Jack Lang : ce mail de Jeffrey Epstein qui interroge... Le détail des relations entre les deux hommes
673. C'est le nombre de mentions du nom de Jack Lang dans les trois millions de documents publiés fin janvier et révélant les liens d'intérêt de Jeffrey Epstein, l'homme d'affaires américain accusé d'avoir organisé un trafic sexuel pédocriminel et s'étant suicidé en prison en 2019 avant de pouvoir être jugé. Ces documents révèlent une certaine proximité entre les deux hommes depuis leur rencontre en 2010. Des relations amicales "assumées" par Jack Lang, ancien ministre de la Culture et de l'Éducation nationale.
Jeffrey Epstein "était pour moi un inconnu que j'ai découvert grâce à Woody Allen" qui est progressivement "devenu un ami", a déclaré Jack Lang sur les ondes de RTL mercredi 4 février. Il a ensuite nuancé : "Le mot amitié, il faut l'utiliser avec précaution". Les deux hommes s'entendaient suffisamment pour organiser des rendez-vous et des sorties plus ou moins régulières, à Paris, au Maroc ou pour d'autres mondanités et pour se rendre des services.
Jack Lang dit ne pas avoir connu Jeffrey Epstein "comme prédateur sexuel"
Si l'ancien ministre et actuel président de l'institut du monde arabe reconnaît des liens avec le milliardaire, il soutient ne pas l'avoir connu "comme prédateur sexuel". Selon lui, "rien ne laissait supposer" les crimes de Jeffrey Epstein. Le nom de Jack Lang n'est d'ailleurs jamais associé à de quelconques crimes sexuels dans les dossiers rendus publics. L'homme de 86 ans dit avoir vu en Jeffrey Epstein "un homme cultivé, passionné d'art, passionné de culture". "Comment cet homme si courtois, si charmant, si généreux, avait pu perpétrer de pareilles abominations ?" a assuré s'être demandé Jack Lang après l'affaire Epstein lors d'un passage du France 2.
À cette époque, l'Américain avait pourtant déjà été condamné à 13 mois de prison aménagés pour avoir eu recours à des prostituées mineures. Son implication dans un trafic sexuel pédocriminel n'a toutefois été révélée qu'en 2019. Jack Lang se défend d'avoir été au courant des antécédents judiciaires de Jeffrey Epstein et affirme être "tombé de l'armoire" lors des révélations. Il a indiqué sur RTL ne pas demander "leur casier judiciaire, leur histoire personnelle" à toutes les personnes qu'il rencontre.
"Petit Prince" et grande générosité... Des mails qui posent question
La plupart des mails entre Lang et Epstein ne traitent que de rendez-vous pour prendre un verre ou aller voir un spectacle à Paris, mais quelques-uns soulèvent des questions comme le courriel intitulé "Petit Prince" adressé à l'ancien ministre de la Culture en janvier 2013. "L'enfant doit-il être initié à la religion, aux nouvelles sexualités, être testé, à quelle fréquence, test standardisé, exemple de projet ?" interrogeait Jeffrey Epstein dans ce mail comme le rapporte RTL. D'après franceinfo, il s'agirait d'une réponse à un document envoyé par Jack Lang concernant un projet éducatif intitulé "Petit Prince". Mais l'ex-ministre a assuré ne pas savoir de quoi il s'agit : "Je ne sais pas, je ne peux pas vous répondre, je ne peux pas vous raconter des histoires, je ne sais pas." Pour autant, il ajoute n'avoir rien à craindre d'éventuelles investigations jurant "être blanc comme neige".
Ce mail est la seule référence à des enfants dans les échanges de Jack Lang et de Jeffrey Epstein. Mais d'autres faveurs mutuelles entre les deux hommes interpellent. Les documents révèlent que l'ancien ministre a plusieurs fois bénéficié de la "générosité infinie" de l'Américain pour le prêt d'une voiture en 2017 ou pour solliciter une aide financière pour une association et la réalisation d'un film par exemple. Il a également fait jouer ses relations au profit du milliardaire et servi d'intermédiaire notamment pour l'achat d'un Riad au Maroc. Rien cependant qui semble lier de près ou de loin à l'affaire Epstein.
