Gisèle Pelicot : "C'est moi qui lui demande pardon", ce moment de doute confié lors de sa première apparition TV

Gisèle Pelicot : "C'est moi qui lui demande pardon", ce moment de doute confié lors de sa première apparition TV Dans son livre à paraître le 17 février, Gisèle Pelicot revient sur l'affaire et le procès des viols de Mazan, dont elle a été la victime. Mais aussi sur les moments de bonheur qu'elle a pu avoir avec son ex-mari et sur les signaux qu'elle n'avait pas vus ou pas pu voir.

Discrète depuis la condamnation de son mari et des 50 hommes l'ayant violée, Gisèle Pelicot est prête à raconter l'affaire des viols de Mazan de son point de vue. Dans son livre Et la joie de vivre, à paraître chez Flammarion le 17 février, l'ex-épouse de Dominique Pelicot revient en détail sur cette histoire dont elle a été la victime, de la découverte des faits dans le commissariat de police de Carpentras en novembre 2020 jusqu'à la fin du procès en première instance le 19 décembre 2024.

Mercredi 11 février, Gisèle Pelicot a donné sa toute première interview à la télévision. Elle était l'invitée d'Augustin Trapenard dans La Grande librairie sur France 5. "Je veux montrer que ce livre est un message d'espoir pour toutes les femmes qui traversent des périodes compliquées dans leur existence", a expliqué l'ex-épouse de Dominique Pelicot. Gisèle Pelicot est dans un premier temps revenue sur cette "force" qu'elle a eue de se dire "je leur tiendrai tête jusqu'au bout", une force puisée au fond d'elle-même, a-t-elle affirmé. Questionnée sur le fait que certains estiment qu'elle aurait forcément dû se rendre compte de ce qui lui arrivait, Gisèle Pelicot a estimé que "c'est peut-être une manière de se rassurer". Mais surtout, la victime du procès des viols de Mazan a insisté au cours de cet entretien sur le fait qu'elle veuille que son "histoire serve aux autres", alertant tout particulièrement sur le fléau de la soumission chimique.

Alors qu'on l'interrogeait sur la signification que peuvent encore avoir les moments de bonheur qu'elle a eus avec ce mari, qui lui a depuis fait vivre l'impensable, Gisèle Pelicot a confié vouloir garder intacts les souvenirs de ces instants passés avec son ex-époux. Et ce, malgré ce qui s'est passé ensuite. "Si j'efface ces souvenirs-là, je meurs", a-t-elle confié. "J'ai voulu garder tous ces bons moments que j'ai passés avec monsieur Pelicot parce que j'ai eu mes trois enfants, on a été heureux ensemble. [...] C'est vrai que ça peut surprendre. La plupart des gens voudraient tout jeter à la poubelle. Pas moi", a-t-elle expliqué. "Moi, j'ai voulu garder les bons souvenirs et ce qui est arrivé après, je l'ai mis, je les ai enfermés à clé à double tour dans un tiroir que je n'ouvrirai plus jamais."

Toutefois, après avoir découvert ce que son mari lui faisait subir depuis près d'une décennie, Gisèle Pelicot a dû réexaminer sa vie pour déceler les signaux qu’elle n’avait pas vus. "Je pense que j'en ai eu plusieurs, mais à l'époque, je ne m'autorisais peut-être pas à aller au fond des choses", explique-t-elle. Et de poursuivre : "Je raconte [dans son livre ndlr.] ces taches sur ce petit pantalon jaune au tout début que nous sommes arrivés à Mazan, où je lui demande si par hasard il ne me droguerait pas. Et là, il se met à pleurer en me disant : 'Mais tu te rends compte de ce que tu es en train de me dire ?' [...] Son attitude m'a complètement déstabilisée et c'est moi qui lui demande pardon."

"[Dominique Pelicot] j'avais hâte de l'avoir en face de moi. [Les 50 autres], je craignais leur nombre"

Dans son livre, celle qui est devenue une figure de la lutte contre les violences faites aux femmes, et a impressionné par la force dont elle a fait preuve devant ses agresseurs, dont son ancien mari, raconte le choc et le déni lorsqu'elle a appris avoir subi plusieurs centaines de viols commis par au moins une cinquantaine d'hommes et des dizaines d'autres n'ayant pas été retrouvés, ni jugés. "Ma bouche était paralysée. [...] Mon cerveau s'est arrêté", écrit-elle dans son livre dont quelques extraits sont diffusés par Le Monde.

