"Si cela devait arriver..." Cette phrase de Macron sur le Groenland et Trump montre que Paris s'inquiète

"Si cela devait arriver..." Cette phrase de Macron sur le Groenland et Trump montre que Paris s'inquiète Emmanuel Macron s'est exprimé sur les craintes européennes d'une annexion du Groenland par les Etats-Unis. Des propos passés inaperçus montrent qu'un basculement majeur est redouté.

Le Quay d'Orsay avait très probablement un autre agenda et mobilisait toute son énergie sur la résolution du conflit ukrainien ces dernières semaines, mais voici que le dossier groenlandais est semble-t-il devenu prioritaire. Depuis dimanche soir, la tension entre les États-Unis et le Vieux continent s'est tellement accrue que les diplomates craignent un point de rupture inédit entre l'Europe et son allié historique.

Tout s'est accéléré avec les déclarations du président américain, à bord d'Air Force One le 4 janvier dernier. Donald Trump, fort de son récent coup de force au Venezuela, a de nouveau démontré son obsession pour l'île arctique : "Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois. Parlons-en dans vingt jours", a-t-il lancé. Le président américain a de nouveau justifié cette ambition par un impératif de sécurité nationale, arguant que le Danemark n'aurait plus les moyens d'assurer la protection du territoire face aux intérêts russes et chinois. Pour piloter ce dossier, Trump a nommé un émissaire spécial, le gouverneur de Louisiane Jeff Landry, pour mener un projet géopolitique dont les contours demeurent flous.

La réponse de l'Élysée a pourtant été vive et coordonnée avec ses principaux partenaires. Ce mardi 6 janvier, Emmanuel Macron a reçu hier à Paris la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. À l'issue de cette rencontre, la France a piloté la publication d'une déclaration conjointe d'une rare fermeté, cosignée par sept puissances européennes (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Pologne, Espagne et Danemark). Le message est sans équivoque : "Le Groenland appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls, de décider de leur avenir".

Macron ouvre la porte : "Si cela devait arriver..."

Auprès de Radio France, Emmanuel Macron a par ailleurs répliqué avec des propos directs et francs, diffusés ce mercredi 7 janvier sur franceinfo. "La souveraineté des Etats est la base de tout. Il n'y a pas pour moi de scénario où les Etats-Unis d'Amérique seraient mis dans la situation de violer la souveraineté danoise. Cela n'existe pas", a-t-il dit, ajoutant cette phrase qui en dit long sur les craintes de Paris sur le fait que Donald Trump ne respecte si ses alliés ni le droit international : "Si cela devait arriver, c'est un autre monde".

Voilà des propos qui laissent entendre que l'idée d'une agression américaine sur le sol européen n'est pas vraiment exclue par Paris et que l'entrée dans "un autre monde" doit être anticipée. Si Donald Trump mène une forme d'annexion sur le territoire groenlandais, alors c'est très clairement l'existence dans ses formes actuelles de l'Otan qui serait remise en questions, avec des conséquences historiques pour l'Europe. Les experts affirment sans pudeur désormais que cela marquerait soit la vassalisation de l'Europe - en cas de résignation - soit une rupture d'alliances majeure - en cas d'opposition. Hier soir, Donald Trump a réaffirmé qu'il n'excluait pas un déploiement militaire sur l'île danoise.

À Nuuk, hier, le Premier ministre groenlandais, Jens Frederik Nielssen, a fait savoir que les menaces américaines relevaient de "fantasmes coloniaux". Il a une nouvelle fois clairement rejeté l'idée d'une transaction financière ou militaire sur le dos de ses 57 000 concitoyens. Le Danemark, de son côté, a déjà injecté plus de 1,2 milliard d'euros dans la sécurité arctique l'année dernière pour prouver sa capacité à assumer sa souveraineté.