Journée internationale des droits des femmes 2021 : chiffres choc et manifestations

Journée internationale des droits des femmes 2021 : chiffres choc et manifestations Pour la Journée internationale des droits des femmes 2021, YouGov a publié un sondage au verdict préoccupant quant à la perception actuelle de l'égalité hommes-femmes chez les Français, et des centaines de personnes ont manifesté dans les rues.

On aurait pu s'attendre à une autre évolution des chiffres sur le sujet en 2021 : selon une très récente étude YouGov *, 64% des Français seulement considèrent que les femmes et les hommes sont égaux, contre 69% en 2015. D'après le même sondage, 88% des habitants de l'Hexagone interrogés estiment que les femmes et les hommes devraient percevoir en général un salaire égal... versus 93% en 2015. L'étude donne aussi d'autres chiffres relatifs au vécu des femmes en terme de perception par la société de leur force et de leur intelligence : face à l'affirmation "Quelqu'un a supposé que j'étais faible en raison de mon sexe", 54% des femmes sondées déclarent que cette situation leur est déjà arrivée, contre 13% des hommes interrogés. Les femmes du panel YouGov sont également 36% à avouer que quelqu'un les a déjà supposées "moins intelligentes en raison de leur sexe", contre 16% des hommes. 

* en ligne, du 1er au 2 février 2021, auprès de 1001 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus du panel propriétaire YouGov France 

© YouGov

Le vélo en ville, un "miroir" des inégalités femmes-hommes ?

Autres chiffres inattendus, qui changent de ceux que l'on connaît sur les violences faites aux femmes en général : la pratique du vélo en ville, également un "miroir" des inégalités femmes-hommes, rapporte l'AFP. Si des flots de néo-cyclistes ont envahi les rues avec la pandémie de Covid, le vélo reste en effet très majoritairement utilisé par les hommes dans les villes françaises. D'après une étude réalisée en 2018 par le géographe Yves Raibaud au sein de Bordeaux et sa métropole, seuls 38% des cyclistes étaient des femmes. La nuit et par temps de pluie, leur proportion chutait par ailleurs à 22%. Dixit le spécialiste dans un article publié dans le journal du CNRS, les cyclistes femmes citent de nombreux obstacles à la pratique du vélo : le fait d'être chargée (enfants, courses), la peur d'un problème technique ou de l'accident, un sentiment d'insécurité face au harcèlement (similaire à celui ressenti à pied) ou encore la tenue parfois exigée dans le monde du travail (tailleur, talons, jupe...). D'ailleurs, "Le 'sexe' du vélo, c'est aussi la virilité de la chute, du risque, de la performance", souligne le géographe. 

Que faire pour améliorer les choses ? La consultante en socio-ethnographie Chris Blache, co-fondatrice de "Genre et Ville" et qui vient de réaliser une enquête auprès des usagères de Vélib, souligne auprès de l'AFP l'importance de "créer un environnement sécurisé pour accéder au vélo" (éclairage public, garages), "de mettre en place la continuité des pistes cyclables et de les élargir pour permettre aux vélos-cargos de circuler, mais aussi de ralentir la circulation".

Quelles manifestations ont eu lieu pour la Journée internationale des droits des femmes 2021 ? 

Des centaines de personnes, en grande majorité des femmes, ont manifesté samedi et dimanche dans les rues de plusieurs grandes villes de France, en amont de la Journée internationale des droits des femmes 2021. A Quimper, Lyon, Paris, Nice ou encore Montpellier, ce week-end a été marqué par des manifestations féministes, notamment impulsées par le collectif d'associations féministes "On Arrête Toutes" place de la République à Paris. 300 personnes environ se sont ainsi rassemblées dans la capitale pour défendre les droits des femmes "à l'international" et les appeler à faire une "grève de tout" le lundi 8 mars. A Lille, la marche a réuni environ 850 manifestants selon la préfecture.