Jeudi 5 février en soirée, BFMTV a révélé que Jack Lang allait toutefois être convoqué par le Quai d'Orsay à la demande de Matignon, mais aussi de l'Élysée, d'après Le Monde. L'ex-ministre et actuel président de l'Institut du monde arabe devra s'y expliquer sur les nombreuses mentions de son nom dans le dossier Epstein, apprend-on. Une information également confirmée par Le Figaro, qui affirme que, selon l'entourage d'Emmanuel Macron, Jack Lang devrait "penser à l'institution" de l'Institut du monde arabe, et ce, alors que les appels à sa démission se multiplient.
La fille de Jack Lang, associée de Jeffrey Epstein
Les dossiers révélés dans l'affaire Epstein montrent que l'Américain n'était pas uniquement proche de Jack Lang, mais aussi de la fille de ce dernier, Caroline Lang. La fille de l'ancien ministre apparaît comme une intermédiaire très régulière entre les deux hommes. Une proximité telle que Caroline Lang s'est vue prêter une maison en Floride par Jeffrey Epstein en 2014 pour un séjour avec ses filles. Sur BFMTV jeudi soir, Caroline Lang a toutefois assuré n'avoir rencontré Jeffrey Epstein qu'"une quinzaine de fois" entre 2012 et sa mort en 2019.
Leur relation avait toutefois donné lieu à un business entre Jeffrey Epstein et Caroline Lang comme l'a souligné Mediapart. La fille de Jack possédait la moitié des parts d'une société offshore fondée aux îles Vierges par l'Américain et dont le but était de "favoriser l'acquisition d'œuvres de jeunes artistes" selon elle. Les documents indiquent que les fonds de l'entreprise avaient tous été apportés par l'homme d'affaires et que "madame Lang apport[ait] son expertise et son flair pour le potentiel et la valeur artistiques". Au sujet de cette société, Caroline Lang reconnaît ne pas l'avoir déclarée au fisc faute d'investissement de sa part sans avoir "mesuré les implications et les conséquences". Elle affirme également avoir liquidé la société en 2019 après le suicide de Jeffrey Epstein et a assuré jeudi sur BFMTV, n'avoir perçu "aucun bénéfice" de ce fonds.
Autre point intéressant : Caroline Lang figure sur le testament du milliardaire qui lui a légué cinq millions de dollars. Chose qu'elle affirme avoir ignorée du vivant de Jeffrey Epstein et même jusqu'à "dimanche", a-t-elle déclaré jeudi sur le plateau de BFMTV. "Je pense qu'il avait de l'affection pour moi. Il voyait que j'étais une mère seule avec deux enfants. Je travaillais énormément et j'élevais seule mes deux filles", a-t-elle déclaré, ajoutant : "C'est ma seule explication, je pense il a voulu être généreux avec moi." Elle a assuré n'avoir en revanche jamais touché cet argent.
Mais Caroline Lang connaissait-elle les antécédents judiciaires de l'Américain lorsqu'elle s'est associée à lui, notamment sa condamnation en 2008 ? Elle a répondu à Mediapart avoir découvert le passé judiciaire d'Epstein "il y a longtemps", après que ce dernier lui a écrit ces mots : "Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler". "Il m'a dit qu'il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l'ai cru", ajoute-t-elle auprès du journal. Elle assure toutefois n'avoir jamais eu vent du trafic pédocriminel et être "tombée des nues" lors des révélations en 2019. À BFMTV jeudi soir, elle s'est défendue : "Je ne pouvais pas savoir, et mon père non plus [...] On a rien fait de mal."
Jack Lang et sa fille Caroline sont mentionnés à de nombreuses reprises dans les trois millions de documents publiés fin janvier révélant les liens d'intérêt de Jeffrey Epstein. Les deux Français ne sont en rien liés à l'affaire Epstein, qui concerne un trafic sexuel pédocriminel mené par Jeffrey Epstein. Mais leur mention dans des documents en lien avec l'homme d'affaires qui s'est suicidé en prison en 2019 avant de pouvoir être jugé suscite la controverse ces derniers jours. Jack Lang et Caroline Lang se retrouvent sous le feu des projecteurs comme de nombreuses autres personnalités qui ont pu côtoyer, de près ou de loin, le trafiquant sexuel et pédocriminel américain.