Si la découverte de cette affaire est un choc pour Gisèle Pelicot, le procès des viols de Mazan qui doit l'opposer à ses 51 agresseurs, "une meute et Dominique", est une nouvelle épreuve. Une épreuve qu'elle a décidé de rendre publique en renonçant au huis clos du procès. Cette décision courageuse qui lui a valu d'être élevée en figure du combat contre les violences sexuelles, Gisèle Pelicot explique l'avoir prise pour se donner de la force. "[Dominique Pelicot] j'avais hâte de l'avoir en face de moi. [Les 50 autres], je craignais leur nombre. Si bien que, de plus en plus, la porte fermée du tribunal, censée me protéger des regards, de la presse et des commentaires, m'inquiétait", écrit-elle dans son livre. Cette porte "me laisserait seule face à eux".

"Est-ce que je n'étais pas en train de leur faire un cadeau ?"

Face à la supériorité numérique des accusés, Gisèle Pelicot craignait de ne pas être entendue. "Plus le procès approchait, plus je m'imaginais devenir l'otage de leurs regards, de leurs mensonges, de leur lâcheté et de leur mépris. Des charges accablantes pesaient contre eux, des preuves comme jamais. Reste que 50 hommes feraient masse dans l'enceinte de la justice. Leurs voix couvriraient forcément la mienne. [...] Leurs épaules côte à côte, comme un mur devant moi."

En plus de l'inquiéter, le huis clos paraissait injuste à Gisèle Pelicot. Il signifiait que : "Personne ne saurait ce qu'ils m'avaient fait. Pas un journaliste ne serait là pour écrire leurs noms en face de leurs crimes. Pas un inconnu ne viendrait les dévisager en se demandant à quoi on reconnaît un violeur parmi ses voisins et ses collègues, alors qu'il est manifestement si facile d'en recruter." Le huis clos aurait épargné les accusés et la septuagénaire refusait de leur faire ce cadeau : "Est-ce que je ne les protégeais pas en fermant la porte ?"

Gisèle Pelicot ne voulait pas être "seule"

Si Gisèle Pelicot a refusé le huis clos pour exposer ces accusés, elle a aussi ouvert les portes du tribunal en espérant trouver du soutien et en donner aux autres femmes qui pourraient "entrer et s'asseoir dans la salle pour se sentir moins seule". Car "si je ne m'étais aperçue de rien, c'était forcément arrivé à d'autres", écrit-elle.

Et du soutien, Gisèle Pelicot en a reçu. Beaucoup. Grâce à "cette foule dehors qui grossissait et m'escortait chaque jour aux abords du tribunal" avant les audiences. Une mobilisation qui est intervenue au moment où celle qui avait subi les viols de Mazan "ne voulai[t] de la compassion de personne, ne comptai[t] que sur [sa] force, et sans doute sur l'oubli". "Mais cette foule n'en pouvait plus de l'oubli, de cette façon que la vie a de nous découper et de nous laisser seuls, avec nos douleurs qui s'ignorent" et "cette foule m'a sauvée", raconte Gisèle Pelicot en remerciant celles et ceux qui ont formé "une masse enveloppante et rassurante" autour d'elle à un des pires moments de sa vie.

"Je n'avais plus peur"

C'est en partie cette mobilisation qui a donné à Gisèle Pelicot l'aplomb nécessaire pour parler comme elle l'a fait au procès, seule à la barre et avec des mots affutés pour répondre à "sept semaines d'attaques incessantes" venant des accusés et des avocats de la défense. "Je n'avais plus peur. J'ai même corrigé le président, je lui ai dit que nous ne parlions pas ici de 'scènes de sexe', mais bel et bien de viols. Qu'il n'y avait pas 'viol et viol', comme avait osé l'affirmer un avocat" se souvient-elle.

"J'ai dit que je me sentais dans cette salle dans la peau de l'accusée, avec cinquante et une victimes face à moi", ajoute-t-elle rappelant l'inversion des rôles que certains avocats avaient tenté d'établir au procès. Des mots qui avaient résonné dans la presse et traduise le combat auquel Gisèle Pelicot a pris part et qu'elle défend encore : "On me remercie tous les jours pour mon courage, j'ai envie de leur dire, ce n'est pas du courage, mais une volonté et de la détermination pour faire évoluer cette société patriarcale et machiste."

Le livre Et la joie de vivre de Gisèle Pélicot doit paraître le 17 février 2026 aux éditions Flammarion. La septuagénaire qui a été droguée par son mari pour ensuite être livrée et violée à des dizaines d'hommes pendant dix ans est prête à raconter l'affaire et le procès des viols de Mazan depuis son point de vue. Dans son ouvrage, elle raconte comment elle a rencontré sa ex-mari et comment ils ont vécu heureux avant le choc qu'a été d'apprendre ce qu'il lui faisait subir. Elle revient également sur le procès et sa décision de renoncer au huis clos exposant son histoire et son intimité au monde entier.