Démission de Lecornu : le vote du budget peut-il pousser le Premier ministre vers la sortie ?
Si les députés ont adopté le volet "recettes" du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) vendredi dernier, ils doivent encore s'exprimer sur la partie "dépenses", puis l'intégralité du texte ce mardi 9 décembre. Mais une nouvelle fois, l'adoption du texte est loin d'être garantie face aux positions parfois irréconciliables des forces politiques sur certaines mesures comme la suspension de la réforme des retraites ou sur l'objectif des dépenses de l'assurance maladie (Ondam).
Des divergences qui poussent même certains à appeler à la démission du Premier ministre dans l'hypothèse d'un vote contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ce mardi à l'Assemblée nationale. En cas de rejet, Sébastien Lecornu doit "bien sûr" démissionner, a affirmé le dimanche 7 décembre le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy au micro de RTL. "Ce serait un désaveu essentiel de toute sa politique et en plus d'une politique qui nous a fait perdre beaucoup de temps. Donc je ne vois pas comment il ne pourrait pas démissionner", a-t-il jugé.
Une démission "n'aurait pas de sens"
Le rejet du budget de la Sécurité sociale affaiblirait inévitablement le Premier ministre, nommé avec pour principale mission de donner un budget à la France. D'autant que le rejet de ce texte, aurait de grandes chances d'être suivi du rejet du projet de loi de finances jugé plus difficile encore à adopter par les parlementaires. Pour autant, le rejet du budget n'entraînera pas de facto la chute du gouvernement qui n'a pas recouru au 49.3 et n'a donc pas engagé sa responsabilité comme l'a rappelé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, dans les colonnes de La Tribune Dimanche. Selon elle, une démission de Sébastien Lecornu "n'aurait pas de sens".
La ministre a fait preuve d'un certain optimisme quand à l'adoption du texte : "On peut y arriver. L'Assemblée a débattu plus de cent vingt heures sur ce texte. Le gouvernement aurait pu utiliser déjà par quatre fois le 49.3 et cela n'a pas été nécessaire. C'est déjà un résultat d'en être arrivé là". L'espoir est donc encore possible pour le gouvernement qui estime avoir tout fait. Le Premier ministre n'a effectivement pas lorgné sur les compromis et se voit reprocher par une partie du camp présidentiel ses concessions, jugées (trop) nombreuses, à la gauche. "Si, à ce prix-là, le gouvernement n'arrive pas à le faire voter [le PLFSS], c'est qu'ils ne sont pas bons", taclait la députée macroniste Olivia Grégoire auprès de Playbook.
Le soutien du Premier ministre ne fait donc pas carton plein au sein du camp présidentiel. Il sera donc plus difficile de résister aux assauts de l'opposition qui ont déjà commencé : le député lepéniste Jean-Philippe Tanguy a estimé que le rejet de budget de la Sécu reviendrait à "une motion de censure" contre le gouvernement. "Monsieur Macron nous a dit que, s'il n'y a pas de budget de Sécurité sociale ou de projet de loi de finances général, il y aura dissolution", poursuit l'élu de la Somme. Ce dernier affirme également que, cette fois-ci, les parlementaires RN seront nombreux dans l'hémicycle pour voter l'ensemble du texte, alors que ces derniers n'étaient qu'une cinquantaine au moment de voter la partie recettes du budget de la Sécurité sociale.
Pas de budget en cas de démission de Lecornu ?
Attention, la démission du Premier ministre interromprait immédiatement l'examen budget de l'Etat (PLF) au Sénat, avec une potentielle absence de budget au 31 décembre 2025. Sébastien Lecornu ayant exclu l'idée de recourir aux ordonnances, seule une loi spéciale déposée avant le 19 décembre pourrait permettre de débloquer la situation. Un remplaçant devrait donc être nommé en urgence, entre ce mardi 9 et le 10 décembre prochain, car une loi spéciale doit être déposée par un locataire de Matignon en exercice et non démissionnaire. Ce dispositif reste extrêmement coûteux, l'entourage de la ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, chiffrait fin novembre une telle mesure à 12 milliards d'euros auprès du Parisien. Elle permettrait tout de même d'éviter un scénario de "shutdown" à l'américaine, et une certaine paralysie des services publics.