Bertrand Cantat : malgré les "regrets" de Bachelot, il sera de retour au théâtre

Bertrand Cantat : malgré les "regrets" de Bachelot, il sera de retour au théâtre BERTRAND CANTAT. Le directeur du théâtre où va se jouer la pièce dont Bertrand Cantat a composé la musique ne déprogrammera pas l'ancien leader de Noir Désir, condamné en 2003 pour le meurtre de Marie Trintignant.

[Mis à jour le 20 octobre 2021 à 10h21] "Je ne vois donc pas en quoi je devrais changer quoi que ce soit." Dans un communiqué publié mardi 19 octobre, Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre national de la Colline, refuse de déprogrammer Bertrand Cantat, qui a composé la musique du prochain spectacle qui se jouera dans la salle parisienne.

"Je ne vois donc pas en quoi je devrais changer quoi que ce soit, ou demander à qui que ce soit de se retirer", écrit Wajdi Mouawad dans son communiqué, affirmant son adhésion "sans réserve" aux "combats pour l'égalité entre les femmes et les hommes et celui contre les violences et le harcèlement sexuel." Le directeur du Théâtre de la Colline refuse de participer à une opinion qui "punit au-delà de la justice et du droit" et "ne souffre d'aucune nuance", comme il l'explique dans son communiqué.

Une réponse à la polémique grandissante de ces derniers jours, qui avait poussé Roselyne Bachelot à s'exprimer sur le sujet. Interrogée sur France Inter ce lundi sur la question, la ministre de la Culture assure toutefois ne pas avoir "à intervenir dans la gestion de La Colline." "Je regrette que Bertrand Cantat ait été invité néanmoins", ajoute-t-elle. La ministre prône cependant "la liberté de la création" de Wajdi Mouawad, qui met en scène le spectacle et qui ne peut selon elle "pas être accusé de la moindre complaisance en ce qui concerne la lutte contre les violences sexuelles et sexistes." L'artiste avait été condamné en 2003 à huit ans de prison pour le meurtre de Marie Trintignant

Depuis, Bertrand Cantat, dont le contrôle judiciaire a pris fin en 2011, enchaîne les annulations de spectacle. En 2020, son retour sur scène dans une pièce baptisée "Paz" et prévu dans une salle près de Bordeaux, avait été déprogrammé. Deux ans plus tôt, c'est sa tournée en solo qui avait été annulée, chacune de ses dates étant marquée par des manifestations. Samedi, à Paris, 300 personnes ont manifesté à Paris dans le cadre du mouvement #Metoothéâtre, pour dénoncer les violences faites aux femmes dans le milieu.

Biographie de Bertrand Cantat

Bertrand Cantat est né à Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, le 5 mars 1964. Son père, militaire, a participé comme parachutiste à la guerre d'Indochine ; sa mère a été institutrice et femme au foyer. Il a un frère, Xavier, qui deviendra lui photographe avant de s'engager au parti écologiste ; et une sœur, Ann, photographe, disparue en janvier 2018. Le futur artiste grandit en Normandie, puis à Bordeaux. Très vite Bertrand Cantat s'intéresse à la musique et à plusieurs artistes comme MC5 ou les Doors. Influencé par les goûts musicaux de ses parents, il commence à écrire ses propres textes.

La vie de Bertrand Cantat est, évidemment, indissociable de son groupe, Noir Désir. Au lycée, il rencontre Serge Teyssot-Gay, avec qui il formera Noir Désir, avec Denis Barthe et Frédéric Vidalenc. La formation bordelaise, d'inspiration new wave, commence à se produire en amateur au début des années 80. Après leur signature chez Barclay, ils sortent leur premier album, "Veuillez rendre l'âme", en 1988. Noir Désir devient l'un des groupes français les plus incontournables jusqu'au début des années 2000. L'affaire Marie Trintignant sonnera le glas de ces années d'éclat pour Bertrand Cantat, malgré ses tentatives de remonter sur scène.

Concerts et polémiques pour Bertrand Cantat

Depuis 2010 et la fin de Noir Désir, après sa sortie de prison, Bertrand Cantat est reparti sur les routes de France. Le chanteur a dévoilé plusieurs collaborations, et est remonté sur scène au Rocher de Palmer à Cenon, à l'été 2011. C'est précisément cette salle qui devait l'accueillir pour sa tournée 2020. Après plusieurs années de tournée, il avait dû s'éloigner de la scène en 2018 face aux protestations à chacune de ses dates.

Certains de ses shows, notamment à l'Olympia, avaient même été annulés par les organisateurs, qui craignaient des "risques sérieux de troubles à l'ordre public." Au début de son unique concert à Paris, le 7 juin 2018, Bertrand Cantat avait dénoncé "les censures" et "les intimidations" dont il disait faire l'objet. 

