Naufrage Erika : ce phénomène qui fait remonter du mazout 25 ans après
Un quart de siècle plus tard, le naufrage du pétrolier Erika continue d'impacter le littoral breton. Ce jeudi 29 janvier, une quinzaine d'oiseaux partiellement recouverts d'un épais fioul, du mazout, ont été retrouvés sur les plages du Finistère. C'est la Ligue de protection des oiseaux (LPO) qui a signalé le désastre : "On a reçu à notre centre de l'île Grande, dans les Côtes d'Armor, plusieurs oiseaux, 16 au total en quelques heures. Des petits pingouins et des guillemots qui étaient mazoutés", précise Alain Bougrain-Dubourg, président de l'association, à Franceinfo.
Entre 150 000 et 300 000 oiseaux avaient déjà connu ce sort lorsque, le 12 décembre 1999, le pétrolier de Total avait coulé et libéré environ 20 000 tonnes de fioul lourd au large de la Bretagne. Il est probable que ce soit ce même mazout qui soit à l'origine de la mort des volatiles. Pour en être sûre, la LPO a envoyé un échantillon du fioul en analyse au Centre de documentation, de recherche et d'expérimentation (Cedre) sur les pollutions accidentelles des eaux de Brest. Lequel a trouvé de "très grandes similitudes" entre "l'ADN" du fioul retrouvé sur les oiseaux et celui de l'Erika. Mais comment le naufrage peut-il encore faire des victimes 25 ans plus tard ?
Des milliers de tonnes de mazout toujours présents dans l'Erika
Après le naufrage, le pétrole contenu dans le navire Erika avait été pompé, mais le bateau n'avait pas pu être entièrement vidé. Pourquoi ? A cause de poches "impompables" en raison de leur localisation. Plusieurs marins à bord avaient d'ailleurs confirmé la présence d'encore des milliers de tonnes de fioul à bord du navire rappelle Alain Malardé, capitaine de la marine marchande dans le Morbihan et président de la Confédération maritime qui connait très bien ce naufrage et ses répercussions : "Sur les 30 000 tonnes de mazout, il y a 5 000 tonnes qui n'ont pas pu être pompées".
Ce fioul se trouvait pour beaucoup, et se trouve encore, dans "les fonds de cuves" qui sont "quasiment impompables" en particulier dans l'Erika qui compte "quatorze cales" explique Alain Malardé à Franceinfo. Ces zones sont impossibles à atteindre par les équipes de récupération. Le pompage du mazout a également été compliqué par la consistance épaisse de ce dernier. Il doit "être réchauffé pour être pompé" et la manoeuvre était "quasiment infaisable" en mer ajoute le capitaine de marine.
La coque du navire usée et fragilisée par les tempêtes
Reste à savoir pourquoi ce mazout contenu dans le bateau Erika depuis plus de vingt ans s'est déversé dans la mer et a atterri sur les rivages en ce mois de janvier 2026. La faute à "l'usure de la coque" selon Alain Malardé : "Les métaux s'érodent au contact de l'eau de mer et de la salinité".
La libération du mazout a pu être aidée par les mouvements marins, lesquels ont été nombreux ces derniers temps avec les tempêtes successives qui ont touché la Bretagne, notamment Ingrid et Chandra. "Avec le temps qui s'écoule, les mouvements océaniques, les tempêtes, on peut avoir des évolutions de la structure et des libérations de fioul dans l'environnement", explique Nicolas Tamic, directeur adjoint du Cedre sur Franceinfo.
"J'ai analysé la position du naufrage de l'Erika qui se situe au Sud-Ouest de Belle-Ile. Si vous mettez ça en relation avec la direction des vents qui viennent du sud-ouest, dans ces tempêtes, vous arrivez directement sur les côtes sud du Finistère", abonde le capitaine Alain Malardé. Une fois évacué des poches impompables, le fioul est remonté à la surface sous l'effet de la densité et "dérive dans le sens des vents dominants", ajoute-t-il.
Un dispositif de surveillance
Cette remontée du mazout du navire Erika interroge la mise en place d'un "dispositif de surveillance et d'intervention" a indiqué le capitaine de frégate Guillaume Le Rasle, porte-parole de la préfecture maritime de l'Atlantique, auprès de l'AFP. Si le dispositif est à l'étude, le porte-parole n'a pas donné plus de précisions. Le cas de l'Erika n'est qu'un parmi d'autres puisque sur les plus de 4 700 épaves qui reposent dans les eaux bretonnes, d'autres fuient régulièrement déversant du fioul dans l'océan.