Macron à Marseille : en coulisses, ça parle du RN et de la grande peur des municipales
Emmanuel Macron se rend ce mardi 16 décembre à Marseille dans le cadre de son Tour de France autour du thème des réseaux sociaux. Il débute justement sa visite à midi par un échange avec les lecteurs du quotidien La Provence sur la "démocratie à l'épreuve des réseaux sociaux". À partir de 15h30, il inaugurera un commissariat ainsi que l'agrandissement de la prison des Baumettes.
Le président de la République abordera également le plan "Marseille en grand", qu'il a lancé en grande pompe en 2021 pour aider la cité phocéenne à rattraper ses retards, avec cinq milliards d'engagements de l'Etat à la clé. En octobre 2024, la Cour des comptes dénonçait un suivi "indigent" et un "défaut de cohérence" de cette initiative en faveur des écoles, des transports, des quartiers nord-sud et des effectifs de police. Enfin, à 18h45, le locataire de l'Elysée visitera le chantier d'extension de la gare Saint-Charles.
Benoît Payan attend le président de pied ferme
"Nul ne peut nier que les choses bougent et que l'Etat est au rendez-vous avec constance et sans tergiverser", a déclaré Emmanuel Macron dans les colonnes de La Tribune Dimanche, juste avant sa visite dans la cité phocéenne. Un constat en décalage avec celui du maire de la ville, Benoît Payan, candidat à sa réélection en mars prochain. Le premier édile de Marseille estime que sa ville n'a pas bénéficié d'un soutien suffisamment important de la part de l'Etat et attend des "annonces fortes" pendant la visite d'Emmanuel Macron.
Il "ne peut pas venir les mains dans les poches". Benoît Payan estime que sa ville n'a pas bénéficié d'un soutien suffisamment important de la part de l'Etat ces dernières années. "L'Etat, c'est évidemment la police, la gendarmerie, la justice, mais c'est aussi les services publics, qui pendant des années et des années, gouvernements de gauche et de droite confondus, a été un peu regardée de loin", estime-t-il au micro de France Inter.
"On a eu quoi ? On a eu une ville qui a pris 1 milliard d'euros de retard sur la question de la rénovation urbaine, 1 milliard de retard sur la question des transports", ajoute-t-il. Sur le narcotrafic, il refuse de céder au catastrophisme. "On ne peut jamais baisser les bras face au narcotrafic (...) Se dire que la bataille est perdue d'avance, c'est accepter que la mainmise des narcotrafiquants est définitive. ça n'a aucun sens", conclut le maire divers gauche de Marseille.
Macron peut-il invoquer la "responsabilité collective" face au RN ?
Lutte contre le narcotrafic, régulation des réseaux sociaux, point sur "Marseille en grand"... Et si la visite d'Emmanuel Macron à Marseille ne se résumait pas à cet agenda officiel ? À l'approche des élections municipales - elles auront lieu les dimanches 15 et 22 mars 2026 - difficile d'imaginer que cette séquence n'occupe pas l'esprit du président de la République, notamment au vu de la bataille qui s'annonce dans les Bouches-du-Rhône.
Dans un récent sondage Cluster17 pour Politico, le maire sortant Benoît Payan (PS-PCF-EELV) est donné à égalité avec le candidat du Rassemblement national (RN) Franck Allisio avec 29 % des intentions de vote au premier tour. Ils devancent les listes menées respectivement par la candidate de l'union de la droite et du centre, et actuelle présidente de la métropole, Martine Vassal, et celle de l'Insoumis Sébastien Delogu. Un nouveau sondage Ifop-Fiducial pour La Provence et Sud Radio donne lui Benoît Payan légèrement en tête (30 %) devant Franck Allisio (27 %). Une option qui place toujours le parti à la flamme en bonne position.
Voilà pourquoi, ce déplacement d'Emmanuel Macron à Marseille est aussi l'occasion de déjeuner avec les ténors politiques locaux. Il a notamment prévu de déjeuner avec Benoît Payan, le président Renaissance de la région Renaud Muselier, Martine Vassal, ou encore les anciens ministres Christophe Castaner et Sabrina Agresti-Roubache, selon les informations de Politico. Le moment pour le chef de l'Etat "de faire passer quelques messages, de manière très fine", apprend-on. Il pourrait également "faire appel à la responsabilité collective", alors que le Rassemblement national est en passe de prendre les rênes de l'hôtel de ville, un scénario qui n'enchante pas vraiment en macronie.
Quoi qu'il en soit, celui qui est toujours maire de Marseille, Benoît Payan, attend du concret de la part du président. Il n'a "cessé de réclamer des moyens supplémentaires" et continuera de lui "réclamer le PNACO à Marseille". "Ça ne me fait pas plaisir" mais "il faut une police judiciaire spécialisée. Il faut des effectifs stables de police judiciaire pour remonter les pistes de blanchiment. On parle de plusieurs milliards d'euros", rappelle-t-il sur France Inter. Pour lui, "le compte n'y est pas".