Bertrand Cantat et l'affaire Marie Trintignant

Si la tournée 2018 de Bertrand Cantat avait suscité une telle polémique, c'est que le chanteur est toujours considéré comme l'un des visages des violences faites aux femmes. Et dont l'histoire restera liée à celle de l'actrice Marie Trintignant, morte en 2003. À l'époque, le chanteur de Noir Désir est marié à Krisztina Rády, lorsqu'il fait la connaissance de la fille de Jean-Louis et Nadine Trintignant fin 2002. Leur histoire dure 18 mois, et s'achève par la tragédie survenue à Vilnius en Lituanie dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003.

Le chanteur roue sa compagne de coups, "quatre gifles" selon son témoignage, "9 coups, dont 4 à la face, donnés à poings fermés", selon les médecins légistes baltes. L'actrice, transférée en France, décédera des suites de ses blessures le 1er août 2003. Le leader de Noir Désir est condamné à huit ans de réclusion en 2004, mais sort en octobre 2007.

Les témoignages contre Bertrand Cantat

Pour la première fois à la télévision française étaient diffusée, en novembre 2019, des images de l'audition de Bertrand Cantat devant la justice lituanienne, en 2003. Dans l'émission Enquête Exclusive, un documentaire diffusé à 23h10 sur M6 retraçait l'enquête sur la mort de Marie Trintignant, tuée par son compagnon, ancien leader du groupe Noir Désir. Un féminicide devenu le triste symbole français des violences faites aux femmes.

Le documentaire de l'émission Enquête Exclusive rassemble donc une quinzaine de minutes d'images de l'audition de Bertrand Cantat, qui était filmée, à Vilnius, en août 2003. "On s'est aperçu qu'il y avait non pas une mais deux auditions filmées. Le 8 et le 21 août 2003. Ce qui nous permet de constater que Bertrand Cantat a changé de version au cours de l'enquête. Au départ, il dit avoir bu de l'alcool le soir du crime, mais quelques jours plus tard, il assure le contraire. En Lituanie, l'état d'ébriété est une circonstance aggravante", explique Jacques Aragones, le producteur du documentaire interrogé par TV Mag.

Et d'ajouter : "L'idée n'est pas de refaire le procès. Bertrand Cantat a purgé sa peine. Seulement, on ne l'avait jamais vu et entendu s'exprimer sur cette affaire (...) Le grand public va découvrir son système de défense. Mais surtout constater que ses explications et son attitude sont semblables à celles des hommes coupables de violences conjugales aujourd'hui (...) Enfin, les images ne sont pas diffusées de façon brute. Elles sont commentées, décryptées et interprétées par des acteurs directs ou indirects: l'avocat de Bertrand Cantat mais aussi le procureur de la République, Marlène Schiappa ou encore un expert-psychiatre. C'était primordial."

"Quand on aime quelqu'un, on ne la tue pas"

D'ailleurs, Marlène Schiappa aussi s'exprime dans de documentaire, qui rassemble également plusieurs témoignages. "Des Marie Trintignant, il y en a des centaines de milliers", déclare la Secrétaire d'État chargée de l'égalité femmes-hommes dans le documentaire. Et d'ajouter : "Quand on aime quelqu'un, on ne la tue pas. Et je pense que ce ne sont pas des crimes d'amour, mais des crimes de possession. C'est très différent. S'il s'agit de crime passionnel et qu'on tuait par amour, les femmes aiment aussi. Et pourtant, les femmes ne tuent pas, ou presque pas en proportion par rapport aux hommes." 

Nadine Trintignant, mère de Marie, témoigne elle aussi et se souvient des derniers souvenirs qu'elle a de sa fille, le jour même de sa mort, quand la comédienne achevait un tournage. "Je suis sûre que le matin, elle lui a dit que c'était fini. Le dernier jour de tournage, elle était joyeuse. Elle m'a dit "je me sens libre'." Depuis ce drame en août 2003 et quatre ans de prison (sur les huit dont il avait écopés), Bertrand Cantat a tenté de faire un retour sur scène, en dépit des polémiques suscitées.

Qui était la femme de Bertrand Cantat ?

Avant et après le drame du décès de Marie Trintignant après avoir été frappée par Bertrand Cantat à Vilnius, le chanteur a vécu avec Krisztina Rády. Le couple s'était rencontré en 1993. D'origine hongroise, la jeune femme avait 25 ans quand elle a croisé la route du chanteur. Quatre ans plus tard, ils se marient à Bordeaux. Krisztina Rády, très active dans le milieu culturel parisien, est directrice culturelle de l'Institut hongrois. Le couple a deux enfants, Milo, né en 1997 et Alice, née en 2002.

À sa sortie de prison pour le meurtre de Marie Trintignant, Bertrand Cantat s'installe de nouveau avec Krisztina Rády dans les Landes. Mais leur "relation libre", rapportait Le Point, sera ternie par la relation de cette dernière avec un autre homme. Ce qui déclencha la colère du chanteur. Le 10 janvier 2010, elle est retrouvée pendue à son domicile, par son fils Milo, âgé de 12 ans à l'époque. A ses côtés, une lettre d'adieux a été retrouvée, mais restée secrète. L'enquête tranche d'abord pour un suicide, mais une enquête est rouverte quelques mois plus tard avec de nouveaux éléments transmis par l'avocate et présidente d'une association féministe.

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