Installer des portiques de détection d'armes au collège couterait une fortune

Installer des portiques de détection d'armes au collège couterait une fortune François Bayrou a annoncé l'expérimentation des portiques de détection d'armes dans les collèges. Leur prix pourrait bien poser question.

Ce mardi 10 juin, une assistante d'éducation est morte poignardée par un élève de 14 ans à l'entrée d'un collège de Nogent, en Haute-Marne. Ce drame a créé un émoi considérable dans le pays, François Bayrou l'a mesuré et a annoncé une série de mesures contre la violence à l'école, lors d'une intervention à l'Assemblée nationale disponible sur LCP. Ces annonces ont été détaillées aux Français au journal de 20h sur TF1, le même jour.

Le Premier ministre a décidé d'interdire "tout de suite" la vente d'armes blanches aux mineurs, avec un élargissement de la liste des armes concernées, ainsi qu'un contrôle de majorité à la réception des colis achetés en ligne. Parmi les autres mesures annoncées, l'une fait débat : "l'expérimentation" de portiques de détection d'armes à l'entrée des établissements scolaires.

François Bayrou s'est dit "favorable à ce qu'on expérimente des portiques comme ceux qu'on a dans les aéroports, en tout cas dans les établissements dans lesquels il y a du désordre". La mise en œuvre passerait par une phase d'expérimentation. Ce n'est pas la première fois que la mesure est évoquée : elle avait déjà été annoncée en avril, après l'attaque au couteau dans un lycée de Nantes, qui avait fait un mort et trois blessés.

Une mesure déjà annoncée en avril

Ces portiques, semblables à ceux des aéroports, s'ouvriraient grâce à un badge fourni par l'établissement, tout en détectant d'éventuelles armes (couteaux, armes à feu, etc.). Des dispositifs similaires, sans détection de métaux, ont été mis en place dans des lycées d'Auvergne-Rhône-Alpes et certains établissements de Nice : il s'agit uniquement de tourniquets à badge, destinés à filtrer les entrées pour éviter les intrusions extérieures.

Mais la mesure divise, en raison de plusieurs obstacles, rapporte Radio France. Le coût d'abord : plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d'euros par portique. Un seul établissement nécessiterait plusieurs dispositifs pour éviter les attroupements d'élèves à l'entrée. En 2016, Laurent Wauquiez avait fait installer, à l'entrée des lycées de sa région, des portiques de filtration (et non de détection d'armes) pour un coût de 100 000 euros par établissement, ces dispositifs étant moins chers. Pour équiper les 11 000 collèges et lycées de France de portiques détecteurs de métaux, le budget serait donc colossal, dépassant le milliard d'euros.

Autre point : l'équipement des établissements relève des collectivités locales. La question est de savoir si les régions et départements accepteraient de financer ces installations. S'ajoute une contrainte logistique : seuls les membres des forces de l'ordre sont habilités à fouiller un sac après le déclenchement du portique. Les surveillants et CPE ne le peuvent pas. Enfin, l'efficacité même du dispositif est en question. Comme le rappelle Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, "un portique ne peut pas détecter des couteaux en céramique".

Une "fausse bonne idée"

La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a vivement critiqué une mesure "coûteuse", "inefficace" et "anxiogène", qui donne une "fausse impression de sécurité". "Nos établissements scolaires ne sont pas des prisons (...) Les portiques ne sont pas une solution magique", a-t-elle déclaré, selon Le Figaro. Elle privilégie des "sanctions disciplinaires immédiates" (exclusion, heures de colles ou travaux d'intérêt généraux) lorsque des élèves se présentent avec un couteau. Même son de cloche chez Gabriel Attal : pour le patron des députés Renaissance, c'est "une fausse bonne idée". Il appelle à "renforcer notre arsenal répressif" et à "agir pour prévenir l'escalade de la violence". 

Dans l'opposition, l'eurodéputée Manon Aubry (LFI) dénonçait déjà en avril une "course à l'échalote", critiquant le coût de ces portiques. Marine Le Pen, quant à elle, a déclaré sur BFMTV qu'il fallait surtout "appliquer la loi" plus strictement pour "prévenir" des drames comme celui de Nogent.

Les syndicats d'enseignants expriment également leur doute concernant la mesure. Pour Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa, il faut privilégier "la prévention", estimant qu'"aucun portique n'empêchera un coup de couteau devant un établissement". Maxime Reppert, vice-président du SNALC, interrogé sur RMC après la mort d'un adolescent poignardé en Essonne en mars, jugeait la mesure "inutile", en plus de représenter "un investissement extrêmement important".

À ce jour, aucun établissement ne teste de portiques détecteurs de métaux. Deux rectorats avaient envisagé des portiques à reconnaissance faciale, mais la CNIL s'y est opposée. Le Premier ministre va confier une mission à Naïma Moutchou, vice-présidente Horizons à l'Assemblée nationale et auteure d'un rapport sur le sujet, afin que ses propositions soient "matériellement et directement réalisées", rapporte France 24.