraît plus contagieux effectivement chez les enfants. C'est ce qu'on voit en Angleterre. Sans que l'on ait plus de cas graves, en tout cas proportionnellement". Le gouvernement scrute "étroitement" ce variant, a-t-il assuré, et "si la situation devait évoluer et que nous avions une augmentation de la part du variant (…) anglais, nous pourrions nous poser des questions" sur une fermeture éventuelle des écoles. Le ministre a toutefois souligné qu' "à ce stade, la société française de pédiatrie a été très claire à ce sujet hier [mercredi] matin en appelant à maintenir ouvertes les écoles".

La mesure décrite par le ministre de la Santé est en tout cas à l'image de la surveillance plus stricte recommandée par le Conseil scientifique. Comme l'a communiqué son président, le Pr Jean-François Delfraissy, le 13 janvier sur Franceinfo, [cette] "surveillance de type dépistage ciblé au niveau des écoles et des enseignants" peut permettre de "se rendre compte du pourcentage que représente le mutant anglais". Et d'expliquer : "On pense que les données anglaises sur la pénétration du mutant anglais dans les écoles ne sont pas suffisamment claires pour nous pousser à fermer les écoles en France. [Notamment car ce mutant] n'est pas plus grave chez les enfants".

L'immunologue précisait également : "[Les écoles doivent rester ouvertes avec] un certain nombre de mesures de surveillance beaucoup plus strictes que jusqu'à maintenant " : " Il faut pouvoir dépister très vite les cas et identifier très vite s'il s'agit d'un mutant anglais ou pas [afin de] prendre une décision très rapide de fermeture de classe, voire de collège si nécessaire." Pour rappel, le Premier ministre Jean Castex avait pour sa part déclaré, le 7 janvier dernier, qu'il faudrait "vraiment que la situation sanitaire soit gravissime pour fermer des écoles" car les conséquences sont "absolument dramatiques".

Comment expliquer la forte augmentation du taux de positivité au Covid-19 chez les enfants ? 

Le taux de positivité augmente chez les enfants : cet indicateur se chiffre désormais à 10% chez les moins de dix ans, et à 8,5% chez les 10-19 ans, versus 6,4% dans la population générale, d'après les chiffres publiés par Santé publique France le 10 janvier dernier. Le 1er janvier, les chiffres indiquaient une positivité inférieure à 3% pour l'ensemble de la population. Comment expliquer ces hausses impressionnantes ? Pour rappel, le taux de positivité, c'est le nombre de personnes positives par rapport à celui de personnes testées. Voici des éléments de compréhension : 

  • le moment où les enfants ont été testés : le 10% porte sur des enfants testés le weekend du Nouvel An et pendant les premiers jours de la rentrée scolaire, qui ont donc souvent été infectés pendant les vacances. 
  • le nombre d'enfants testé : les enfants sont en général beaucoup moins dépistés que les adultes. Cela peut faire bouger le taux de positivité plus vite. 
  • des dépistages moins préventifs chez les enfants que chez les adultes : le plus souvent, les dépistages du Covid-19 effectués sur des enfants se font lors d'une suspicion de contamination (symptômes et cas contact), ce qui explique aussi qu'ils s'avèrent plus souvent positifs. 
  • le taux de positivité, un indicateur à relativiser : un indicateur tout seul ne permet pas d'analyser grand chose. Le "taux d'incidence", qui correspond par exemple au nombre de cas pour 100 000 habitants sur sept jours, est de "seulement" 43 pour les moins de dix ans, versus 163,5 pour la population générale. Il est donc beaucoup moins élevé chez les enfants. Et il est par ailleurs un peu inférieur à la moyenne pour les 10-19 ans. A l'hôpital, les chiffres sont par ailleurs stables (une soixantaine d'adolescents et une trentaine d'enfants hospitalisés à la mi-janvier à cause du Covid-19), mais un délai de 10-15 jours s'étale entre l'infection et une éventuelle hospitalisation. 
  • la propagation du variant britannique du Covid-19 en France : on ne sait pas encore si l'augmentation du taux de positivité chez les jeunes est lié à une plus grande circulation du virus parmi eux. Si le variant britannique du coronavirus est, de façon globalement établie, plus contagieux d'au moins 50% que le Covid-19 de base, il n'y a pas encore de preuves que ce variant soit encore davantage contagieux chez les enfants. 
  • les hospitalisations, l'indicateur "le plus fiable" : dixit le Pr Robert Cohen auprès du Parisien le 11 janvier (pédiatre infectiologue à l'hôpital intercommunal de Créteil et président du Conseil national de la pédiatrie), "Les hospitalisations sont l'indicateur le plus fiable et, jusqu'à présent, on n'observe pas d'augmentation en pédiatrie. Mais on va regarder cela de très près ces prochains jours".
  • La contagion des enfants : même si les enfants font moins de formes graves que les adultes, reste qu'ils peuvent transmettre le virus à leurs proches de tous âges.

Qu'en pensent les spécialistes ? 

