Groenland : les Européens réagissent aux menaces de droits de douane de Donald Trump
- Il est "hors de question" que les États-Unis acquièrent le Groenland, a martelé jeudi le ministre des Affaires étrangères du Danemark à la presse danoise. Plus tôt, Karoline Leavitt avait déclaré que le déploiement de troupes européennes au Groenland décidé par le Danemark en réponse aux critiques américaines sur son manque d'engagement dans l'île arctique n'avait "aucun impact sur l'objectif (de Donald Trump) d'acquérir" le territoire autonome danois.
- Vendredi, Donald Trump a menacé de droits de douane les pays qui ne soutiendraient pas son plan pour le Groenland, réaffirmant au passage le besoin des États-Unis d'acquérir ce territoire pour leur sécurité nationale.
- Menaces réitérées, ce samedi, par le président américain qui imposera aux pays européens des droits de douane à hauteur de 10%, à compter du 1er février. Par ailleurs, il les accuse de jouer à un "jeu dangereux".
- Les déclarations de Donald Trump ont été critiquées en Europe. Emmanuel Macron a parlé de "menaces inacceptables" et s'est dit prêt à demander l’activation de l’instrument anti-coercition de l’Union européenne.
- Vendredi soir, le chef du Commandement arctique danois a assuré que l’envoi de personnel militaire pour une mission de reconnaissance au Groenland, qui s’inscrit dans le cadre de l’exercice danois "Arctic Endurance" organisé avec des alliés de l'Otan, n'était pas en lien avec les récentes déclarations de Donald Trump. "Pour moi, il s’agit de la Russie. [...] Lorsque la guerre en Ukraine sera terminée, nous nous attendons à ce que la Russie redéploie les ressources qu’elle utilisait en Ukraine vers d’autres théâtres d’opérations, y compris l’Arctique. Ainsi, afin de nous y préparer, [...] nous devons nous entraîner", a-t-il expliqué, assurant que les États-Unis, en tant que membres de l’Otan, sont "bien sûr" invités.
- Un autre pays a été ciblé par des propos jugés "irresponsables". Le futur ambassadeur des États-Unis en Islande a en effet osé une plaisanterie affirmant publiquement qu'il allait devenir le "gouverneur du 52e État américain", comme le rapporte Politico. Le ministère des Affaires étrangères islandais a toutefois pris les choses au sérieux et "a contacté l'ambassade des États-Unis en Islande pour vérifier la véracité des propos qui lui sont attribués". La crise est ouverte. Si bien que des Islandais ont lancé une pétition pour rejeter la nomination de l'ambassadeur. Ce dernier a présenté ses excuses, mais la polémique montre que les Européens perdent patience avec l'administration Trump.
Une rencontre au sommet a alors été organisée mercredi 14 janvier à la Maison-Blanche avec les ministres danois et groenlandais des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen et Vivian Motzfeldt, ainsi que le vice-président des États-Unis JD Vance et le secrétaire d'État Marco Rubio. L'objectif était clair : évoquer, "droit dans les yeux", les vues du président américain sur le Groenland. Selon le correspondant à Washington du Jyllands-Posten, Christian Bigum, "la réunion [se serait] mieux déroulée que prévu". Pour autant, "il ne semble pas du tout que le Danemark et le Groenland soient tirés d'affaire après la réunion d'aujourd'hui", a-t-il prévenu. Le Danemark et le Groenland sont toutefois restés plutôt secrets sur ce qui avait pu se dire dans le détail lors de la réunion à la Maison-Blanche, évacuant la question d'un journaliste qui voulait en savoir plus par un évasif : "Même si nous ne sommes pas d'accord, la conversation que nous avons eue a été productive", a insiste Copenhague.
Peu après ces premiers retours, les ministres danois et groenlandais des Affaires étrangères se sont exprimés en conférence de presse sur cette réunion. Dénonçant les récentes "déclarations extravagantes" de Donald Trump sur le Groenland, Lars Løkke Rasmussen a expliqué avoir "demandé aux États-Unis s'ils avaient des souhaits supplémentaires concernant le Groenland et leur accès militaire", alors que ceux-ci disposent déjà d'un accès à l'île.
Concédant qu'il y a bien des raisons de s'inquiéter de la situation régionale et notant l'importance de la coopération avec les États-Unis sur place, Lars Løkke Rasmussen a insisté sur le fait que, pour l'heure, "il n'y a pas de navires de guerre chinois autour du Groenland". Et la Groenlandaise Vivian Motzfeldt de renchérir : "Le Groenland souhaite maintenir une étroite coopération avec les États-Unis, mais cela ne signifie pas que nous voulons être la propriété des États-Unis."
Le Danemark et le Groenland sont toutefois restés plutôt secrets sur ce qui avait pu se dire dans le détail lors de la réunion à la Maison-Blanche, évacuant la question d'un journaliste qui voulait en savoir plus par un évasif : "Même si nous ne sommes pas d'accord, la conversation que nous avons eue a été productive". Et le Danois Lars Løkke Rasmussen d'ajouter : "Nous ne sommes pas parvenus à infléchir la position américaine. Cependant, je ne m'y attendais pas non plus. Il est clair que le président souhaite conquérir le Groenland."