Procès de l'anesthésiste Péchier : "Pourquoi un docteur a voulu tuer son papa ?", une victime raconte le désarroi de ses enfants
Kevin Bardot, 26 ans à l'époque des faits, fait partie des potentielles victimes de l'anesthésiste Frédéric Péchier. En ce 45e jour de procès, celui qui a survécu in extremis en septembre 2016 est venu témoigner à la barre. "Je pensais me réveiller le jour-même, je me suis réveillé douze jours plus tard, attaché, branché de partout…" s'est remémoré le Haut-Saônois aujourd'hui âgé de 35 ans. S'il a survécu, Kevin Bardot n'en a pas moins souffert de cette expérience.
Celui qui pratiquait avant la boxe thaï à haut niveau a depuis dû faire une croix dessus. À l'issue de cet épisode, il a également été interdit d'activité physique pendant deux mois, mis en arrêt de travail durant sept et cela, sans oublier "les séquelles psychologiques, les insomnies pendant des mois, les cauchemars, avec la peur de ne pas se réveiller…"
"Je leur dis quoi ? Que c'est un lâche qui se croit supérieur"
À la barre ce lundi, Kevin Bardot a expliqué ce lundi être devenu papa un an après cet événement, mais ne pas avoir pu s'occuper de son fils seul. "Le plus dur, c'est le sentiment de culpabilité d'avoir fait souffrir mes parents, ma femme, ma famille", a-t-il raconté, comme le relaie L'Est républicain. Dans un premier temps, il confie ne pas avoir compris ce qui lui arrivait. "J'étais au top de ma forme, je ne prenais aucun traitement, je connaissais mon corps sur le bout des doigts : je savais que c'était impossible qu'il m'arrive quelque chose comme ça."
Contacté au printemps 2017 par les enquêteurs qui lui apprennent alors qu'il "fait partie des victimes" de l'affaire d'empoisonnement, Kevin Bardot a expliqué que la culpabilité a alors fait place à la "rage" et la "colère". Colère que Frédéric Péchier ait "pu agir sans que personne ne s'inquiète pendant toutes ces années", rappelons qu'il est suspecté d'avoir empoisonné 30 patients, dont 12 mortellement, entre 2008 et 2017. Mais aussi colère "d'avoir servi de chair à canon pour des histoires d'égo et de fric".
Aujourd'hui à la barre, Kevin Bardot n'a pas cherché à cacher sa rage. "Neuf ans se sont passés, mes deux enfants grandissent et posent des questions : 'Pourquoi un docteur a voulu tuer son papa ?'" a-t-il interrogé. Et de questionner : "Je leur dis quoi ? Que c'est un lâche qui se croit supérieur, qui rejette la faute sur les autres, qui sort des mensonges toutes les cinq minutes ?"