Les épidémiologistes et les experts du monde médical en général sont, comme le gouvernement, pour la plupart réticents à une fermeture des écoles. Ils voient cette mesure comme un ultime recours. A l'instar d'Alain Fischer, pédiatre, immunologue et président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19, qui a reconnu le 12 janvier sur France Inter : "Si les chiffres allaient croissant cela pourrait justifier des mesures plus dures, ce qui serait vraiment éminemment regrettable par ailleurs". Le "monsieur vaccin du gouvernement" ajoute que cette option "a des conséquences assez dramatiques pour les enfants, notamment les enfants fragiles, on l'a vu au printemps dernier. Après, c'est une question d'analyse avantages-inconvénients. Si, à un moment donné, il s'avérait que la circulation du virus chez les enfants est telle que ceux-ci deviennent vraiment dangereux, il faudrait s'y résoudre. Mais ce ne serait vraiment pas de gaieté de cœur." 

Dans le Parisien, des confrères partagent un avis similaire : "On dit tous que ce serait une erreur. Il est très important qu'ils continuent leur scolarité", analyse par exemple le pédiatre Georges Thiebault. Même son de cloche chez Christophe Batard, membre de l'Association française de pédiatrie ambulatoire : "Pendant le premier confinement, le décrochage scolaire a fortement augmenté, comme les violences familiales, ça ne doit pas se reproduire". L'épidémiologiste Antoine Flahault, sondé par Le Figaro fin décembre, tient lui à rappeler que "les vacances scolaires constituent un frein très puissant sur les maladies à virus respiratoires, et le Covid-19 ne devrait pas faire exception. La question du rôle des écoles dans la transmission mérite encore d'être posée".

Que font les autres pays ? 

Face à une seconde vague plus dure qu'en France, plusieurs pays européens ont décidé de refermer leurs écoles. Pour certains, cela a été fait dès la mi-décembre, comme aux Pays-Bas, en Autriche ou au Danemark. D'autres pays ont décidé de ne pas rouvrir les établissements scolaires à la rentrée de janvier, comme en Allemagne, pays dans lequel le confinement partiel est renforcé et prolongé au moins jusqu'au 31 janvier. En Angleterre, les portes des écoles se sont refermées jusqu'à fin février au moins. Les enfants restent également à la maison en Ecosse, au pays de Galles ou en Irlande du Nord. Il est important de garder à l'esprit, notait le "monsieur vaccin" français Alain Fischer le 12 janvier, que la circulation du virus "est plus élevée" en Allemagne et au Royaume-Uni "qu'elle ne l'est en France aujourd'hui.

A la mi-janvier donc, la France semble encore bénéficier des effets positifs du confinement n°2, plus strict que chez les voisins européens. Pour autant, si la reprise épidémique s'emballait, les autorités pourraient s'appuyer sur les résultats d'une étude suisse (voir ici) pour fermer les écoles. Cette étude révèle que fermer les écoles au printemps 2020 a fait partie des mesures les plus efficaces pour la réduction de la circulation du Sars-CoV-2.

Fermeture des écoles : quelle est la stratégie du gouvernement ?

Lors de sa conférence de presse du 14 janvier, le gouvernement a annoncé qu'une fermeture des écoles n'était pas à l'ordre du jour. Lors de sa conférence de presse du 7 janvier sur la situation épidémique dans le pays, le Premier ministre Jean Castex avait d'ores et déjà écarté toute fermeture des écoles, a contrario de ce qui avait été décidé en mars-avril 2020. Le Premier ministre avait ainsi souligné : "Nous avons tiré les enseignements [du premier confinement] en disant que (...) la fermeture des écoles devait être envisagée en dernier recours". Et d'ajouter : "Ma position, c'est qu'il faut vraiment que la situation sanitaire soit gravissime pour fermer des écoles car nous savons que les conséquences, y compris sanitaires, sont absolument dramatiques. [La dernière rentrée s'est en outre réalisée] de façon tout à fait satisfaisante".

Un contexte inquiétant

Le contexte actuel est le suivant : deux variants du covid ont été détectés en France après avoir été identifiés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud. Ces deux souches "toucheraient" par ailleurs davantage les jeunes, a expliqué au JDD dès le 3 janvier le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, ajoutant : "Il faut donc qu'on soit très attentif au milieu scolaire et universitaire". 

Des collectifs et scientifiques ont pour leur part interpellé, via les réseaux sociaux, le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, sur le risque sanitaire potentiellement représenté par les écoles dans le contexte épidémique actuel du coronavirus. Le collectif "Ecoles et familles oubliées" écrit même dans une lettre ouverte "Les enfants et leurs familles sont donc en danger". Sa critique ? A l'instar du collectif des Stylos rouges (composé d'enseignants), celui des Ecoles et familles oubliées pointe un deuxième trimestre mal anticipé par le ministère de l'Education, notamment face à cette nouvelle variation du virus suspectée d'être plus contagieuse chez les jeunes. Dans sa missive, Ecole et familles oubliées ajoute : "À ce jour, dans les classes et dans les cantines, le caractère facultatif de la distanciation physique, le protocole d'aération et la limitation du brassage insuffisants, ne permettent pas de prévenir la contamination en milieu scolaire". Les enseignants en colère évoquent de leur côté la situation dans d'autres pays, en particulier l'Angleterre. En effet outre-Manche, une large partie du pays touché par une rude nouvelle vague est reconfinée, avec une situation hospitalière particulièrement critique à Londres. 

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