Censure du gouvernement : "Lecornu n'en n'a jamais été aussi proche", le PS prêt à suivre LFI et le RN ?

Censure du gouvernement : "Lecornu n'en n'a jamais été aussi proche", le PS prêt à suivre LFI et le RN ? Si LFI et le RN sont prêts à appuyer sur le bouton de la censure, le PS pourrait temporiser en espérant faire plier le gouvernement sur certains textes du budget 2026. Sans compromis, Sébastien Lecornu tombera.

L'avenir de Sébastien Lecornu et de son gouvernement est bien incertain. Le parti pris du Premier ministre sur l'adoption d'un budget grâce à des compromis entre LR, le bloc central et le PS est également loin d'être gagné, ce qui fait planer au dessus de sa tête, une menace constante de censure totalement assumée par certaines oppositions. "On peut chuter à n’importe quel moment" sur le budget, a-t-il ainsi reconnu samedi auprès de plusieurs médias, assurant mener une "stratégie des petits pas" pour résister à la censure. C'est même "une course d’endurance très incertaine", précise-t-il auprès du Parisien.

Le 16 octobre dernier, pour rappel, le gouvernement en place était à deux doigts de tomber. La motion de censure alors déposée par LFI avait recueilli 271 votes, mais il fallait une majorité absolue de 289 députés pour faire tomber l'exécutif. Il avait été soutenu par les 123 députés du RN, les 16 de l'UDR, 35 élus écologistes, 15 communistes et 71 insoumis, mais aussi par 7 frondeurs du PS, 1 de LR et 1 de Liot, accompagnés de 2 non inscrits. Avec le vote de 18 socialistes supplémentaires, l'affaire était réglée et Sébastien Lecornu aurait été censuré. Un scénario qui pend toujours au nez du Premier ministre.

LFI menace, le PS pourrait suivre mais temporise

"Je pense que la censure est tout à fait majoritaire dans le groupe socialiste et que Lecornu n'en n'a jamais été aussi proche", glissait un député PS à France Info, samedi 1er novembre. Le rejet de la taxe Zucman et de la taxe Zucman "light" proposée par les socialistes la semaine passée a du mal à passer et joue en la défaveur du locataire de Matignon. Le PS avait déjà brandi la menace de la censure dès le 27 octobre dernier, sans mettre à exécution sa menace. Le président des députés socialistes à l'Assemblée nationale, Boris Vallaud, estimait justement que "tout est possible" et que la censure "fait partie des hypothèses" mises sur la table.

Lundi 3 novembre, le PS se réunit pour faire le point sur les débats budgétaires de la semaine passée et savoir si oui ou non, l'idée d'une censure est adéquate à l'instant T. En effet, si la taxe Zucman défendue par les socialistes a été abandonnée, Sébastien Lecornu a annoncé être prêt à renoncer au gel des pensions de retraites et des minima sociaux et a ouvert la porte à une hausse de la CSG sur le patrimoine. Le "bilan est mitigé mais on ne peut pas dire qu’il est nul", dit Estelle Mercier, l’une des cheffes de file sur les sujets budgétaires à Politico.

Des mesures qui seront débattues dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) dont l’examen doit démarrer à partir de demain et durer jusqu’au 12 novembre. Ce qui pourrait donner du répit au Premier ministre, le PS pourrait en effet attendre les prochaines semaines pour voir ce qu'il en est, avant, peut-être, de censurer si le compromis n'est pas suffisant. "La vérité c’est que chaque semaine on a quelque chose en plus donc on aurait tort de ne pas continuer”, admettait un membre du groupe PS, toujours auprès de Politico. Cette petite musique pourrait donc durer encore un moment.

Côté LFI, la position est plus tranchée, comme depuis ces derniers mois. Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France Insoumise assure vouloir "déposer une motion de censure", comme indiqué le dimanche 2 novembre au micro de BFMTV. Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, juge lui le budget "invotable" en l'état. Sur Public Sénat, le 27 octobre, il a affirmé que le PS a commis "une faute politique lourde" suite à la non-censure du gouvernement de Sébastien Lecornu, le 16 octobre dernier.

Le RN "votera" une censure, LR s'impatiente

Si la gronde est assumée et pas vraiment une surprise à gauche, la droite, elle aussi, grince des dents. Le Sénat a notamment fait part de son mécontentement ces derniers jours sur l'organisation des débats budgétaires. "Larcher a poussé une gueulante", lors de la conférence des présidents. "Il ne peut pas accepter que le Sénat soit la cinquième roue de la charrette", affirmait un participant à l'AFP.

"On a un problème de confiance (...) Larcher veut qu'on respecte le bicamérisme (le Parlement divisé en deux chambres, ndlr). Et s'il n'est pas respecté, il usera de toutes les armes à sa disposition pour le faire respecter", dit un proche du patron du Sénat. En cas de nouvelle motion de censure déposée contre Sébastien Lecornu, pas sûr que ce dernier ne survive. À moins de donner du grain à moudre à la fois au PS et à LR, ce qui semble quasiment impossible, le Premier ministre pourrait être évincé lors d'un prochain vote.

Au Rassemblement national (RN), la menace d'une censure est également dans les plans. "Nous déposerons peut-être une motion de censure" a déclaré Marine Le Pen, le 29 octobre. "Nous votons toutes les motions de censure déposées, nous ne sommes pas dans la manoeuvre", martèle-t-elle, peu importe le parti à l'origine de la motion de censure déposée. Une version confirmée samedi 1er novembre par le député européen RN, Aleksandar Nikolic, qui déclare que le parti à la flamme "fera tout ce qui est possible" pour censurer le gouvernement", sur BFMTV.

Motion de censure, comment ça marche ?

Pour rappel, la motion de censure est prévue par l'article 49, alinéa 2 de la Constitution de la Ve République. Pour être recevable, elle doit être signée par au moins un dixième des députés, soit 58 signatures (sur un total de 577). Une fois déposée, elle ne peut être mise en discussion avant un délai minimal fixé par le règlement de l'Assemblée (48 heures). Pour être adoptée, une motion de censure requiert une majorité absolue de l'ensemble des députés (aujourd'hui 289 voix).

Si la motion est adoptée, le gouvernement doit remettre sa démission au président de la République. Si une motion de censure était déposée en début de semaine, elle pourrait être discutée deux jours plus tard, et verrait le Premier ministre être maintenu dans ses fonctions, ou tomber, au plus tôt, autour du 6 novembre 2025.