Mercosur : un vote contre ! Mais la France devra-t-elle quand même appliquer l'accord ?
Vendredi 9 janvier 2026, la France votera contre la signature de l'accord de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur. "La France est favorable au commerce international, mais l'accord UE-Mercosur est un accord d'un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes", a indiqué le chef de l'Etat jeudi dans un communiqué. Prenant acte d'un "rejet politique unanime", le président de la République a tout de suite informé Ursula von der Leyen de sa décision, lors d'un coup de fil jeudi.
Mais cette prise de position d'Emmanuel Macron pourrait ne pas changer grand chose à l'issue du vote. Depuis le ralliement de l'Italie, les partisans du Mercosur disposent d'une majorité qualifiée à Bruxelles. Le traité pourrait donc être officiellement ratifié, lundi prochain au Paraguay, après un vote prévu ce vendredi. Le Mercosur entrera alors en vigueur de façon provisoire, sans attendre la ratification du Parlement européen. Par la suite en dans tous les cas, la ratification devra passer par un vote du Parlement européen. Rappelons que 150 eurodéputés ont déjà appelé le Parlement à se tourner vers la Cour de justice de l'Union européenne pour contester le traité, preuve de la défiance qui règne malgré tout autour du texte.
La France esseulée et prise au piège par l'Italie
Malgré l'opposition de la France, il apparait depuis décembre dernier compliqué d'empêcher ou de faire modifier suffisamment le traité. La ratification de ce traité commercial va d'abord se jouer à la majorité au Conseil européen. Si la Pologne et l'Autriche se sont également placées en défaveur de cet accord, il faudrait au moins quatre Etats représentant plus de 35 % de la population de l'UE pour constituer une minorité de blocage. Or, des poids lourds, comme l'Allemagne et l'Espagne qui représentent déjà près de 30 % de la population de l'UE, soutiennent la signature du traité.
Le ministre de l'agriculture espagnol, Luis Planas, a répété mardi 16 décembre vouloir une signature "dans les prochains jours" de ce traité jugé "fondamental" pour les intérêts du pays, qui met en avant les exportations de vin et d'huile d'olive. L'exécutif de l'UE voit aussi de nombreux avantages dans cet accord : le commissaire au Commerce et négociateur en chef européen, Valdis Dombrovskis, a assuré que cela engendrerait une augmentation de "15 milliards d'euros" du produit intérieur brut (PIB) de l'UE.
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, jugeait mercredi 17 décembre "encore prématuré" de signer, évoquant aussi les mesures "pas encore finalisées" concernant l'agriculture. Mais désormais, le couperet est tombé : l'Italie a fait savoir qu'elle était satisfaite et a laissé clairement entendre qu'elle voterait en faveur de l'autorisation que les Etats membres doivent donner à la Commission pour signer formellement l'accord avec le Mercosur. Ce traité "offre d'énormes avantages et un potentiel considérable", a même expliqué Antonio Tajani, le ministre des Affaires étrangères italien.
La France qui tentait de réunir une minorité de blocage en s'appuyant avec l'Italie, sur la Pologne, l'Autriche ou encore la Hongrie, doit donc faire une croix dessus. Une chose est sûre : le texte doit être soumis au Parlement européen, qui devra le voter à la majorité pour qu'il soit mis en place. Mais il faudra encore une ratification des parlements nationaux, comme évoqué ci-dessus. A cette échelle, la France aurait la possibilité de se faire entendre, mais il est probable que la Commission européenne sépare le volet commercial du volet politique de l'accord. Ainsi, la partie commerciale échapperait à cette ratification unanime et un vote majoritaire deviendrait suffisant.
Vote de l'accord UE-Mercosur : pourquoi ça coince encore ?
Aujourd'hui, les éleveurs bovins français craignent de ne pas être concurrentiels en raison de normes environnementales et de sécurité alimentaire moins contraignantes pour leurs concurrents sud-américains. L'UE espère les rassurer avec des mesures de protection : le Parlement européen a approuvé en novembre un suivi des produits sensibles comme le bœuf, la volaille ou le sucre, et une possible réintroduction de droits de douane en cas de déstabilisation du marché. Les eurodéputés et les Etats membres doivent cependant encore trouver un compromis sur les conditions précises dans lesquelles les mesures s'appliqueraient.
Ce traité prévoit notamment la suppression de la majorité des droits de douane entre l'UE et le Mercosur, ainsi qu'un quota d'importations pour la viande bovine latino-américaine d'environ 90 000 à 100 000 tonnes par an. La volonté de mettre en place un tel accord est favorisée par le contexte actuel de tensions commerciales avec la Chine et par la crainte du protectionnisme promis par Donald Trump.
Pourtant, en France, ce possible accord n'est pas bien reçu. Il est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles les agriculteurs ne cessent de se mobiliser sur les routes du pays. Plus de 600 parlementaires ont aussi signé une tribune pour s'opposer au traité rappelant que la France n'approuvera ce texte que s'il garantit de "ne pas augmenter la déforestation importée dans l'Union européenne", si l'accord est "en conformité avec l'accord de Paris sur le climat" et s'il instaure "des mesures miroirs en matière sanitaire et environnementale". "Je n'aime pas qu'on balade les gens, donc je ne vais pas balader nos agriculteurs", a encore déclaré Emmanuel Macron, assurant avoir "un bon sens un peu paysan", jeudi 17 décembre.
Un texte "déséquilibré" qui ne convainc pas la France
En décembre dernier, le chef de l'Etat français avait demandé que les "avancées" réclamées par la France se concrétisent afin que "le texte change de nature". Il appelle à la concrétisation des trois exigences auxquelles Bruxelles a déjà commencé à répondre : une "clause de sauvegarde" en cas de déstabilisation des marchés agricoles, des "clauses miroirs" en matière de normes sanitaires et environnementales, et des contrôles sanitaires accrus à l'importation.
Le 8 janvier 2026, Emmanuel Macron a fait part de certaines avancées dans les discussions comme la clause de sauvegarde, les mesures miroirs et le renforcement des contrôles sanitaires. "Plusieurs de ces progrès doivent encore être finalisés, la France y veillera", promet le président. Mais ce compromis n'est pas jugé suffisant par Paris, tout comme d'autres pays membres des 27 qui ont toujours marqué leur ferme opposition à la ratification du traité.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, dénonce le même jour sur X un texte "qui demeure déséquilibré" et "ne répond pas à nos exigences de justice, d'équité et de réciprocité pour nos agriculteurs." "Vous pouvez compter sur moi pour poursuivre ce combat que je mène avec force depuis la première minute", conclut-elle.