Un tunnel sous-marin pourrait relier deux continents, une révolution pour les Français et les Européens
Depuis plus de trente ans, le tunnel sous la Manche facilite les trajets entre le Royaume-Uni et la France. C'est actuellement celui dont la section sous-marine est la plus longue du monde. Le tunnel s'étend, en effet, sur 50,45 km dont 37,9 km sous la Manche. Sa profondeur maximale est de 75 mètres en dessous du niveau de la mer. Il pourrait bientôt ne plus être le seul tunnel européen ainsi.
Un chantier titanesque est lancé pour relier l'Allemagne au Danemark avec un tunnel immergé de 18 km. Début mai 2026, la société danoise Femern a positionné avec succès une structure en béton de 217 mètres de long et 10 de haut au fond de la mer Baltique. 89 blocs identiques à ce dernier doivent être déposés à 40 mètres sous le niveau de la mer. Contrairement au tunnel sous la Manche, il n'est donc foré dans la roche, mais est construit à partir d'éléments en béton préfabriqués. Le budget total est estimé aujourd'hui à près de 7,5 milliards d'euros. La traversée prendra une dizaine de minutes en voiture, sept en train, contre près d'une heure de ferry. Le trajet ferroviaire entre Hambourg et Copenhague serait réduit de moitié : deux heures et demie au lieu de cinq heures. L'ouverture est pour le moment prévue pour 2031.
Un autre tunnel sous-marin est attendu et pourrait davantage concerner les Français. Il s'agira cette fois-ci d'une connexion entre deux continents : l'Europe et l'Afrique. Il prévoit de relier Punta Paloma à Cadix, en Espagne à Punta Malabata, près de Tanger au Maroc. La voie ferrée s'étendrait sur 42 kilomètres au niveau du détroit de Gibraltar. 27,7 km seraient immergés avec une profondeur maximale de 475 mètres.
Il comprendrait deux tunnels ferroviaires et un de maintenance, pour la sécurité et l'évacuation, selon la présentation technique conjointe SECEGSA / SNED publiée par l'AFTES en 2025. Il y aurait alors des navettes pour transporter les véhicules. Le trajet pourrait prendre une trentaine de minutes. Le projet a repris de l'élan car le gouvernement espagnol a alloué de nouveaux fonds pour poursuivre les études techniques et géologiques. Cette étude de faisabilité est très importante : au vu des conditions et des forts courants, c'est un défi considérable. Les spécialistes étudient les fonds marins, l'activité sismique et les méthodes de forage potentielles adaptées aux conditions. Une étude préliminaire menée par la société allemande Herrenknecht a confirmé la faisabilité technique de l'excavation.
Aucun chantier n'a donc débuté : la décision finale sur la construction est attendue pour l'an prochain. Sa construction pourrait prendre une quinzaine d'années. Cela pourrait donc aboutir vers 2040 pour un budget estimé pour le moment à environ 9 milliards d'euros.
Ce tunnel permettrait de mettre en place un moyen de transport plus rapide que le bateau et possiblement moins coûteux que l'avion. Selon des études préliminaires, il permettrait de transporter environ 12,8 millions de passagers et 13,13 millions de tonnes de marchandises par an. Cette voie permettrait aussi à la France un meilleur transit avec l'Afrique, à commencer par le Maroc. Cela pourrait rendre les trajets vers le Maghreb plus fluides pour les touristes, mais aussi les familles franco-marocaines ou ceux qui veulent éviter l'avion.