Dans plusieurs villes, des pancartes et banderoles ont pointé les attaques portées au droit à l'avortement dans de nombreux pays, dont l'Europe. Les revendications ont également concernées les inégalités salariales femmes / hommes, aggravées par la pandémie. D'après l'organisme européen des statistiques Eurostat, les femmes ont en moyenne été rémunérées 14,1% de moins que les hommes dans l'UE en 2018. Les manifestantes ont aussi dénoncé les violences faites aux femmes et les féminicides, sachant qu'en 2020, 90 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Des slogans contre le sexisme et le patriarcat donc, mais aussi des revendications pour le droit à la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes

PAGE SPÉCIALE

Découvrez dans notre page spéciale, en naviguant à l'aide du sommaire tout en haut, l'histoire de la Journée des droits des femmes et de son origine, la raison du choix de la date du 8 mars ou encore le thème choisi par l'Onu pour symboliser la lutte pour les droits des femmes cette année.

Origines et histoire de la Journée des droits des femmes

Si les Nations Unies ont officialisé cette célébration (et sa date) en 1977 et qu'elle a été instaurée en France en 1982 par le Président François Mitterrand, l'origine de la Journée de la femme, devenue "Journée des droits des femmes", est à chercher plus loin dans le temps : à l'époque de la lutte des ouvrières pour de meilleures conditions de travail, et de celle des suffragettes pour le droit de vote, soit dans la première partie du XXe siècle. En 1957, le journal l'Humanité saluait le centenaire du 8 mars 1857, ce jour où "les ouvrières de l'habillement de la ville de New-York s'en allèrent défiler dans les rues, comme des hommes, portant pancartes et banderoles" pour des meilleures conditions de travail et le respect de leur dignité. En 1908, le 21 juin cette fois, c'était au tour de 250 000 suffragettes de réclamer le droit de vote des femmes à Londres. Une fin de 19e - début de 20e siècle au goût d'émancipation qui allait favoriser l'émergence de la Journée internationale du droit des femmes, des décennies plus tard. La première Journée internationale de la femme a eu lieu le 19 mars 1911 (en Europe et aux Etats-Unis) et plaidait déjà pour plus de droits.

Le vote des femmes. Affiche éditée par "l'Union Fraternelle des Femmes". Paris, 1925. © COLLECTION YLI / SIPA

Après la signature de la charte des Nations Unies à San Francisco en 1945 pour proclamer l'égalité des sexes comme droit fondamental, les manifestations se multiplient une fois par an dans le monde entier pour l'égalité hommes-femmes. Ces journées sont aussi l'occasion de bilans, notamment en chiffres, sur la situation du moment. Des associations de militantes en profitent également pour célébrer les récents acquis comme pour faire entendre les revendications qui restent à l'ordre du jour.

La date du 8 mars 

Le choix du 8 mars comme date dédiée aux droits des femmes nous vient quant à lui de la Russie communiste. En 1921, Lénine initiait déjà le 8 mars comme celle de la "Journée internationale des femmes", en mémoire de la première manifestation à avoir lancé la Révolution russe, en 1917. Cette année-là, les ouvrières russes avaient décidé de se mettre en grève le dernier dimanche du mois de février afin de revendiquer "du pain et la paix". C'était le 23 février, mais dans le calendrier julien... La date deviendra le 8 mars dans notre calendrier grégorien. Il faudra attendre 1977, en pleine séquence de détente entre les blocs de l'Est et de l'Ouest pendant la Guerre froide, pour que les Nations Unies adoptent ce jour du calendrier après avoir hésité entre plusieurs dates, comme celle du 19 mars, souvenir des premiers défilés aux Etats-Unis en 1911.

Quel est le thème de la Journée des droits des femmes 2021 ?

Une thématique différente est désignée par l'ONU à chacune des éditions de la "Journée des femmes" ("Womens Day" en anglais). Pour 2021, il s'agit de "Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19". Un thème, précise l'Organisation des Nations Unies, qui célèbre "les efforts considérables déployés par les femmes et les filles partout dans le monde pour façonner un futur et une relance plus égalitaires suite à la pandémie de Covid-19 et met en lumière les lacunes à combler."