"Bloquons tout" le 10 septembre : qui est derrière le mouvement et pourquoi ?
Issu d'un mouvement citoyen, l'appel à la mobilisation du 10 septembre est depuis devenu syndical et politique. Des soutiens au mouvement aussi nombreux que variés et dans lesquels se perdent l'origine et les revendications de l'appel à "tout bloquer". Si le mouvement "Bloquons tout" est devenu un phénomène à la mi-juillet, à la veille de la présentation du budget 2026 par François Bayrou, il est en réalité plus ancien. Le premier message a été posté le 21 mai sur un compte Telegram alors encore confidentiel nommé "Les essentiel France".
Un collectif citoyen qui aspire à une "République fidèle [aux] intérêts (des citoyens], juste et souveraine" comme on peut le lire sur son site internet. Si le groupe n'affiche pas d'appartenance politique, et rejette au contraire les partis politiques qu'il qualifie de "garants du désordre" dans un post sur X, des observateurs lui ont prêté une proximité avec l'extrême droite et plusieurs partis de gauche ont apporté leur soutien au mouvement. Les politiques ne sont toutefois pas les seuls à s'êtres joints à l'appel à la mobilisation du 10 septembre.
L'appel citoyen relayé par des comptes complotistes et propagandistes
Si l'appel d'abord confidentiel au mouvement "Bloquons tout" a gagné en visibilité à compter du mois de juillet, c'est en partie grâce à la multitude d'internautes et de comptes qui ont relayé le message sur les réseaux sociaux, en particulier une vidéo du 14 juillet dans laquelle le groupe soutient "confinement" volontaire et
un "black-out citoyen"
pour la rentrée. Si de nombreux internautes partagent la vidéo, parmi eux se trouvent des personnes adeptes de la désinformation et des personnalités influentes de la sphère complotiste.
Un partage qui s'avère mutuel dans le cas de certaines idées circulantes dans la "complosphère". Par exemple, l'idée selon laquelle les Francs-maçons sont au pouvoir et sont soutenus par Emmanuel Macron et d'autres politiques. Des interventions du chanteur Francis Lalanne, de l'essayiste Idriss Aberkane et de l'avocat controversé Juan Branco sont relayées par les comptes du groupe "Les essentiels".
Outre une partie de la communauté complotiste, des faux comptes ont participé à la large diffusion de l'appel à la mobilisation du 10 septembre selon d'après Visibrain, l'outil d'analyse des réseaux sociaux cité par TF1. "Une dizaine de faux profils" ont participé à une propagande "coordonnée et artificielle, certains publiant plus de '1.000 tweets par jour sur X'"
, rapporte TF1. Des faux comptes auxquels il faut ajouter des comptes et des médias russes, voire iraniens, selon les informations de Radio France. Des actions opportunistes visant à déstabiliser le pays. Tous ces comptes étant plus influents que le groupe initial "Les essentiels" ont donné de l'ampleur au phénomène. Pour autant, les initiateurs du mouvement n'ont pas de lien direct avec ces entités propagandistes ou complotistes.
L'appel du 10 septembre soutenu par d'autres groupes citoyens
Autour du groupe "Les essentiels" se sont agrégés d'autres collectifs hétéroclites parmi lesquels le mouvement "Indignez-vous", anciennement "Résistance et liberté" de Maxime Mayoral rapporte TF1. Ce groupe, opposé au gouvernement défend une "écologie autrement"
et partage aussi des contenus issus des sphères complotistes, en particulier covido-sceptiques et antivax.
Bénéficiant d'une comparaison avec le mouvement des Gilets jaunes, le groupe "Les essentiels" est aussi soutenu par plusieurs figures médiatiques de la mobilisation de 2018 : Mike qui partage des vidéos et images générées par intelligence artificielle pour appeler tous les citoyens à l'action ; Jérôme Rodrigues, le Gilet jaune devenu borgne lors d'une manifestation ; ou encore Maxime "Fly Rider".
Une récupération politique et syndicale de l'appel du 10 septembre
Face à une telle publicité de l'appel du 10 septembre, les politiques et les syndicats ont commencé à s'intéresser au mouvement. Surtout à partir du 30 juillet, lorsque Jean-Luc Mélenchon a soutenu l'initiative citoyenne. Quelques jours plus tard, le 17 août, La France insoumise a officiellement a appelé "tous ceux qui partagent les principes et la volonté d'action pour en finir avec le gouvernement Bayrou" de prendre part au mouvement. Un premier appel politique suivi de plusieurs autres à gauche : le Parti communiste, les Ecologistes et le Parti socialiste (à quelques exceptions près). Certains ont cependant précisé ne pas vouloir faire de récupération politique du mouvement citoyen.
De l'autre côté, le RN n'a pas pris position estimant ne pas avoir vocation à organiser des manifestations. Le parti semble aussi frileux face à cette nébuleuse qui s'est formée autour du mouvement et réunit désormais des profils très variés.
Les syndicats aussi sont divisés. Certains comme Solidaires, Sud et des fédérations départementales de la CGT ont appelé à rejoindre le mouvement, d'autres comme la CFDT et la CFE-CGC ne veulent pas se mêler à l'appel citoyen jugé difficilement identifiable et avec des revendications "nébuleuses". La CGT, elle, a appelé à faire du 10 septembre une journée de grève générale tout en gardant ses distances avec le mouvement "Bloquons tout".