Une centaine de Rafale livrée à l'Ukraine : les détails de l'accord entre Macron et Zelensky, qui va payer la facture ?
Un "accord historique" conclu pour la neuvième rencontre entre Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron depuis le début de la guerre en Ukraine. Le deal, qui prévoit "un renforcement significatif de notre aviation de combat, de notre défense aérienne et de nos autres capacités de défense" comme annoncé par le président ukrainien sur X avant sa visite d'Etat, porte sur "l'acquisition par l'Ukraine d'équipements de défense français" neufs "de l'ordre de 100 Rafale, avec leurs armements associés" a déclaré l'Elysée ce lundi 17 novembre.
Les deux chefs d'Etats se sont retrouvés sur la base militaire aérienne de Villacoublay ce lundi 17 novembre pour évoquer le renforcement des moyens de défense de l'Ukraine, notamment la lutte antidrones élevée au rang de priorité par la présidence française après les récentes frappes russes. Sur place, les deux hommes ont signé une lettre d'intention et la présidence a détaillé le contenu de l'accord passé entre les deux pays. Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron doivent également s'entretenir avec l'état-major de la force multinationale Ukraine avant de se rendre à l'Elysée.
Le président ukrainien a manifesté son intérêt pour les avions de combat ces dernières semaines. Fin octobre, il indiquait mener "trois discussions parallèles avec les Suédois, les Français et les Américains" dans le but de constituer une flotte de 250 nouveaux avions. Après avoir obtenu la promesse de la livraison de 85 F-16 américains et de 150 Gripen suédois, il a acté la livraison de 100 Rafale, mais également d'autres équipements de défense dont le système de défense aérienne SAMP-T nouvelle génération, reposant sur des radars et des drones de nouvelle génération. Si l'Ukraine souhaite tant se doter de Rafale, c'est que l'avion, fleuron de l'armée française, est "bien meilleur que tout ce dont disposent les Russes et les Ukrainiens et dans tous les domaines", assure le pilote Xavier Tytelman sur les ondes de Radio France.
Des Rafale promis à l'Ukraine, mais avec quel délai ?
Si la France accepte de vendre à l'Ukraine de plusieurs Rafale, la livraison ne sera pas immédiate. L'accord prévoit effectivement des livraisons étalées "sur un horizon d'une dizaine d'années", soit d'ici à la fin d'année 2035. Un délai qui s'explique par le temps de production nécessaire pour les engins du constructeurs Dassault, lequel s'est dit "prêt" à répondre à une commande ukrainienne.
Il n'est effectivement pas question de cessions des Rafale qui composent actuellement la flotte de l'armée française, comme c'était le cas pour les Mirage 2000 promis en 2024. Il faut également former les militaires ukrainiens au pilotage et à la manoeuvre sur ces avions, une formation qui pourra être assurée d'ici les premières livraisons de Rafale. A noter qu'aucune date concernant l'arrivée des premiers avions à Kiev n'a été donnée. Les forces ukrainiennes "n'auront pas [les avions de combat] tout de suite, ne serait-ce parce qu'il faut former les mécaniciens, les pilotes et parce qu'on a déjà du mal à avoir suffisamment de Rafale pour nous-mêmes", a expliqué l'amiral Jean-Louis Vichot, ancien chef de mission militaire française auprès de l'Otan, sur BFMTV.
Une commande de Rafale à plusieurs milliards d'euros
Des Rafale vont donc bien être envoyés en Ukraine, mais il ne semble pas s'agir de donations françaises au nom de l'alliance du pays à l'Ukraine face à l'invasion russe. S'il ne s'agit pas de dons, alors les avions produits doivent être achetés, mais par qui ? L'Ukraine, dont l'économie est en berne en raison du conflit et déjà massivement tournée vers l'effort de guerre, ne paraît pas en mesure de payer la facture seule. La production d'un Rafale est évaluée entre 70 et 80 millions, un montant qui passe de 7 à 8 milliards pour une centaine d'engins. Le président ukrainien pourrait cependant décider de réquisitionner une partie des avoirs russes gelés depuis le début de la guerre et dont la somme s'élève à 210 milliards d'euros selon BFMTV.
Autrement, selon un scénario jugé probable, l'Ukraine pourrait être soutenue par l'Otan pour l'acquisition des Rafale grâce au programme PURL (pour "Priority Ukraine Requirements Lists" ou "liste des besoins priorisés de l'Ukraine" en français). Cette procédure a été mise en place en juillet dernier par les Etats-Unis pour que l'Otan définisse les besoins de l'Ukraine, achète le matériel militaire, notamment américain, et le livre à Kiev. Le fonds, alimenté par les pays membre de l'Otan et alliés du l'Ukraine qui se sont associés à l'initiative, devrait servir à l'achat des avions français. La France, si elle continue de soutenir l'Ukraine, ne s'est pas associée au programme PURL, elle ne participera donc pas au financements des Rafale construits et fournis à l'Ukraine.
De précédentes livraisons d'avions français toujours pas honorées à Kiev
L'annonce de la livraison de Rafale est une première, car jusqu'à présent la France a uniquement promis des Mirage 2000 à l'Ukraine. Et sur les six avions promis en juin 2024 selon rapport budgétaire de l'Assemblée nationale de l'automne 2024, seuls trois ont été livrés en février dernier. "Nous livrerons dans les prochains jours des missiles Aster additionnels, de nouveaux programmes de formation et de nouveaux Mirage", affirmait d'ailleurs Emmanuel Macron le 24 octobre lors d'une réunion de la Coalition des volontaires.
La livraison de Rafale, par centaine, va elle aussi prendre du temps, car fournir ces avions sera plus difficile que livrer des Mirage 2000. Les six avions promis à l'Ukraine en 2024 devaient être prélevés au sein de la flotte de l'armée de l'air et de l'espace française qui comptait à l'époque 26 Mirage 2000, lesquels commençaient déjà à être remplacés par les Rafale, autre avion de Dassault. Cette fois, il est question de produire de nouveaux avions qui sont demandés par la France, par l'Ukraine, mais qui font également l'objet des commandes venant d'autres pays comme l'Inde.