Procès Guerriau : l'ex-sénateur peut échapper à la prison malgré sa condamnation

Procès Guerriau : l'ex-sénateur peut échapper à la prison malgré sa condamnation Joël Guerriau a été condamné mardi 27 janvier à de la prison ferme ainsi qu'à une peine d'inéligibilité et à verser une indemnisation à la partie civile. Dans les faits, l'homme de 68 ans ne sera pas incarcéré dans l'immédiat.

Le verdict est tombé. Au terme de deux jours de procès, Joël Guerriau a été condamné par le tribunal à quatre ans de prison, dont 30 mois avec sursis. Il écope ainsi de 18 mois de prison ferme pour avoir drogué la députée Sandrine Josso en novembre 2023 dans le but de l'agresser sexuellement ou de la violer. Mais ce n'est pas tout, trois peines ont été infligées à l'ex-sénateur de 68 ans. En effet, il a également été condamné à une peine d'inéligibilité de cinq ans et devra indemniser la partie civile à hauteur de 9 000 euros, dont 5 000 euros pour préjudice moral. Enfin, Joël Guerriau s'est vu infliger une obligation de soins et a été reconnu coupable de détention de stupéfiants dans cette affaire.

À la sortie de l'audience, la députée Sandrine Josso s'est dite soulagée par cette condamnation. Que ce soit pour elle ou "pour la cause", la députée s'étant depuis le début de cette affaire faite porte-voix politique de la lutte contre la soumission chimique. Joël Guerriau ne s'est pas exprimé directement. Son avocat a simplement fait savoir qu'il avait l'intention de faire appel de ce jugement. Une décision qui a toute son importance, d'autant plus que la peine n'a pas été assortie d'une exécution provisoire. De facto, "Monsieur Guerriau n'ira pas en détention dès lors qu'il a choisi de faire appel", a expliqué à la presse son avocat, Me Carpentier. La condamnation à de la prison ferme est donc suspendue le temps d’un procès en appel.

"Je suis totalement écrasé par ce que le procureur a requis"

Lors des réquisitions, le procureur de la République avait demandé, plus tôt ce mardi, à ce que Joël Guerriau soit condamné à quatre ans de prison, dont trois ans ferme. Le magistrat avait également demandé un mandat de dépôt à effet différé et une peine d'inéligibilité de cinq ans, une obligation de soins, une interdiction de contacter et de paraître au domicile de Sandrine Josso et une inscription au fichier des délinquants sexuels (FIJAIS). Des réquisitions qui s'accompagnaient d'une exécution provisoire pour les trois mesures assorties au sursis probatoire et pour l’inéligibilité.

"Je suis totalement écrasé par ce que le procureur a requis et ses conclusions. Je n'ai jamais eu l'intention de commettre une agression et de faire du mal à Mme Josso. Je l'ai dit et répété. Je suis abattu. [...] Je ne peux pas être en situation d'imaginer... Je suis le contraire. J'ai tellement peur... Quand vous avez vécu ce que j'ai vécu", a dit Joël Guerriau à la barre. Il a évoqué un "cataclysme", avant la suspension de la séance.

L'argument d'un verre rangé sans être lavé

Face aux réquisitions du procureur, Joël Guerriau a paru s'effondrer au procès. L'ancien sénateur s'est tenu la tête entre les mains pendant tout le réquisitoire, rapporte TF1 Info, paraissant "dépité". L'homme politique a nié avoir eu l'intention de droguer et d'abuser de l'élue Sandrine Josso durant le premier jour d'audience, mais sa défense n'a visiblement pas convaincu le procureur de la République. En guise de défense, Joël Guerriau a assuré que toute cette histoire n'était qu'une méprise et que la présence de drogue dans le verre de Sandrine Josso n'était liée qu'à son oubli, la veille, de nettoyer un verre dans lequel il affirme avoir mis la drogue, donnée par un confrère sénateur dont il refuse de révéler l'identité, pour lui-même. Selon lui, pris d'une crise d'angoisse, il aurait farfouillé dans son tiroir à médicaments et serait tombé sur le sachet. "Je l'avais un peu oublié, mais je me suis dit que je me sens mal donc que c'est peut-être le moment de le prendre. J'ai pris un médicament, je n'allais pas bien et je suis sorti."

Le verre aurait ensuite été rangé sans être lavé dans le placard avant d'être finalement ressorti le lendemain et servi à Sandrine Josso. À noter qu'il a bien été établi qu'elle avait été droguée ce soir-là, celle-ci étant partie directement à l'hôpital dans la foulée de son départ de la soirée. Alors qu'il existe des "risques toxiques sérieux" lorsque plus de 200 mg de MDMA sont ingérés, il a été estimé que la députée avait avalé entre 137 et 164 mg, soit le double de la dose récréative. Comme le rappelle CentrePresse.fr, il est possible de mourir lorsqu'on consomme entre 150 et 400 mg.

La défense de Joël Guerriau a été fragilisée par les déclarations de la victime qui a toujours assuré que tout avait été ambigu lors de cette soirée censée fêter la réélection de Joël Guerriau en tant que sénateur. Parmi les éléments gênants : un tour de magie. Réalisé par l'élu à l'aide d'une chaîne qui se glisse dans un anneau, le tour en question aurait été, selon les mots de la victime, très "évocateur". L'ex-sénateur s'est défendu : "C'est un tour de magie familial que j'ai souvent dans la poche." Selon lui, "le lendemain", il l'aurait d'ailleurs "ressorti en attendant de voir le médecin du Sénat". Et d'insister : "C'est quelque chose que je fais régulièrement. [Il n'y a] aucune connotation sexuelle." Questionné par le président sur son éventuelle volonté de faire une soirée "tours de magie", Joël Guerriau a expliqué, comme le relaie BFMTV : "Je voulais qu'elle ait un moment de plaisir, j'étais là pour lui faire plaisir", l'objectif de ce rendez-vous étant de la remercier pour son aide dans sa réélection au Sénat.

La députée Sandrine Josso affirme que l'ex-sénateur Joël Guerriau a tenté le 14 novembre 2023 de la droguer afin de la violer. Des faits que le principal accusé a toujours niés, arguant l'avoir droguée par inadvertance. La drogue était à l'origine pour lui-même. "J’étais très angoissé, très stressé. C’était un moment très, très difficile", a-t-il expliqué, avançant la thèse selon laquelle il serait retombé par hasard sur le sachet de MDMA qu'un collègue sénateur lui avait donné, qu'il se serait versé la dose pour lui avant de finalement sortir de son appartement parisien. En rentrant, il aurait simplement rangé le verre sale au placard, avant de le réutiliser tel quel le lendemain pour servir du champagne à Sandrine Josso venue fêter sa réélection en tant que sénateur. Joël Guerriau risquait jusqu'à cinq ans de prison.