La fin du changement d'heure en France dès 2026 : "un coup d'arrêt" proposé, le débat relancé
Va-t-on sonner le glas du changement d'heure ? Cette habitude semestrielle bien ancrée dans le quotidien des Français et des Européens pourraient bien disparaître. Un débat relancé au Parlement européen, qui siège à Strasbourg, ce jeudi 23 octobre, et plébiscité par une consultation citoyenne. Cette mesure "nous concerne tous, agace la plupart d’entre nous, et je dirais même plus, nous fait du mal", a soutenu auprès de l'AFP le commissaire aux Transports, Apostolos Tzitzikostas. Si le changement d'heure avait pour but de réaliser des économies, l'effet est désormais marginal avec l'utilisation des éclairages à basse consommation. "Le temps est venu de mettre enfin un coup d’arrêt au changement d’heure." Une nouvelle analyse a été commandée pour évaluer la situation à l'issue du débat au Parlement.
Pedro Sánchez, le Premier ministre espagnol, avait relancé le sujet lundi 20 octobre. Le chef du gouvernement espagnol a déclaré officiellement vouloir mettre fin à ce rituel semestriel. "Changer l'heure deux fois par an n'a plus de sens", a-t-il affirmé sur X. Il a rappelé que les gains énergétiques du changement d'heure sont désormais marginaux, tandis que ses effets négatifs sur la santé - troubles du sommeil, fatigue accrue, hausse des accidents - sont mieux documentés. "Nos rythmes de vie, l'éclairage moderne et les économies d'énergie ont changé", a ajouté le Premier ministre, qui a déjà une date en tête : "L'Espagne va défendre à l'UE que nous votions au plus vite pour que nous en finissions enfin avec le changement d'heure dans l'année 2026", a-t-il déclaré. Selon une source diplomatique européenne, auprès de l'AFP, la Pologne et la Finlande auraient apporté leur soutien à cette démarche.
Une application possible dès 2026 ?
Cette initiative a ravivé une question que Bruxelles avait tenté de trancher en 2019 : à la suite d'un vote favorable des eurodéputés, puis d'une vaste consultation publique, la Commission avait proposé d'abandonner le passage à l'heure d'été et à l'heure d'hiver, laissant à chaque État membre le soin de choisir son fuseau permanent. Mais le projet s'était enlisé, faute d'accord entre pays sur la date d'application et sur la coordination nécessaire pour éviter une mosaïque d'horaires au sein du marché unique. Les Etats membres devaient également attendre une décision européenne commune, qui n'est jamais venue, du fait des crises du Covid 19 et de la guerre en Ukraine. En France, les sondages montrent que le pays est prêt, aucun dirigeant politique ne s'y oppose, et le souhait des Français est clair : la consultation parlementaire en 2019 a montré que 80% souhaitent la fin du changement d'heure (59% pour que l'on reste à l'heure d'été).
Si la nouvelle analyse penche en faveur de la fin du changement d'heure, tout pourrait donc aller très vite. En cas d'accord rapide, 2026 pourrait donc marquer la fin du va-et-vient saisonnier des horloges. Si l'heure d'été est choisie comme heure permanente, cela impliquerait que, fin mars 2026, les Européens avanceraient leurs montres pour la dernière fois… avant de les laisser ainsi définitivement. Mais cette date peut sembler à ce stade ambitieuse. Harmoniser les fuseaux horaires au sein de l'Union reste essentiel pour le transport, les communications et le commerce. Trouver un accord entre tous les pays membres sur l'heure à conserver n'est peut-être pas aussi simple que le Premier ministre espagnol l'imagine. En 2019, des désaccords étaient manifestes : selon des sondages, au Portugal, à Chypre ou en Pologne, c'est l'heure d'été qui était nettement préférée. A l'inverse, l'heure d'hiver était plus largement demandée en Finlande, au Danemark, ou aux Pays-Bas.
15:17 - La coordination européenne, point de blocage dans la suppression du changement d'heure
Si la suppression du changement d'heure a été votée en 2019 - mais remise à plus tard avec la crise sanitaire l'année suivante -, sa mise en oeuvre demeure tout de même compliquée. La fin de ce changement semestriel doit être prévu en "coordination entre les pays de l’Union européenne et la Commission pour garantir que l’application de l’heure d’été dans certains pays et de l’heure d’hiver dans d’autres ne perturbe pas le fonctionnement du marché intérieur". Et c'est là que le bât blesse : les pays ne sont pas d'accord sur quelle heure adopter. "Ce décalage d'une heure viendrait complexifier les échanges et aurait des conséquences sur les autres pays européens", analyse auprès de BFMTV Christelle Schneider, experte en gestion des transactions commerciales internationales. "Ce serait un très mauvais signal sur l'union que l'on veut créer à l'échelle de l'Europe, notamment économiquement."
09:21 - Fin du changement d'heure : garderait-on l'heure d'été ou d'hiver ?
Durant l'été 2019, une mesure a été adoptée par le Parlement européen pour mettre fin au changement d'heure - une mesure reléguée au second plan l'année suivante, avec la crise sanitaire, et qui n'a donc jamais été adoptée. Les Européens avaient également été sondés, et 84% s'étaient prononcés en faveur de cette suppression. Toutefois, le choix du fuseau horaire est toujours partagé en Europe. La consultation a montré de grandes disparités entre les pays. Portugal (79 %), à Chypre (73 %) ou en Pologne (72 %), la plupart des sondés ont répondu vouloir garder l'heure d'été toute l'année. Inversement, une majorité d’habitants préfère l’heure d’hiver en Finlande (48 %), au Danemark (46 %) ou aux Pays-Bas (45 %).
En France, un peu plus de 50% des répondants ont indiqué préférer l'heure d'été.